DE MONTILLY, LIEUTENANT DE DRAGONS, A MOULINS
«t L'an 4754, et le 22 janvier, a été baptisé par moi, curé soussigné, Nicolas-Marien Hautier de Villemonlée, né le dit jour, sur les six heures du matin, du légitime mariage de messire Jean-Baptiste Hautier de Villemontée, écuyer, et de madame Marguerite Morel, son épouse, demeurant en leur château des Hérards. Le parrain a été M. Nicolas- Martin Hautier de Villemontée, chevalier de Malte, et officier dans les gardes françaises, soussigné avec nous <i) ; la marraine, dame Marie- Anne de Villelume, dame de Chateaubrun, demeurant à Paris, paroisse de Saint-Gervais, porté sur les fonts par Jeanne Bloyard et par Antoine Uset, tous deux domestiques de M. de Villemontée. Quant à M">« de Villelume, son éloignement l'a empêchée de signer. De Villemontée. Malleret, curé de Montilly. »
(1) Nicolas-Martin-Gilbert, chevalier de Malte en 1724, officier major au régiment des gardes françaises, commandeur de Tortebesse en 1762, était oncle du baptisé, et la marraine était sa grand'tante, Marie- Anne de Villelume de Barmontel, dame de Chateaubrun, La Roche-Fressanges, Le Mas de Vaingt, morte à Paris le 6 mars 1757, âgée de 82 ans, sœur de Marie-Pétronille de Villelume, dame de Chateaubrun, décédée à Barmontel, âgée d'environ 60 ans et ensevelie dans Téglise de Vernegheol, le 18 janvier 1737.
Tel est l'acte de naissance que j'ai copié sur les registres de la paroisse de Montilly, près de Moulins. Il servira à rectifier d'abord le jugement qui appelle Aulier de Villemontée t Nicolas- Marianne Houtié, ex-noble^ ci-devaut lieutenant de dragons, natif de Montilly, département de l'Allier, y demeurant », et Prudhomme qui dit, I, 490, H lloutic (Nicolas-Martin), âgé de 40 ans, né à Montilly, département de l'Allier, ex-noble, ci-devant lieutenant de di'agons, domicilié à Moulins, même département, condamné à mort le 20 pluviôse an II — erreur ; c'est le 11 — pai* la commission révolutionnaire séant à Lyon, comme fédéraliste. »
La généalogie des Hautier ou Autier de Viilemontée, qui se trouve dans Tabbé Aubert de La Chenaye-Desbois et dans Saint- Allais, t. IX, p. 172, établit une filiation suivie depuis 1109. Cette famille a formé plusieurs branches. L'aînée, celle des seigneurs de Cliazeron, a donné Gilbert de Chazeron, gouverneur et sénéclial du Bourbonnais, dont le (ils Gabriel épousa Marie-Gabrielle de La Guiche, fille du comte de Saint-Gerand. La seconde branche, celle des seigneurs de Viilemontée, a formé deux rameaux, éteints tous deux au xvii*^ siècle, dans la personne de François de Viilemontée, conseiller au parlement, conseiller d'état , dont le seul rejeton mâle mourut sans enfants ; et dans la personne de François de Viilemontée, maître des requêtes de Thôlel du roi, intendant des provinces d'Aunis et Sainlonge, évèque nommé de Senlis, puis évèque de Saint-Malo, dont le lils, Charles,. capitaine de cavalerie, décéda sans alliance. Tallemant des Héaux a médit assez, HUtoriettes clxxx, du personnage, surtout de sa femme Philippine de 1^ Barre, et de sa fille Marie- Françoise, femme d'Ffercnie, conjte de Belloy. Ce (|ui n\i
pas ernpAché la ville de La Rochelle de frapper une médaille en rhonneur de son intendant <^>.
A la seconde branche des Autier, seigneurs de Villeinontée, appartenait notre Nicolas-Marien Autier de Villemontée. Les Autier, ancienne maison dWuvergne, portaient: D'azur au chef denehé d'or , chargé d'un lion léopardé de sable, armé et lampassé de gueules, avec la devise : nec liVHA NEC ASPERA TERKENT, comme OU le voit dans l'église Sainte-Colombe de Saintes et dans la chapelle du lycée de La Rochelle. ÏJà branche des Chazeron, en adoptant un nom difierenty a niis aussi quelque variante dans les armes : D'azur au chef denehé d'azur de trois pointes ^^>. N'illemontée, dont les Autier prirent le nom, est un château d'Auvergne, qu'Etienne, marié en 1450 à Lsabeau de La Volpilièrey obtint de faire bâtir pour remplacer celui de Malsaigne, qui avait été saccagé. I/aïeul de notre personnage, François Autier de Villemontée, époux (15 août
(1) M. Henri Renaud a publié, «Jans le t. VU des Archives historiques de la Saintonge et de VAunis, la Correspomlanca (U\^X\-UW) de Tintendant avec le chancelier Seguier, le commandeur de La i^orte, et autres; et dans le Bulletin de la sot-itUé des Archives^ t. III, p. liTi, une notice sur lui. Voir aussi dans le t. XIX des Archives, p. 'S^^ une ft Notice sur François de Villeinontée, » tirée de la hibliollii'cjuo nationale.
(2) Gilbert de Monestay, seigneur des Forges et de Chars, fils de Jean de Monestay, chevalier de l'ordre du roi, gentilhomme ordinaire de la chambre ilu roi, et de Louise de Uochefort de Salvert, cpou.sa, le 12 juillet 1011, Claude Autier, dame de Cha/.eron, Rochel'Abeille et Gouttières, veuve d'Antoine de Montjîon-Beauverpor, et tille de Gilbert de Chazeron, {gouverneur du Bourbonnais, et de Gabrielle de Saint-Nectaire. Sa sœur Charlotte de Chazeron, dame de Pionsat, épousa Jacques de Chabanues, lieutenant ^nMuTal de la pr«»vinoe du Bourbonnais.
1686) de Claudine de Roquelaure^ et fils de François et de Marie de Chateaubodeau, avait accompagné Louis XV dans toutes ses guerres, dans la Flandre en 1667, la Franche- Ck>nité en 1668, la Hollande en 1672, et s'était trouvé à toutes les grandes batailles de l'époque, à Senef, à Steinkercke ; son grand-père, Jean Autier de Villemontée, qui avait, le 8 septembre 1710, épousé Marie-Pétronille de Yillelume, dame de Barmontel et de Chateaubrun, d'une des plus illustres et des meilleures maisons de la Provence et de la Marche <^>, avait aussi servi, et resta sous les drapeaux en qualité d'officier de gendarmerie jusqu'à la paix
d'Utrecht.
De Jean Autier de Villemontée et de Marie-Pétronille de Villelume, déc>édée le 18 janvier 1737, vinrent : 1<» Antoine- Joseph-Marie, seigneur de Chateaubrun, appelé l'abbé de Villemontée, docteur de Sorbonne, chanoine du chapitre d'Ilerment le 4 avril 1732, prieur commandataire de Saint- (•ermain de Vernegheol, près Herment, grand vicaire de révoque d'Autun et supérieur du petit séminaire de cette ville ; 2** Martin-Gilbert-Marien , chevalier de Malte en 1744, et major au régiment des gardes françaises ; 3"* Jean- François-Marien, comte de Villemontée, Barmontel, La Grange, Malsaigne, substitué aux noms et armes des Villelume, chef de la branche encore subsistante en Auvergne,
(1) Le château de Yillelume, brûlé pendant la guerre de cent ans, était situé dans la paroisse de Mérinchal (Creuse). M"« de Sombreuii (Marie-Maurille Vireau de Sombreuii), qui avait quitté la France peu à après l'exécution ù Vannes de son frère Charles le 28 juillet 1795, épousa, en Allemagne, Charles-Louis de Villelume de Corrigé, ex-capitaine au régiment de Flandres, officier au régiment de Condé. Voir plus haut, page 219, h Tarticle Vin y, où il est aussi question d'Aulier do Villomonlôe.
qui joint à son nom celui de La Rochebriant par substitution, mort en 1748, époux en 1733 de Françoise de Bosredon, dame de La Breuille et Hautefeuille, dont le fils se qualifiait c haut et puissant seigneur, messire Nicolas- Claude -Martin Autier de Villemontée, comte de Villemontée, baron d*Hautefeuillé, seigneur de Barraontel, demeurant ordinairement en son château de Barmontel, paroisse de Vernegeoles, province d'Auvergne » ; 4» Marie- Fi'ançoise Autier, née en 1714, dame de Poixfol et des JoUys, épouse, le 29 octobre 1731, veuve en 1737 de Paul, comte de Viry, seigneur du Coude et des Thenins, dont le fils fut sur Téchafaud de Lyon, le compagnon de Nicolus-Marien Autier, son cousin-germain (\'oir ci-dessus, p. 245); 6"* Jean -Baptiste- Alphonse -Marien, seigneur de Trezel et des llérards, né en 1721, au château de Barmontel, capitaine d'infanterie, père de notre personnage.
Nicolas-Ciaudc-Martin, né en 1742, et marié, par contrat du 18 avril 1758, ù Marie-Rose de La Rochebriant, fille de Louis-Amable de La Rochebriant et de Catherine de La Porte du Theil, continua la descendance. En 1700, il devint juge de paix du canton d'IIerment, fonctions qu'il conserva pendant la terreur. Il laissa 4 filles et 4 fils, dont l'ainé, Louis-Amable-François-Léonard d'Autier, marquis de La Rochebriant, comte de Villemontée, né en 1763, mort le 25 aoClt 1828, épousa par contrat reçu Cornudet, notaire à Crocq (Creuse), le 5 février 1786, Marie de Lestrunge. Son aïeul, Louis-Amable, marquis de La Rochebriant, le substitua par son mariage aux nom, armes et titres de La Rochebriant. C'est l'auteur des Autier encore existants.
La mère de Nicolas-Marien était, comme nous l'indique l'acte baptistaire, Marguerite Morel, dame de Trezel. Elle
— Mi —
descendait de Morel, noUdre h Chavroche en 1505, et avait pour frère Jean-Baptiste Morel, écuyer, chevalier de Saint- Louis, gendarme de la garde du roi, seigneur de Trezel 011 il demeurait, et de Monlcombroux, de 1745 à 1751, qui fut le dernier du nom.
Du mariage (août 17^) de Jean-AIplionse-Marien Aulier de Villemontée et de Marguerite Morel est issu, outre Nicoliis-Marien, un fils aîné, Jean-Baptiste-Marien, ne le 7 février 17i3, à Montilly, tenu sur les fonts baptismaux par son oncle et sa tante, Jean- Baptiste Morel, écuyer, seigneur de Trezel, et Catherine Morol, demeurant en son château d'Ambly. Il fut reçu mousf|uotaire dans la 2^- compagnie de la garde du roi, le 8 février 17(57, et fut nommé souslieutenantau régiment de dragons-Orléans le '24juillet 1784, puis chevalier de Saint-Louis. En 1781, il fut présenté au roi et à la famille royale, après avoir fait ses preuves pour monter dans les carrosses du roi. Kn 178(J, le 25 juillet, il lit au roi son aveu et dénombrement de son fief, terre et seigneurie de Trezel, en la chatellenie royale de Chavroche, avec droit de haute, moyenne et basse justice. La pièce publiée dans les Annales hourbonnaUcit, VI, 177, nous montre quelle était l'étendue de la propriété. Le comte de Villemontée éniigra en i7î>J, fut nommé chef de la 8*^ compagnie des mousquetaires, par brevet en date de Coblentz, le 28 avril 1702, se distingua au siège de Maëstrichl, eu 170:5, servit à Tarmée de Condé jusqu'au licenciement et obtint, le 28 avril 18(ï), le bievet de maréchal des camps cl armées du roi.
A peine pai'ti, on séquestra ses propriétés, et. ses biens furent aussitôt vendus. Ses meubles, mis aux enchères, les 3 juin 1703 et 3 brumaire an iU rapportèrent la sonnne totale de 13,262 livres. A rinventaire, on trouva dans le
fioulailler plusieurs etîets, notamment une malle cl rien dedans. ÏAi l'ait est aussitôt dénoncé, le 22 messidor an II (10 juillet 1794), au comité de surveillance de Moulins :
« Ijb citoyen agent national du district de Val- libre rapporte que, lorsqu'on a fait Tinventaire des meubles et ell'ets du nommé Vilmontet, émigré, dans sa maison de Trezel, l'on a trouvé dans une espèce de poulailler, entre deux planches, plusieurs effets et notamment une malle dans laquelle il n'y avait rien ; il indique différents individus qui demeuraient chez, les Vilmontet à l'instant de son émigration, qui peuvent ^tre informés des objets cachés, qui pourraient donner des renseignements sur d'autres non trouvés et sur ceux qui paraissent avoir été soustraits de la dite malle. Le comité arrête que les dits individus seront mandés et interrogés. La citoyenne fîourgognon [femme de Nicolas-Marien] interrogée a déclaré n'avoir aucune connaissance des dits faits. Le citoyen Duplat, ci-devant homme d'affaires de l'émigré Vilmontet, interrogé, a répondu n'en avoir aucune connaissance, qu'étant journellement occupé aux affaires extérieures de son ci-devant maître émigré, il ne s'apercevait pas de ce qui se passait dans la maison. » De retour à Moulins, le 4 septembre 1804 (17 fructidor an XITl), habitant Moulins, chez Bogrand-Hosier, homme de loi, il fait, par ministère de Simon Villars, huissier public, sommation h Jeanne Peret, veuve de Jean Péronnet, tisserand, tutrice de leurs enfants mineurs, propriétaires en la commuîie de Servilly, d'avoir à payer la rente annuelle de 24 livres 15 sols et 2 poulets, comme cela avait lieu jusqu'à la révolution, en vertu d'un bail, de 9 coupées et demie de teri*e situées au territoire du bois Mouillard, passé devant Coupât, notaire à Lapalisse, le 10 mai 1788, cette propriété n'ayant point été saisie par
la nation <^). Il mourut sans postérité c^.
Nicolas de Villemontée fut avec Douzon, d'Ëstrées, Chabannesy Tracyy Fontanges, du Ligondès, Le Borgne et Duras, député par la noblesse à la séance du 21 mars 1789, pour aller annoncer au tiers état c que l'ordre de la noblesse lui offrait de partager également tous les impôts ; qu'elle lui faisait avec plaisir le sacrifice de ses privilèges pécuniaires; mais que... elle se réservait le seul manoir babité par tout noble, sa cour, sa basse-cour, jardin, qui resteraient francs de toutes impositions réelles ou territoriales... pourvu que le tout néanmoins n'excède pas deux arpens royaux, ce qui ne laissait aucun doute sur la véritable expression du vœu de la noblesse, celui de ne réserver qu'une distinction purement honorifique. » La nouvelle fut fort bien accueillie, et une députation fut immédiatement envoyée à la noblesse pour la remercier.
Le clergé, voulant rivaliser de zèle, décida qu'il se ferait « un devoir, non seulement d'imiter l'exemple que donnaient messieurs de la noblesse, mais encore sacrifierait tous ses droits et privilèges. > Et de suite il envoya une députation au tiers et à la noblesse. Et le secrétaire, Piaust, curé de Brugheas, dit au milieu des plus vifs applaudissements : € Nous sommes prêts à faire le sacrifice de tous nos droits, et nous croyons devoir le faire sans aucune réserve. » <^ Le tiers surtout fut enthousiaste : « Âh ! nous
(1) Voir la pièce dans les Annales Bourbonnaises, t. VI, p. 276.
(2) En 1789, étaient lieutenants des maréchaux de France en Bourbonnais : à Moulins, le vicomte de Villemontée ; à Montluçon, le marquis du Ligondès ; à Âigueperse, le comte de Sarrazin-Laval, chevalier de Saint-Louis.
(3) Voir plus haut, page 109, où le nom du curé de Brugheas est écrit PrauU par erreur.
reconnaissons nos pasteurs. Us seront toujours nos amis et nos pères. » On reconduisit les députés en triomphe. Accord touchant, qu'on constate dans toutes les autres provinces, mais aussi éphémère I Beau jour qui eut un si triste lendemain I
Marien de Villemontée fut mis en prison. « Hautier, exnoble, affameur du peuple, aristocrate féroce, frère d'un émigré. :» Que de titres à la proscription ! Quoique sous les verroux, il fallut payer. Amende et prison pour commencer ; la mort viendra après. On le taxa, le 5 octobre, à 40,000 livres. Il reçut, parait-il, assez mal ceux qui venaient lui apporter Tordre de versement. C'est le comité de surveillance qui nous l'apprend : c Le vingtième jour du premier mois de la deuxième année de la république française et première de la mort du tyran (il octobre 1793), des soldats de l'armée révolutionnaire se plaignent de quelques mauvais propos qui leur ont été tenus par Autier de Villemontais, détenu en la maison d'arrêt de cette ville, lorsqu'ils y ont porté des réquisitions pécuniaires. » Il est arrêté qu' Autier sera mandé.
De l'argent ! de l'argent ! c'est de l'argent qu'on voulait, il en fallait pour assouvir cette faim qu'on avait aiguisée. Que de gens ne voient dans les révolutions que le moyen de s'enrichir ! Et à Moulins on n'y allait pas par quatre chemins. « Fouché de Nantes, représentant du peuple près les départements du centre et de l'ouest, » s'adressant « aux citoyens du département de l'Allier :» et cela, « au nom du peuple français, » comme porte la plaquette de 8 pages in-4", imprimée par Ktienne Vidalin en 1793, lui disait, le 8 octobre : « liépublicains, vous n'êtes plus sous le joug honteux des rois, et vous conservez encore tous les vices de la royauté ; le désir sordide et insatiable du pou-
voir et de la fortune, brûle toujours au fond de vos cœurs , il vous rend aveugles sur vos propres intérêts, ingrats el dénaturés envers tous vos concitoyens. Vous êtes tellement occupés de votre bien-être que vous craignez de le troubler en réfléchissant sur leur misère. » Le bon apêtre ! L'homme désintéressé, qui se trouva posséder après ses missions dans les départements, plusieurs millions, ses économies de député !
Ia conclusion est toute naturelle : c Riches cistes, c*est vous qui causez tous nos maux... n Ce sont donc les riches qu'il faut dépouiller, et quand chacun, sauf Fouché
et autres voleurs, sera pauvre, l'âge d'or régnera dans
la misère universelle. Donc, article premier : c Tous les riches, propriétaires ou fermiers, ayant des bleds, demeurent personnellement responsables du défaut d'approvisionnement des marchés. — IL Celui qui refusera d'obéir aux réquisitions et qui ne fera pas conduire au marché la quantité de bled demandée, sera exposé, le marché suivant, sur un échaffaut pendant quatre heures, sur la place publique, ayant cet écriteau : Affameur du peuple^ traître à la patrie. — III. Dans le axs de récidive... il sera déclaré suspect et incarcéré jusqu'à la paix. — IV. Tous les biens de ceux qui seront déclarés suspects, seront séquestrés... yt
Fouché, par un arrêté du 30 septembre 1793, avait enjoint à tous les citoyens de porter, sous quinzaine, au comité de surveillance de leur district, l'or et l'argent qu'ils possédaient en monnoie, en lingots, en vaisselle ou en bijoux, à peine d'être déclarés suspects ou contre-révolutionnaires. Il faut lire, page 39 du procès-verbal imprimé, les singuliers arguments dont s'appuyait Fouché. C'est le communisme dans sa plus naïve expression : c Les richesses ne sont entre les mains des individus qu'un dépôt
donl la nation a le droit de disposer, t» ]jqs plus hardis démolisseurs de la propriété n'ont pas trouvé mieux : c Un membre a dit que la loi qui abolit tout signe de féodaHlé, n'obtiendra jamais son entière exécution, tant qu'il sera permis aux différens citoyens de conserver quelque ai^enlerie marquée du sceau flétri des préjugés nobiliaires ; que l'oubli des despotes, qui ont avili le peuple franç^iis, ne sera jamais assez loin de nous, tant qu'on ne prendra pas les mesures les plus efficaces pour anéantir, sans espoir de les revoir un jour, toutes les monnoies qui portent encore l'empreinte et le nom des tyrans qui en ordonnaient la fabrication. Il est temps que l'idole des riches et des avares soit brisé ; il est temps que ces vils métaux, dont ils faisaient un emploi si criminel, rentrent enfin dans la main de la nation, qui saura les rendre utiles à la chose publique.
e Sur ce, ouï le procureur général-syndic, et sur la réquisition du représentant du peuple, l'administration du département, considérant : 1" que les richesses ne sont entre les mains des individus qu'un dépôt dont la nation a le droit de disposer quand ses besoins l'exigent, et que la plupart des riches, en méconnaissant cette vérité, se refusent constamment aux sacrillces qu'aurait dû leurrnspirer l'exemple des braves sans-culottes, qui exposent leur vie chaque jour pour assurer la liberté de leur patrie ;
if ti" Considérant qu(» l'argent et l'or enlevés par les riches à la circulation, vi que ces avares entassent pour avoir .^ous les yeux longtemps encore l'image des tyrans, no doivent plus servir à alimenter nos ennemis, à accaparer nos subsistances, et à payer les assassins des plus ardens défenseurs de la liberté et de l'égalité ;
« 3" Considérant que ces égoïstes en accumulant de vils
métaux, n*ont cherché à se les procurer qu'en nourrissant Todieux espoir d'une contre-révolution ; que ces esclaves de l'or ne l'ont acheté à si haut prix que pour détruire le crédit d'une monnoie fondée sur des biaas réels ; et plus encore sur la loyauté d'une grande nation ; et qu'il faut enfin les convaincre que les patriotes, qui méprisent leurs trésors mais qui surveillent toutes leurs démarches, ne laisseront plus à leur disposition aucun moyen de leur nuire;
c 4<' Considérant que la liberté, qui est devenue le bien unique et la seule propriété des Français, exige que tous Clément concourent à son établissement, et qu'il est de tonte justice que les riches, les égoïstes, qui, depuis la révolution, n'ont travaillé que pour eux, réparent aujourd'hui les maux qu'ils ont causés, et doublent les sacrifices qu'ils auront dû &ire ;
€ 5^ Considérant enfin que nos ennemis cherchent moins à nous combattre qu'à nous corrompre ; que la république ne peut s'établir qu'en mettant un terme à la cupidité et à la corruption, arrête ce qui suit :
«t Article premier. — Tous les citoyens qui possèdent de l'or ou de l'argent monnoyé ainsi que de l'argenterie, soit en lingots, soit en vaisselle, soit en bijoux, autres que ceux qui servent à la parure des femmes, ou qui n'ont de valeur que par leur forme et le travail, tels que les montres, les pendules, sont obligés de les porter au comité de surveillance de leur district, qui leur en délivrera un reçu signé de trois membres au moins, et payable par le receveur, ou à valoir sur leur imposition révolutionnaire, suivant le prix du marc qui sera fixé par la convention.
€ II. — Ceux qui, dans quinze jours à dater de la publication du présent arrêté, n'auront pas obéi, seront déclarés suspects.
« III. — Quiconque recèlerait ou cacherait, n'importe en quel endroit, de l'or, de l'argent ou de rargenterie, sera regardé et puni comme un contre-révolutionnaire.
« IV. — Les orfèvres ne pourront recevoir ou acheter de l'or, de l'argent ou de l'argenterie, sous peine d'être mis dans la maison d'arrêt, jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.
t V. — Sont néanmoins exceptés de l'article premier tous les instrumens de chirurgie et de pharmacie, d'or ou d'argent, qui, par la nature de leur service, ne peuvent être composés d'aucune autre espèce de métaux, i»
Et Fouché écrivait le même jour, 30 septembre i7S)3, cette lettre citée ainsi que la suivante p. 31 et 32 de Y Assemblée générale des habitants de MouUns : « II est important, citoyens, que vous mettiez promptement à exécution les mesures que j'ai prises relativement à l'argenterie, etc. Que le département enjoigne à tous les districts de faire apporter la leur au chef- lieu du département. Faites en sorte qu'à mon arrivée j'en trouve quelques millions pesant ; nous l'enverrons à la convention nationale, avec une députation qui sera chargée de demander des grains pour le département ; nous mettrons de l'appareil à cette offrande; je ne fais grâce ici à rien : crosses, mitres, calices, croix, or et argent de toute espèce, tout part à la convention. Adieu, salut et fraternité. Dépêchez-vous de m'envoyer vos procès- verbaux ; ajoutez-y les arrêtés que je vous envoie. Fouché. »
L'arrêté fut dénoncé à la convention. Un ami, Forestier, de Cusset, député de TAllier, essaya d'atténuer le blâme : m Citoyens, s'écria-t-il, à la séance du 23 brumaire an IIl (13 novembre 1793), toutes les fois que la convention nationale a été l'ivertie que les arrêtés pris dans les dépar-
tements pouvaient inquiéter les administrés et répandre quelque alarme sur le sort de leurs propriétés ^ même mobilières^ elle s*est empressée de casser ou de suspendre ou de modifier simplement ces airètés. C'est dans cet esprit que tout récemment la convenlion nationale a cassé deux arrêtés du comité de surveillance de la ville de Moutauban, tendant, arbitrairement et sans une loi précise à ce sujet, à obliger tous les possesseurs de numéraire à le déposer à la caisse du district pour être ensuite versé à la trésorerie nationale. L'arrêté que je vous dénonce aujourd'hui ne s'est pas borné à dépouiller les habitants du département de l'Allier du numéraire dont ils peuvent être restés possesseurs ; il s'étend à l'ai^enterie, soit eu lingots, soit en vaisselle, soit en bijoux, autres que ceux qui servent à la parure des femmes (cette expression a quelque chose de remarquable) ou qui n'ont de valeur que par leur forme et leur travail. Cet arrêté, citoyens, est des 29 et 30 septembre dernier (vieux style) ; c'est un des représentants du peuple près l'armée du centre et de l'ouest, qui a cru devoir le prendre. Le comité de salut public n'en a pas été plutôt informé qu'il a dépêché un courrier extraordinaire à notre collègue pour l'engager à suspendre de lui-même cet acte, au moins prématuré, il ne paraît pas que ce collègue, envoyé depuis à Ville-Affranchie, s'en soit occupé, ou bien qu'il ait eu le temps do déférer à l'invitation officieuse du comité de salut public. « Cependant les délais accordés par cet arrêté, pour y satisfaire à peine d'être déclarés suspects, sont au moment d'expirer, et une mesure, d'autant plus fâcheuse qu'elle n'est que particulière, va s'exécuter, si la convention nationale n'y met un juste obstacle. Citoyens, vous ne souffrirez pas que l'on enlève prématurément l'argenterie dos
liabitants de l'Allier, tandis que, dans les autres départements de la république, il sera encore permis d'en user comme d'une propriété qu'aucun décret n'a encore rendu illégitime.
« .le demande donc : 1® Que l'arrêté que je vous dénonce soit, non pas cassé comme l'ont été les arrêtés du comité de surveillance de Montauban, mais que son exécution en soit simplement suspendue jusqu'à ce que la convention nationale ait pris pour tous les départements une détermination uniforme et générale sur un objet d'une importance si majeure ; 2° que le ministère de la justice fasse partir dans le jour un courrier pour porter le décret que vous allez rendre. »
L'arrêté est donc suspendu, comme le demandait Forestier... en attendant qu'il soit rendu général pour toute la France. Rendit-on l'argent pris ? Pas tout, du moins à ce qu'il parait : car le 25 frimaire an IV (16 décembre 1795), le tribunal criminel de l'Allier autorisa Madeleine-Sopbie Roussel, veuve d'Henri-Joseph Jessey, à retirer l'or, l'argent et les eiïets pris sur son mari dans la maison d'arrêt de cette commune et mort le 8 pluviôse an II à l'hospice du tribunal révolutionnaire de Paris, section de la cité, avant d'avoir été jugé, dès lors présumé innocent <*>.
(1) On rendit aux héritiers d'Âutier de Villemontée, condamné à mort, une somme de 146,380 fr. 73 pour les indemnités des biens (|ue la nation s'était appropriés, et dont M. Gornillon a donné Ténuraération, IV, 214, ainsi : « Ses propriétés s*étendaient dans les deux liistricts de Moulins et du Donjon. On adjugea le domaine et la i*éserve de Chezelle, à Montiliy, 35,500 livres à Claude Laporte; celui des Guillauds, 28,800 livres et celui des Royers, 30,800 livres ù xVndraud ; celui des Beiiais, 31,000 livres à Virlogeux ; le vignoble de.« Bessais, 9,225 livrr»? à Dufresne ; celui de la Lue, 5,175 li\Tes à
Mais qui fut vexé ? Fouché sans doute ; on le voit dans cette lettre du 90 brumaire à Delan, reproduite, page 32 de VAêêembUe générale : c Je t'engage, mon ami, à te Csiire remplacer à Moulins pour quelque temps, et à venir nous joindre à Ville- Affranchie ; ton poste est marqué ici ; n'aies point d'inquiétude sur Moulins ; lorsque nous aurons réduit Lyon, nous t'accompagnerons à Moulins, et nous saurons
Saulnier ; celui de 1a Maison-Neuve, 4,075 livres à Durge ; le moulin Beaudet, 18,000 livres à Lafond ; les vignoble et réserve de Gonfaix, 18,900 livres à Lignet ; le vignoble des Cabots, 14,500 livres au même; le domaine de Gonfaix, 30,200 livres, celui des Moines, 66,000 livres et le vignoble des Rabouès, 15,300 livres à Sébastien et Jean Saulnier ; la réserve des Hérards, 33,100 livres à Varlot ; la terre des Iles, 20,100 livres à Saulnier ; le domaine des Pécbins, 35,200 à Campanel fils ; la terre des Bachins fut divisée à Tinfini. La propriété de Trezelle fut aussi très morcelée. Dulignier acheta 12,600 livres la réserve ; Duchon, un pré, 6,000 livres ; Minard, un moulin et une maison, 18,100 livres ; Detour-Lachaille , le bois Reladin, 14,000 livres ; Parent, un pré, 11,700 livres ; Léonard Chabot, djs bâtiments, H,5U0 livres ; Devaux, le champ du prieur, 3,500 livres ; Détour, la terre du Bourg, 6,400 livres ; Saulnier et Féjard, un pré, 9,100 livres ; Emmanuel Grand, les bâtiments du domaine des Normands, 11,500 livres ; Finance, une partie des terres du domaine, 19,200 livres ; Grand, un pré, 11,300 livres ; Laugier, un bois, 9,000 livres ; Pejoux, une prairie, 16,800 livres ; Bassot, le domaine des Places, 78,100 livres ; Louis Ghabert, un pré et un bois, 45,000 livres ; Bassot, un pré, 39,000 livres ; Grizeaud, une terre, 33,000 livres ; Patrice Girard, un ténement de terre, 10,000 livres ; Devaux, un autre ténement de terre, 6,400 livres. On adjugea en gros le domaine des Cordeliers, 141,000 livres à Duchambet et Péjard ; celui des Gaillards, 147,OoO livres à Ducléroir ; celui des Lanciens, 1!K),000 livres, au même ; celui de La Devaudière, 264,000 livres, à Robert Seuillet ; celui de Bauzet, %,500 livres à Hippolyte Gémois. » Les meubles furent adjugés, les 9 fnictidor an II et 23frinutire an Ili, à Campanel et Ligny, pour 7,502.
bien frapper du glaive de la loi tous les petits conspirateurs, tous les prêtres. Je te prie de conserver soigneusement la liste de ceux qui ont été assez vils, pour venir chercher leur or et leur argent ; leur joie sera de courte durée. Adieu, amène avec toi un ou deux bons compagnons du patriotisme, et presse la garde révolutionnaire de partir. — Commune- Affranchie, ce 30 brumaire. Fouché. »
Oui c le glaive de la loi » sut frapper ceux qui déplaisaient à Delan. Autier de Villemontée périt à Lyon. Sa femme et ses enfants furent emprisonnés. Dans les registres du comité révolutionnaire de Moulins, au 16 frimaire an II (6 décembre 1793), on lit : « Le planton de la garde nationale chez la femme Hautier-Yillemontet sera remplacé par un de l'armée révolutionnaire. Personne ne sortira, sauf les enfants au-dessous de huit ans. i> Le 17 nivôse (16 janvier 1794), le comité fait mettre en état d'arrestation les deux fils Autier de Villemontée. Plus lard, le l®»" prairial an II (20 mai 1794), « la fille Autier i> demande sa liberté, a Le comité, considérant que la pétitionnaire, âgée de quinze ans, ne peut pas nuire à la chose publique, arrête que la consigne sera levée. j> Le 9, c'est le tour de la mère qui réclame la même faveur pour ses deux fils. Le comité l'accorde pour le plus jeune qui a quinze ans ; l'aîné restera détenu jusqu'à la paix. On châtiait les enfants du crime que n'avait pas commis leur père.
L'opinion publique, étouffée par la terreur, éleva la voix quand Robespierre fut tombé. Le 28 ventôse an II (18 mars 1795), les citoyens de Gannat déposèrent une plainte contre les membres de l'ancien comité révolutionnaire qu'ils accusaient de dilapidation et d'abus d'autorité, imputant de plus à Ronchaud fils d'avoir contrefait la signature de Rapoutet, son collègue, et de deux témoins.
Moulins fit de môme. Le comité de sûreté générale, le 15 germinal (4 avril 1795) , arrêta que les citoyens Saint- Quentin dit Maltière, Germain Mativet, Guillaume Derangeon, Claude Babut, Lamouroux, Arloing, Laurent Desbrest, Claustre, Faure, Duchon, Givois, ex-agent national ; Artaud, ex-administrateur ; Artaud-Duplan, Bourgeois (de Vichy), Gauthier-Labertière, membres du comité révolutionnaire de Gannat/«tcj ou leurs correspondants, prévenus de vols, de concussions, de dilapidations, d'actes arbitraires, et d'avoir propagé par tous les moyens possibles le système de sang et de terreur, seront sur le champ traduits au tribunal criminel du département de l'Allier. Signé : les représentants du peuple, membres du comité : Legendre (de Paris), Rovère, Clauzel, Lomont, Marie-Joseph Chenier et Mathieu. » Un arrêté semblable fut lancé contre
le comité de Moulins.
Le 30 germinal (19 avril 1795), Blanchard, l'accusateur public près le tribunal criminel, expose dans son réquisitoire, qui va nous expliquer très clairement la situation, « qu'examen fait des pièces consistant en information composée de cent ti-ois témoins entendus par une commission de sept membres établie à Gannat par le réprésentant du peuple Boisset, et déposant contre dix-sept prévenus, tant membres de ce comité qu'autres citoyens et citoyennes de la commune, il reconnaît qu'entre autres déUts on imputait au citoyen Ronchaud fils celui d'avoir contrefait la signature d'un de ses collègues, membre du comité révolutionnaire, et de deux témoins, de s'être emparé du registre du comité et d'y avoir rayé l'arrêté qui constatait le faux... que... il reçut un arrêté du comité de sûreté générale du 26 ventôse portant que Ronchaud et François Laplanche, deux des plus grièvement inculpés par l'infor-
mation, seraient traduits au tribunal révolutionnaire de Paris, arrêté exécuté le 4 germinal courant... que il a reçu du comité de sûreté générale deux arrêtés en date du IG germinal courant, portant : 1« que les citoyens Delan> Grimaud, Perrotin, Verd, Marcillat, Agard, membres de la commission temporaire de Lyon, Thierriot, Rouyer, Rolland, Desmazures, Ant. Saulnier, Joachim Burelle, Mioche, Chesnau, Simard, Mallet et Sayet, tous prévenus de vols, d'abus de pouvoir et d'avoir comprimé leurs concitoyens par la terreur , seront sur le champ traduits au tribunal criminel du département de TAllier ; ^ que les citoyens Saint-Quentin dit Maltière, Germain Mativet, Guillaume Hervier, Derangeon, Claude Babut, Lamouroux, Arloing, Laurent Desbrest, Claustre, Faure, Duchon, Givois, ex-agent national, Artaud, ex-administrateur du district, Artaud-Duplan, Bourgeois (de Vichy), Gautier-Labertière, tous membres du comité révolutionnaire de Cusset ou leurs correspondants, prévenus de vols, de concussions, de dilapidations, d'actes arbitraires, et d'avoir propagé par tous les moyens possibles le système de sang et de terreur, seront traduits sur le champ au tribunal. Mais survint le décret du 18 germinal, ordonnant « que tous les fonctionnaires publics et agents dénoncés seront jugés devant les mêmes juges que les autres citoyens. » En conséquence, l'accusateur public demande ce qu'il doit faire. Le tribunal le charge de suivre cette affaire dans les formes prescrites par la loi du 16 septembre 1791, et ce, conformément à celle du 18 germinal.
Or on avait compté sans les amnisties. Les anciens conventionnels encore au pouvoir, qui avaient voté les lois, ordonné les mesures appliquées par les comités de Moulins, Cusset et Gannat, ne pouvaient laisser ainsi leurs complices
et agents dans l'embarras. La condamnation de Thierriot, Labertière et consorts eût été leur propre condamnation ; ils passèrent l'éponge , et les criminels auteurs de tant d'attentats furent devant la justice légale plus innocents que les victimes. Dans le registre du comité de législation, il y a oeciy séance du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) : € Le comité... vu les divers arrêtés du comité de sûreté générale qui ordonnent la mise en liberté des citoyens Thierriot, Joachim Burelle, Simard, Delan, Rouyer, Rolland, Desmasures, Saulnier, Mioche, Mallet, Cartier, Importe et Vidalin, tous membres de l'ancien comité de surveillance de Moulins ; vu le mandat d'arrêt délivré par le juge de paix de la session du centre de la dite commune, le 3 fructidor, contre les sus-nommés, comme prévenus de vols, d'abus de confiance, et d'avoir comprimé les citoyens par la terreur ; vu l'extrait certifié d'un ordre donné par Mizon , accusateur public près le tribunal criminel du département de l'Ailler, portant défense aux concierges de la maison d'arrêt de laisser sortir les dits Thierriot, Joachim Burelle, Simard, Delan, Rouyer, Rolland, Desmasures, Saulnier, Mioche, Mallet, Cartier, Laporteet Vidalin, jusqu'à ce qu'il ait été de nouveau statué par le dit comité de sûreté générale ; considérant que le mandat d'arrêt... est évidemment contraire à la loi ; que le vague de la prévention qui y est énoncé porte avec lui tous les caractères de l'arbitraire, puisqu'il ne rappelle aucun acte particulier qui puisse faire présumer ou un vol ou un abus de pouvoir ou la compression des citoyens par la terreur ; que, s'il est du devoir des comités de laisser à la justice son libre cours pour atteindre les coupables, ils ne peuvent pas souffrir que les règles établies pour tous soient éludées et méprisées dans l'intérêt d'aucuns ; que la loi du 22 vendémiaire, article 2, enjoint au juge de paix de mettre en liberté dans les 24 heures tout individu contre lequel
il aurait été délivré des mandats d'arrêt pour des délits qui ne seront pas spécifiés par les lois pénales ; que la défense donnée, le 27 vendémiaire, par l'accusateur public de mettre en liberté les citoyens dont il s'agit, n'est basée sur aucun motif raisonnable, puisque la loi défend de traduire devant le juri d'accusation ou de jugement pour des délits qui ne sont ni précisés ni spécifiés, casse et annule le mandat d'arrêt ou d'écrou donné... contre les citoyens Thierriot, Burelle et autres ; arrête que les arrêtés qui ordonnent leur mise en liberté seront exécutés dans le jour de la réception du présent... Signé: Roger-Ducos, président, Beauchamp, Pépin, Kermelegen, Montmayon, Delaunay, Quirot, Gauthier, Hardy, Bailly, Devaux, Eschassariaux, secrétaire. »
il n'y avait plus qu'à adresser des excuses et des félicitations à tous ces braves gens. Le 15 brumaire (6 novembre 1795), l'assemblée électorale avait nommé président du tribunal Antoine Durin, qui avait remplacé Meillet nommé par Boisset, le 21 brumaire an III (11 novembre 1794) ;-puis accusateur public Jean-Baptiste Mizon, à la place de Blanchard <*), et greffier Jean-Baptiste Boussac, au lieu de son père décédé le 26 fructidor an II. Le 24 brumaire an IV, Beauchamp, ex-député de l'Allier à la convention où il avait volé la mort du roi, était nommé commissaire du directoire exécutif près le tribunal civil et criminel de l'Allier. Le tribunal ainsi constitué n'eut plus qu'à élargir les condamnés et les coupables. Le 19 (10
(i) Blanchard, deux fois élu accusateur public près le tribunal criminel de TAUier, fut pendant quelque temps remplacé par Christophe Sayet, puis réintégré par Forestier, le 29 thermidor an II (16 août 171)4). Sayet, destitué, resta quelque temps à Moulins, faisant le commerce, puis revint à Cusset, son pays, où il continua ses opérations commerciales, conduisant des bateaux de charbon sur TAllier.
novembre 1795), il constatait qu'en exécution de la loi du 4 brumaire ordonnant la mise en liberté des accusés de délits relatifs à la révolution et détenus à Toccasion des mêmes événements, Boissin et Jamet, accusés de dilapidations, et Rouchaud et Laplanche ayant été mis en liberté par le citoyen Bezout , commissaire du gouvernement , même avant la loi du 4 brumaire, il ne restait alors, dans la maison de justice du département, d'accusés ou détenus pour faits relatifs à la révolution, que Claude Beaulieu et Joseph Camier, laboureur, condamné le 17 février 1793 à trois années de détention pour obstacle à l'assemblée électorale de Jaligny et enrôlement des volontaires. Il les met en liberté. Signé Antoine Durin, Charles Tourret, J.-B. Clément et Pierre Lhuillier, juges. Le 25, nouvelle mise en liberté de Gilbert Janneau , qui avait été acquitté dans l'accusation de complicité avec Laplanche pour l'affaire La Romagère, mais condamné à deux années de détention pour n'avoir pas assez bien gardé le séquestre.
Quelques uns de ces misérables, que la justice humaine n'atteignait pas, s'amendèrent ; c'étaient ceux qui avaient fait le mal par entraînement, par peur plutôt que par méchanceté ; leurs forfaits qu'ils se reprochaient au fond du cœur furent peu à peu non pas oubliés- — on se les répétait tout bas et la tradition les a fidèlement conservés — mais voilés ; il y eut convention tacite pour n'en point parler devant eux puisqu'ils voulaient s'en souvenir et s'en repentir. Les autres ont été pendant le reste de leur existence un objet d'exécration pour leurs concitoyens, humiliés, avilis, hargneux, honnis, montrés au doigt, horreur et dégoût. Leur nom est encore un sujet d'effroi, et le sang qu'ils ont versé par vengeance, par cupidité, par plaisir, s'est attaché à leur mémoire pour la souiller éternellement.