LÈS TORTURES CORPORELLES
Pourquoi , Monsieur, êtes-vous si laconique sur
* Première lettre, p. 83.
ce chapitre î Les tortures corporelles dans lesquelles se consume , d’après vous, la vie des prisonniers napolitains, vous fournissaient une occasion facile de justifier votre exécration, de soulever l’opinion publique contre des actes de la plus odieuse barbarie.
Après avoir parlé à lord Aberdeen d’un condamné à mort dont la peine a été commuée par la clémence royale (Settembrini), vous ajoutez : «La « sentence ne fut pas exécutée; mais je crains « {Ifear) qu’il n’ait été réservé à un sort plus cruel : « au double fer pour la vie, sur un rocher entouré « par la mer. Et même U peut y avoir quelque « R.MSON DE CRAINDRE {there MAY BE REASON tO feor) « qu’il ne soit soumis à des tortures physiques , « dont le mode, qui m’a été spécifié, d’après une « autorité respectable, quoique pas du tout certaine « [though not certain authorily), consiste à -faire « entrer de force des instruments tranchants entre « les ongles et la chair '. »
C’est lorsque vous avouez vous-même tenir cette infâme et révoltante accusation d’une source incertaine, que vous osez vous en faire l’écho? C’est encore sur un témoin à charge anonyme que vous vous appuyez pour incriminer un des gouvernements les plus indulgents de l’Europe d’un acte barbare qui , de nos jours , ne s’est produit qu’au
• Première lettre, p. 18.
fond de la Cochinchine et du Japon ? Votre accusation est du nombre de celles qu’on ne discute point. On ne saurait la réfuter et la flétrir d’une manière plus sévère qu’en reproduisantvos paroles.
A qui donc en Europe, Monsieur, espérez-vous faire croire que le roi et le gouvernement de Naples rivalisent de cruauté et de barbarie avec l’empereur de la Cochinchine î Aucun voyageur n’avait donc abordé avant vous sur les riantes plages napolitaines ? Aucun touriste de votre nation n’avait eu la sagacité de découvrir les instincts sauvages et anthropophages des ministres de Ferdinand II ?
Dans quel ouvrage , Monsieur Gladstone , avezvous étudié l’histoire de la législation criminelle des États napolitains? Comment un publiciste et un homme politique de votre valeur ignore-t-il que Naples n’a pas emprunté son Code pénal au Japon, mais à la France ?
Ferdinand I", en remontant sur son trône , maintint les institutions françaises, et le Code Napoléon n’a pas cessé d’être en vigueur dans les États napolitains. Je me trompe : Ferdinand y a introduit un changement , non pour y glisser la torture corporelle et la peine qui consiste à fcâre entrer des hislruments tranchants entre les ongles et la chair ; mais il en a adouci la sévérité en abolissant la peine de la marque et celle de l’exposition.
Le gouvernement de Naples a été l’un des premiers de l’Europe à s’occuper de l’adoucissement du sort des criminels. L’exposition et la martfue étaient pratiquées en France, lorsque ces peines étaient depuis longtemps abolies dans les États du roi barbare des Deux-Siciles. Mon opinion , qui est celle de tous les sujets napolitains , qui est celle de l’Europe, est établie sur des faits. La vôtre , Monsieur Gladstone , repose (c’est vous qui en convenez) sur une autorité respectable (anonyme), mats pas du tout certaine ! le lecteur prononcera.