‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 65 sur 86 · Archives nationales · texte numérisé non relu

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par l'excès de leur dévouement et de leur zèle. Le gouvernement restait sourd à ces obsessions. Les instructions réitérées que recevaient le préfet et le procui-eur-général étaient énergiques, formelles. Mais ils demeuraient impuissans à les exécuter. Les meurtriers n'avaient pas quitté Toulouse. Ils se vantaient de leur abominable action, faisaient montre de leur scandaleuse impunité, trouvaient des défenseurs qui répétaient qu'avant de poursuivre des royalistes, on devait rechercher et punir les hommes qui avaient trahi le roi, bouleversé l'ordre social, violé leurs sermens, provoqué la guerre.

L'instruction, confiée à un courageux magistrat, M. de Gaumont, commença cependant le 17 septembre. Le conseiller-rapporteur entendît environ quarante témoins. Mais il fallut les plus ingénieux efforts pour arracher la vérité à quelques-uns d'entre eux, pour obtenir des aveux et des preuves. C'est seulement, au bout de plusieurs mois, que dix-huit arrestations furent opérées; mais trois seulement devinrent définitives. Des complaisances inexplicables parvinrent à dérober à la justice trois individus sur lesquels planaient les plus graves soupçons. Au commencement de 1817, la cour de Toulouse, chambre des mises en accusation, était définitive-

ment saisie de Taffaire. A ce même moment, certains habitans de cette ville invoquaient comme un titre glorieux leur participation à l'assassinat. Le 8 janvier, le comte Decazes, qui avait remplacé Fouché au ministère de la police générale, écrivait au préfet : « Des renseignements vagues qui me sont parvenus portent qu'un sieur G... de V... ou G... de B... se serait vanté publiquement d'avoir tué d'un coup de pistolet le général Ramel et aurait contrefait sur un canapé, chez le lieutenant-colonel G... D..., en présence du comte de M.*, et de quelques autres personnes, les mouvemens convulsifs de la victime expirante \ »

Puis, un autre incident se produisit, et fut interprété comme le témoignage des complicités mystérieuses qui s'agitaient en faveur des coupables. Durant une sombre nuit d'hiver, le domicile du magistrat instructeur, M. de Caumont, fut forcé. Des malfaiteurs, — on supposa qu'ils étaient plusieurs, — s'introduisirent dans son cabinet, brisèrent ses tiroirs, bouleversèrent ses papiei^ et dérobèrent une somme de six cents francs déposée dans un meuble. Mais personne ne voulut croire que 1-e vol eût été le

i. Archives de la Haute-Garonn-c

but de leuf visite n octurne ; on demeura coûvaiûcu qu'ils avaient espéré pouvoir s'emparer des pièces de rinstruction et les détruire. Heureusement, ces pièces étaient en sûreté. CItérieurement, M. de Caumont devint Tobjet de menaces anonymes, provoquées par son zèle à découvrir la vérité.

Néanmoins, le o mars, il donna lecture de son rap« port devant la chambre des mises en accusation. Deux jours après, la cour royale rendait un arrêt qui renvoyait devant la cour prévôtale de Pau, les nommés Daussonne, Carrier, Angladet, Baqué, dit le Puyat, Verdier, Port-de-Guy et Gaillardie, les trois premiers en prison, les trois autres fugitifs. Mais, ni les uns ni les autres ne paraissaient s'alarmer de leur sort à venir. Ils se savaient des appuis dévoués. Autour d'eux, on disait : « Ils seront acquittés et nous les ramènerons en triomphe. » 11 y a lieu de rappeler toutefois que, dans la nuit du 26 au 27 mars, Daussonne, avec la complicité de sa femme, essaya de s'évader de sa prison. Sa tentative échoua, non parce que les gardiens y mirent obstacle, mais parce que le jour se leva avant qu'il eût le temps de la réaliser. Parmi les accusés, c'était le plus compromis* Cependant, ce fut seulement le 28, à trois heures de l'après-midi, que les autorités supérieures apprirent

qu'il avait voulu fuir. Le ministre de la police, averti et pressé par le préfet, comprit qu'il était nécessaire d'éloigner de Toulouse, Daussonne et ses complices. Ils comptaient encore assez d*amis dans la ville pour qu'on pût redouter une manifestation en leur faveur, ou même quelque coup de main ayant pour but de les délivrer. La police de Paris était prévenue, au même moment, que les contumax, mis en accusation, avec Daussonne, Angladet et Carrière, prenaient à peine le soin de se cacher, et que deux d'entre eux, Gailiardie et Baquo, dit le Puyat, s'étaient montrés en public dans Toulouse. « Qu'une pareille impudence ait pu rester impunie, disait le ministre au préfet, M. de Saint-Chamans, c'est le dernier degré du scandale, et mon étonnement égale mon affliction. Arrivé depuis peu dans le département de la Haute-Garonne, vous ne pouvez être responsable d'une aussi déplorable négligence ; mais votre devoir est de vérifier les faits et d'en reporter la responsabilité sur les autorités secondaires, évidemment coupables d'insouciance ou de collusion \ »

Le 17 avril, les trois accusés que détenait la justice partirent pour Pau, sous l'escorte d'une forte

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