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La terreur dans le royaume de Naples

Un membre influent et des plus considérés de la Chambre des Communes d’Angleterre, le très-honorable W. E. Gladstone, député de TUniversité d’Oxford , après avoir passé à Naples une partie de l’hiver de 1850, a publié, à son retour à Londres, les impressions politiques de son voyage. Cet écrit, qui a paru sous le titre de : Deux Lettres au comte d’Aberdeen sur les persécutions d'État du Gouvernement napolitain a fait grand bruit dans le monde politique par suite des révélations que les journaux révolutionnaires de l’Europe ont prétendu y puiser. Quelques citations empruntées aux organes de la démagogie française donneront, mieux que je ne saurais le faire, une idée exacte de l’accueil que cet écrit a reçu du parti démolisseur. Je cite d’abord la Presse :

a Un homme d’Etat , distingué par le double mérite « du talent et de la modération , M. Gladstone , a pu-

* Two Letters to the Earl of Aberdeen , on the State Prosecutions of the NeapoUtan governement.

« blié, à Londres, le mois dernier, deux lettres qui « ont produit une profonde sensation. Dans ces let- « très qu’il adresse à lord Aberdeen , son ancien col- « lègue dans le ministère de sir Robert Peel, M. Glad- « stone dénonce formellement le gouvernement de « Naples d l’indignation et au mépris de l'Europe. « n l’accuse de violer toutes les lois de la morale, de « la pudeur et de la justice ; de sacrifier aux plus lâ- « ches vengeances la fortune , l’honneur et la vie des « citoyens les plus illustres et les plus honorables. Il a lui demande compte des actes par lesquels une po- « lice corrompue et une magistrature avilie oppri- « ment le peuple napolitain , indignement dépouillé « de ses libertés et de ses droits les plus sacrés. Il a montre la magistrature prostituée aux plus viles « passions de la politique, employant ime hordç « d’espions, de délateurs, de suborneurs et de faux « témoins , à légaliser les arrestations , les emprison-

« nements, kâ assassinats

« Le rouge de la honte et de l’indignation vous « monte au front quand on voit, dans les lettres de « M. Gladstone, les hommes les plus dévoués, ks « plus purs, ks plus illustres du pays, traînés de « prison en prison comme des bandits, enchaînés a nuit et jour, amoncelés au nombre de plus de vimot « MILLE, comme une masse de chaire purulente (ce « sont les termes de M. Gladstone], dans des caves « étroites et humides, à vingt pieds au-dessous du « niveau de la mer, dévorés de vermine et ne se dé- « cidant à toucher à une soupe nauséabonde qu’é la

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a dernière extrémité , quand les angoisses de la faim a ont surmonté tous leurs sentiments de dégoût.

« Ce» hommes-là, dit M. Gladstone à lord Aberdeen,

« sont aussi honorables , aussi innocents que vous et « moi. A Naples , mylord , vous , lord John Russell ,

« lord Lansdowne, sir James Graham, moi, nous <( serions condamnés comme eux.

« Ce qui donne aux révélations de M. Gladstone « un caractère particulier de gravité et d’importance , « c’est qu’on ne peut pas l’accuser d'être un démago- « gue, un ennemi systématique ou personnel du gou- « vernement napolitain. C’est un tory, un des mema hres les plus influents , les plus honorés et les plus a capables du parti conservateur, un ancien collègue « de lord Aberdeen , et placé d’avance en tête du mi- « nistère qui prendrait les aflaires, si les whigs étaient « renversés ou donnaient leur démission

« Entre la composition et la publication de ces let» « très, il s’est écoulé trois mois. M. Gladstone expli- « que ce [etard en disant que son intention avait tt été d’apporter un soulagement à de grandes infor- « tunes, et non de soulever l’indignation contre le « gouvernement de Naples. Dans ce but, il a fait « faire des démarches par lord Aberdeen et par tous « les personnages sur l’influenee desquels il devait « compter. C’est seulement quand il a vu que tout « était inutile , et qu’il n’y avait plus aucun moyen « de rappeler le gouvernement de Naples à des sen- « timents de justice et d’humanité, qu’il a fait un appel « à l’opinion publique.

a Tous les journaux anglais, sans distinction de U parti , ont remercie M. Gladstone du senrice qu’il a « rendu en publiant ses deux lettres*. Les journaux U tories, surtout, ont tenu à repousser toute solida- « rite avec un absolutisme dont les excès provoquent « si énergiquement les flétrissures de Y&pinion et de « la conscience publique ‘‘.y>

Dans un second article , la Presse ajoutait ;

« Les accusations de M. Gladstone sont précises et a détaillées. U cite des faits, des dates, des noms a propres. 11 raconte des infamies qui se sont passées « au grand jour et en présence des représentants di- « plomatiques des nations de l’Europe. 11 désigne V nominativement les faux témoins , le préfet de po- « lice qui les a enrégimentés, inspirés, payés ; le juge « qui s’en est servi comme instrument de ses ven- « geances personnelles et de sa lâche servilité ; les « prêtres assassins qui ont tué les députés de l’oppo- « sition et qui se promènent maintenant au grand « soleil, couverts de la protection de la police et « HONORÉS d’une pension du gouvernement.

« M. Gladstone, après nous avoir initiés aiix turpi- « tudes des ministres du roi Ferdinand, organisant

* C’est vrai : les journaux protestants d’Anglcleirc et d'Europe ont été unanimes. Le représentant d’Oxford a même trouvé des admirateurs parmi certains journaux conservateurs. Leur doyen, \ejoumat des Débats a déploré « tous les maux de l'Italie , tous les excès « de ses gouvernements , dont nous gémissons et que nous flétrissons. » La Revue des Deux Mondes , dont le rédacteur n'a pas lu une seule page des lettres de M. Gladstone, s'est imaginé qu'il ne parlait que de ce qu'il avait vu!

* La Presse du 11 août 1851.

« le mensonge, la dâation et {'assassinat, nous fait « assister à ces parodies de jugement où le président « Navarro ferme systématiquement la bouche à la « défense, et laisse une entière liberté à la calomnie, « à l’insulte et aux plus incontestables faux témoi-

a GNAGES

« Devant ces misérables, qui changent la toge du « magistrat contre la veste du bourbeau, les accu- « sés ont montré constamment le plus noble caractère, « la plus héroïque fermeté , et cette fermeté ne s’est « pas démentie, depuis qu’on a livré les uns au bâton « du garde-chiourme, et que les autres ont été enterrés a vivants dans des souterrains, placés à 20 pieds au- « dessous du niveau de la mer

« Voilà en raccourci quelques-uns des faits attestés « par M. Gladstone, l’un des esprits les plus éminents « de l’Angleterre, l’un des hommes d’Etat le plus « haut placés dans l’estime du monde politique pour « son talent, sa modération et l’intégrité de son ca- « ractère. C’est un conservateur de vieille date et qui « a constamment défendu les gouvernements monar- « chiques du continent contre la politique, à son avis, a trop libérale de lord Palmer ston.

« Tel est l’homme à qui l’ Univers donne un dé- « menti formel et en bloc... Le roi Ferdinand, que « M. Gladstone traîne sur la claie, est le plus digne et « le meilleur des rois, ce qui donne une bonne idée « des autres ; et quant aux faits contenus dans les « deux lettres, il n’en n’est pas un seul qui soutienne « l’examen... V Univers reconnaît que l’assertion est

« hardie , mais , ditril, nous gênons V engagement de « la juêtifler. Nous n’aTons plus rien à dire , nous

« attendons les preuves

« L'Unioers tente une entreprise digne de lui. U « veut faire un piédestal du pilori où M. Gladstone a a cloué le roi de Naples »

Le National s’est occupé très-longuement du travail de M. Gladstone. Je me borne à reproduire un de ses derniers articles qui résume assez exactement ceux qui avaient précédé :

c Toute la presse libérale de tous les pays, dit-il, a « raconté les cbimes du Bourbon de Naples. Tant « que nous avons été seuls à parler, on a pu croire « que notre légitime indignation chargeait le tableau. « Nous-mêmes, par respect pour l’humanité, nous « nous efforcions de douter des récits qui nous étaient ' « faits; mais les lettres de M. Gladstone ont néces- « nirement porté la conviction dans tous les esprits. « Ce n’est plus un prisonnier échappé par miracle de « son cachot ; ce n’est plus le fils ou le frère d’une « victime qui vient nous raconter cea assassinats, ces < délations, ces tortures. C’est un membre de l’aristoa cratie anglaise, un conservateur, un ancien mi- « nistre. Ses lettres portent tons les caractères de la «t vérité, h. a vo, il a touché, il a pesé les fers des « prisonniers. U a remué du pied la paille infecte où « ils croupissent. Il a parlé à cet homme , qui a été

> Prem da 14 loùt.— La fin de l'article fait allosion à qudquea réflexions que je Tcuais de publier dans V Univers du 13 août, en ré* ponte aux iqjures et aux caïomoies des journaux anarchistes.

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« ministre d’Etat, et qui est aujourd’hui un galérien. * n l’a m accùuplé à ton dénonciateur, par l’ordre «t exprès de Ferdinand. Des femmes ont été arrachées « à leurs maris , et des fils a leurs mères , sous ses « yeux, n est entré dans ce tribunal d’inquisition où « les juges ONT les mains tachées de sano. Ce n’est « pas la politique, c’est l’humanité qui lui a arraché « ce cri dont l’Europe a tressailli.

« Quand on a parlé de ses lettres à la Chambre des « Communes, l’Assemblée tout entière s’est unie dans « un même sentiment pour flétrir ce bourreau cotf^ « RONNÉ, l’hôte, l’allié, l’ami, le confident de Pie IX. « Le ministre anglais a ordonné à ses agents dans le « monde entier de mettre sous les yeux des gouver> « nements les lettres de M. Gladstone, comme pour

« ÉCRASER LE ROI FERDINAND SOUS lo pOÙlS de l ’ mdi -

« gnation universelle. Voilà ce qu’on a fait en Angle- « terre. Mais, en France, qu’avons^nous vu T

« En France, I’assassin de Naples a des défenseurs « et des alliés. Quand on a voulu porter les lettres de « M. Gladstone à la tribune , M. Baroche a balbutié « un démenti, et la droite s’est détournée, comme si, « en lui parlant des crimes d’une réaction bourbon- « nienne, on ne lui apprenait rien de nouveau.

« Le journal Y Univers, qui soutient la cause du « pape et patronne celle de M. Bonaparte, n’a pas « craint d’appeler Ferdinand de Naples : le plus digne s et le meilleur des rois ; et aujourd’hui, n’ayant rien « de mieux à dire pour sa défense, il le propose pour « modèle à tous les rois de l’Europe.

« Un parti qui descend si bas, qui fait l’apologie de « TELS CBiMES, qui cherche dans ce sang et dans « CETTE BOUE ses alUaDces et ses modèles , soulève « autant de dégoût que de colère!,.. Tandis qu’ils « nous reprochent l’échafaud , que nous avons brisé « de nos mains, ils se font les apologistes du Néron « catholique; et cette fureur sanguinaire, qui couvre « de deuil la moitié de l’Italie , ils l’appellent de la « clémence

L’apologiste de tels crimes, l’apologiste du Néron catholique, l’écrivain qui a osé appeler Ferdinand le pim digne et le meilleur des rois, demande à son tour la parole. Il va rechercher à quoi se réduisent ces accusations infâmes. L’Europe a intérêt de savoir si, dans le royaume des Deux-Siciles, le gouvernement viole toutes les lois de la morale, de la pudeur et de la jmtke, si la magistrature napolitaine est avilie, si elle légalise l’assassinat , si les hommes les pim purs, les pim illmtres du pays, au nombre de plus de vingt mille, sont amoncelés comme une masse de chair purulente. L’intérêt de la religion, de la morale, de l’humanité exige que l’on recherche si les prêtres assassins sont honorés par le gouvernement de Naples , si les ministres du roi Ferdinand ont bien réellement m'ganisé le mensonge, la délation, D’assassinat et les faux témoignages. Le magistrat napolitain a-t-il changé sa toge contre la veste du bourreau ? Enfin, quel crime a commis l’auguste , le chevaleresque et très-chrétien

* Le SationeU du II août 1861.

Roi Ferdinand pour être appelé un bocrbeau cou- KONIfÊ , l’assassin DE NaPLES ?

11 faut que la lumière soit portée sur ces accusations, sur les prétendus faits que l’on dit avoir été vus, et constatés par M. Gladstone. J’ai pris l’engagement de démontrer que les Deux Lettres d lord Aberdeen ne renferment pas un fait qui soutienne l’examen ; c’est pour tenir ma promesse que j’ai écrit la lettre suivante. On sait comment certains publicistes écrivent l’histoire ; mais on ignore jusqu’où peut aller l’audace de la démagogie quand elle rencontre le protestantisme pour allié. M. Gladstone va nous l’apprendre.

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