‹ La tête du ponteChapitre 6 sur 6 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Dans le château du comte de Kernol.

Une grande pièce d'un style sévère, au rez-de-chaussée, donnant sur le parc.

M. de Sorel vient d'entrer suivi du comte, de M. de Goûtais et de Maurice de Savièse. Un domestique ouvre les persiennes.

M. de Sorel regarde autour de lui, puis s'adressant au comte :

— C'est ici que le crime a été commis ?

LE COMTE JACQUES

Le comte, très ému, mais faisant de grands efforts pour rester calme :

— Oui, monsieur, mais à partir du jour où l'instruction a été terminée, personne, absolument personne, nTest entré dans cette partie du château... Vous le saviez du reste et vous avez, depuis longtemps, remarqué vous-même que ce salon et les pièces voisines étaient inhabités... D'après mes ordres, on les avait soigneusement fermés, scellés pour ainsi dire... Vous pourrez interroger mes domestiques qui sont cle vieux serviteurs; ils confirmeront ce que je viens cle dire.

— C'est alors cette pièce que vous traversiez pour vous rendre chez M. de Gontais, lorsque vous avez rencontré la comtesse?

— Oui. Je venais d'ici... et je me di-

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rigeais de ce côté... lorsque celte porte s'est ouverte... et que la comtesse s'est avancée vers moi.

— El la scène a eu lieu?... Pardon, tous ces détails me sont nécessaires.

— Je le comprends... La scène a eu lieu là, près de cette table qui nous séparait.

— Bien ! . . . Vous attendez Mme de Kernol?

— Oui. Je l'ai fait prier devant vous de se rendre ici. Je n'ai parlé, vous le reconnaissez n'est-ce pas, qu'au domestique qui s'est avancé vers nous, et vous avez entendu mes paroles?

— Parfaitement.

— Vous reconnaissez encore que je n'ai pu écrire une seule ligne, à qui que ce soit, depuis ma déclaration et mes aveux?

LE COMTE JACQUES

— Je le reconnais.

— Dans ces conditions, si la comtesse, en apprenant de moi le crime que j'ai commis, manifeste par son indignation qu'elle est étrangère à ce crime, vous accepterez cette indignation comme sincère et je vous aurai fourni la preuve que vous demandez?

— Non pas la preuve que je demande, mais la preuve que d'autres demanderont. . . à commencer par le juge qui sera nommé pour instruire cette affaire.

— Mais si vous êtes convaincu, monsieur...

— J'ai lieu de croire qu'on partagera ma conviction.

— C'est tout ce que je veux. Je suis prêt.

Maurice de Savièse s'approchant du comte :

— Êtes-vous sûr de vous-même?...

Aurez-vous le courage de tout dire à la comtesse?

— J'aurai ce courage. Pour se justifier, il faut qu'elle me maudisse, qu'elle me méprise. Soyez tranquille, la justification sera complète.

— Il ne nous reste plus, à M. de Gontais et à moi, qu'à nous éloigner.

— Non, non! M. de Sorel, sur mes instances, vous autorise à rester près de lui, avec lui... Je veux que la conviction se fasse dans votre esprit comme dans le sien... Tenez, dans cette pièce, derrière cette portière, vous pourrez tout entendre.

M. de Sorel échange quelques mots avec M. de Gontais et M. de Savièse, puis tous les trois en silence passent dans la pièce désignée par le comte.

Le comte seul :

— Qu'elle me méprise ! Voilà donc ce qu'il faut que j'obtienne!... Voilà ce que je désire!... Son mépris, à elle!... Et quand j'aurai enfin réussi à n'être plus pour elle qu'un objet d'horreur, il faudra que je m'applaudisse et que je sois satisfait de mon œuvre.

La comtesse entre vivement et se jette dans les bras de son mari.

— Jacques!... Ah! c'est toi! c'est bien toi !... Je ne voulais pas le croire...

LE COMTE JACQUES

J'attendais sur la route... Par où donc es-tu venu?... Comme j'étais folle de m'inquiéter ! . . . C'est toi ! Ah ! quelle nuit tu me sauves !... Mais, pourquoi, au lieu de me rejoindre, es-tu ici... dans cette partie du château où Ton ne pénètre jamais, qui a été fermée par tes ordres?

— Je vais t'expliquer cela... Viens!

Il l'entraîne vers la portière derrière

laquelle sont cachés les témoins de cette scène.

La comtesse se laisant conduire :

— Mon cher Jacques ! C'est donc fini cette malheureuse affaire?... Il est perdu?

— Il est libre.

— Libre !

— Oui, M. de Contais est libre.

— Et c'est par toi !.. . Conte-moi donc tout cela. . . Tu sais que je suis curieuse.

LE COMTE JACQUES

Il y avait une méprise, alors?... C'est bien heureux que tu aies pu les convaincre. Je te connais, si tu n'étais pas parvenu à sauver M. de Gontais, tu aurais éprouvé comme un remords.

— Oui, un remords... tu as raison.

— Ta es si bon, si généreux ! Tu ne peux pas voir souffrir auprès de toi.

Le malheur te révolte comme une injustice et tu es toujours du parti des malheureux... Tu leur consacres ton temps, ton intelligence, tu leur sacrifierais ta fortune et ta vie... Oh! que je t'estime et que je t'aime, mon cher Jacques !

— Berthe !

— Laisse-moi parler... Toutes ces émotions m'ont rendu nerveuse, fiévreuse... Il faut que je parle... Ah!

M. de Gontais est bien heureux d'à-

LE COMTE JACQUES

voir trouvé en toi un pareil défenseur... Un peu plus sa cause était perdue...

Sais-tu pourtant que je t'en voulais presque de nous laisser revenir sans toi? Tu vaux mieux que moi, vois-tu...

Mais, quel revirement inattendu dans l'esprit de M. Sorel!... En y réfléchissant, cela m'étonne. Ton éloquence, si grande qu'elle soit, n'a pas du suffire. Tu avais donc en main la preuve?

— Oui, j'avais une de ces preuves qui n'admettent pas le doute, une de ces preuves qui vivent et qui parlent et qui crient : Voilà le coupable !. . . J'avais le coupable lui-même.

— Le coupable !

— Ce n'est pas M. de Gontais qui a tué la comtesse Claire... C'est... un autre.

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— Un autre?

Il prend les mains de sa femme, la regarde fixement et dit :

— Cet autre, c'est moi !

; — Toi!

— Tu ne veux pas le croire, n'est-ce pas?... Je mens! je te trompe à plaisir!... Eh bien! non!... C'est horrible et c'est vrai !... La vérité a son heure.

Elle répète sans comprendre

— La vérité !

— Son heure implacable!... Cette heure est venue. . . Celui que tu as si longtemps aimé, Berthe, celui dont tu étais si hère, l'époux de ton choix, l'ami, le frère, le compagnon de ta vie, de ta pensée, il a disparu pour jamais ! . . . Je ne suis plus qu'un homme qui tue et que l'on, condamne, Berthe! Je suis un assassin!

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La comtesse se reculant :

— Toi!

— Ah I tu t'éloignes, n'est-ce pas?

Je te fais horreur!,.. Elle s'éloigne, ma vue l'épouvante!... Je le savais... je l'attendais!... je l'espérais !

— Tu l'espérais?

— Sans doute, un crime comme le mien ne doit-il pas exciter l'indignation d;une femme comme toi?... Mais cette indignation, tu dois me la témoigner autrement que par ton silence... Il ne suffit pas de t'éloigner de moi, il faut que tu m'accables de ton mépris, que tu me le jettes à la face. . . Il faut que tu me désavoues hautement, que tu me cries la colère, et que le monde entier t'entende... Parle... parle... J'attends.

Elle regarde étonnée plutôt qu'effrayée. Puis, tout à coup :

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— C'est impossible ! Pour un motif que j'ignore, tu te calomnies... Tu te calomnies, te dis-je!... Soit! Tu as été mêlé à ce triste événement... Mais, si ton bras a frappé, c'est le hasard, la fatalité qui l'ont poussé... Ta pensée n'a pas conçu le crime... Tu as été malheureux, tu ne peux pas avoir été coupable!... Ah! je le sens là!... là dans mon cœur... Est-ce que l'aveu que tu viens de me faire n'aurait pas suffi pour tuer mon amour si tu étais criminel?... Tu es innocent, puisque je t'aime encore!... Parle, que s'est-il passé? Tu me dois la vérité, sans réticences, mais aussi sans exagération...

Je l'exige, Jacques, au nom de notre amour.

Le comte s'oubliant :

— Eh bien, elle te calomniait, toi, ma

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bien-aimée. . . J'ai perdu la tête et alors. . • le hasard, la fatalité, comme tu disais, ont tout fait.

Il s'arrête tout à coup et se rappelle :

— Ah! Qu'ai-je dit? Il faut qu'elle me condamne et voilà que je me défends !

Vivement à la comtesse :

— Non, non, oublie mes paroles. . . Ne vois en moi qu'un assassin !... Oui, un assassin! Je l'ai tuée, entends-tu? Je l'ai tuée, moi, un homme!... Je l'ai tuée!"... Te rappelles-tu quand je te disais l'autre jour : « Si j'avais commis un crime, si j'étais un infâme... » et tu t'irritais de cette seule supposition. Eh bien! ce n'en est plus une, c'est la vérité!... la vérité que je t'ai si longtemps cachée. . . Aujourd'hui, je ne peux

,1a taire, il faut qu'elle s'échappe...

LE COMTE JACQUES

Voyons, réponds-moi donc... N'est-ce pas que tu me méprises?... Tu me regardes et tu n'as pas l'air de comprendre... Oh! ce silence!... Que veux-tu donc que je te dise?... Puisque je te dis que je l'ai tuée.

Berthe, murmurant sans qu'il puisse l'entendre :

— Elle me calomniait devant lui!

Il reprend pressé, haletant :

— Je l'ai tuée... et j'ai vécu, riche, heureux, envié de tous, moi que la honte et le châtiment réclamaient!... Mais parle donc, parle, au nom du ciel? Tu vois bien qu'il faut que tu parles... Elle se tait encore ! . . . Ah ! tiens ! tu me fais peur!... Comprends donc que je suis à bout de force. C'est trop souffrir que d'appeler si longtemps sur moi ton mépris et ta haine !

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— Mon mépris ! ma haine ! ... Je ne puis ni te mépriser, ni te haïr.

— C'est que tu ne me crois pas coupable.

— Eh! que m'importe? Elle me calomniait, moi, que tu aimais !... Alors, tu Tas tuée... Après ?

— Berthe !

— Elle nous avait condamnés au malheur, cette femme!... Elle était entre nous comme une insulte vivante . . .

comme un défi! Tu l'as frappée... Mais cette mort qui nous sauvait, crois-tu que nous ne l'avions jamais rêvée l'un et l'autre?... L'impitoyable sentence accomplie par toi, Jacques, oserais-tu dire que nous ne l'avions jamais prononcée dans les longues heures de désespoir que cette femme nous avait faites?

LE COMTE JACQUES

— Que dis-tu? Ce n'est pas cela qu'il faut dire.

— Je dis.. . je dis qu'elle nous avait amenés tous deux à cette alternative horrible de vivre malheureux ou de vivre criminels ! Lequel de nous deux a choisi le crime ? Lequel est coupable, de toi qui l'as commis, de moi qui le souhaitais, qui l'attendais peut-être?...

D'ailleurs, ma pensée n'était-elle pas avec toi dans cette nuit fatale?

— Tais-toi ! tais-toi !

— Ne parle donc plus de mépris, ni de haine. . . On ne méprise pas en une heure l'homme qu'on a estimé toute sa vie...

On ne hait pas celui, qui, par amour, s'est condamné à vingt ans de remords, vinçt ans de souffrances silencieuses...

Car je comprends tout, maintenant...

tes subites tristesses, tes joies toujours

LE COMTE JACQUES

troublées, tes angoisses sans trêve et tes désespoirs sans nombre, toutes tes tortures... Ah! si tu Tas commis ce crime, tu Tas aussi chèrement expié...

Que d'autres te jugent et te condamnent... Mon cœur te pardonne et mon amour t'absout !

— Berthe !

— • Oui, mon amour!... Je t'aimais hier!... Je t'aime aujourd'hui.

— Mais...

— Oui, je t'aime ?. . . Tu es seul contre tous, n'est-ce pas?... mais je t'aime!... C'est pour moi que tu es allé jusqu'au crime, j'en veux ma part... 11 nous appartient à tous deux.

— Malheureuse, tu te perds!

— Je me perds... Eh bien! soit!

Vienne la punition... vienne la honte... J'accepte tout avec toi !

LE COMTE JACQUES

— Mais ils sont là ! ... Ils t'entendent !

— Ils m'entendent ! . . . Tant mieux on ne nous séparera pas.

M. de Sorel et Maurice de Savièse soulèvent la tapisserie qui les cachait et paraissent.

La comtesse s'élançant vers M. de Sorel qui entre le premier :

, — Vous étiez là, monsieur?... Vous savez tout... Il n'est pas seul coupable! Je suis sa complice?... Mais ayez pitié de lui... de nous?

M. de Gontais paraît à son tour, s'avance et dit à la comtesse :

— Vous n'avez de pitié à implorer, madame, ni pour vous, ni pour votre mari... Il n'est pas coupable du crime

LE COMTE JACQUES

dont il est accusé. . . Non! il n'est pas coupable... Je vais vous le prouver, et le lui prouver à lui-même.

Il se tourne vers le comte et lui demande :

— Combien de coups de feu avezvous tirés sur celle que vous dites avoir assassinée?

M. de Kernol vivement :

— Un seul, un seul... Elle a poussé un cri. Il m'a semblé qu'elle tombait... Alors, j'ai eu peur. . . J'ai perdu la tête. . . Je me suis élancé dans le parc... courant droit devant moi, ne sachant pas ce que je faisais, ne sachant pas où j'allais. . . Fou, j'étais fou. . . Puis, tout à coup, je me suis arrêté. . . Si, dans l'obscurité, je m'étais trompé... si je ne l'avais pas atteinte.,, si elle n'était pas tombée... ou bien! si elle n'était que

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blessée, si elle avait besoin de secours. . . Alors, je suis revenu sur mes pas... je suis entré... Elle était étendue... là... là. . . à cette place. . . morte ! . . . morte !

M. de Gontais, très froid, s'adressant à M. de Sorel :

— Pouvez-vous mettre en doute, monsieur, la parole d'un homme, que personne au monde ne soupçonnait d'un crime, et qui, pour sauver un inconnu, un indifférent, a tout sacrifié : fortune, estime, bonheur, s'est jeté tout entier dans l'abîme?. . . Non ! n'est-ce pas?. . . Lorsqu'il vous dit qu'un seul coup de feu a été tiré par lui, vous le croyez?

— Oui, je le crois.

— Comment se fait-il, alors, que dans l'acte d'accusation dressé contre moi et que vous avez bien voulu me communiquer, ce matin, il soit établi

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que deux coups de feu ont été tirés sur la comtesse?

M. de Sorel consulte un dossier qu'il tient à la main.

M. de Gontais continuant :

— Le premier coup de feu ne l'atteint pas. La balle frappe le mur et on la retrouve dans un panneau de la boiserie... C'est toujours l'acte d'accusation qui parle... Et ce mur parle aussi, voyez cet éclat dans le bois... Alors le meurtrier fait feu une seconde fois, et la comtesse tombe morte... Du reste, l'acte d'accusation ne s'arrête pas à ce détail. Que lui importe le nombre de coups de feu tirés? Une femme a été assassinée, la justice accourt. Elle trouve une arme à côté de la victime. Cette arme m'appartient. J'ai un passé déplorable. J'ai pris la fuite. Je suis le coupa-

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ble... Voilà ce qui me concerne... Quant au comte un coup de feu est parti. Comment? Il l'ignore... Mais la comtesse a poussé un cri. Il la croit atteinte... Désespéré, fou de douleur, il se sauve... Lorsqu'il revient, dix minutes après, elle est étendue là, près de cette table... Donc, il Ta tuée. C'est évident pour lui... Eh bien ! il se trompe !... Il ne Ta pas tuée ! . . . Elle s'est tuée !

— Que dit-il?

— Si c'était vrai?

M. de SorelàM. de Gontais :

— Votre désir, monsieur, de défendre le comte comme il vous a défendu, vous fait imaginer une fable que la justice ne peut accepter.

— Oh! ce n'est pas une fable...

Ecoutez!... Le comte est parti... La comtesse est seule... Que résulte-t-il

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de la scène qui vient d'avoir lieu entre elle et son mari? Le comte ne l'aime pas. Il ne Ta jamais aimée, il en aime une autre ardemment, follement. Elle ne peut plus en douter... Que va-t-elle devenir? Quelle vie mènera-t-elle maintenant? Quelle torture ne subira-t-elle pas?. . . Tout à coup, dans son désespoir, dans son affolement, l'idée de mourir lui vient, s'empare d'elle, l'étreint...

Mais elle veut que Ton sache pourquoi elle meurt! Elle veut dire un dernier adieu au comte, et que cet adieu lui soit un éternel remords... Elle regarde autour d'elle... Il n'y a dans cette pièce ni encre, ni papier. —Mais... là... là!... se trouve un boudoir, un bureau... Elle y court... Elle trace quelques lignes... puis elle revient ici... toujours exaltée... touiours désespérée... toujours folle !...

LE COMTE JACQUES

Elle saisit le revolver, l'appuie contre sa poitrine, presse la détente et tombe foudroyée... Voilà ce qui s'est passé, j'en suis certain.

La comtesse et Maurice :

— Oui, oui. C'est cela, c'est cela !

M. de Sorel à M. de Gontais :

— Mais on aurait trouvé, monsieur, l'écrit dont vous parlez.

— Qui l'aurait trouvé? Où l'auraiton trouvé? Le crime avait été commis dans ce salon. C'est ce salon qu'on a examiné, étudié. C'est aussi la chambre de l'assassin, la mienne!... Mais cette pièce retirée, inconnue, pour ainsi dire, pourquoi l'aurait-on visitée? A ce compte, il eût fallu fouiller tous les recoins du château... C'était inutile, puisqu'on avait découvert l'assassin.

— Alors, reprend M. de Sorel tau-

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jours impassible, puisqu'il est établi que personne n'a pénétré ici depuis le crime, que cette partie du château a été fermée, scellée, murée, en quelque sorte, que seuls, nous sommes entrés tout à l'heure dans cette pièce, nous allons y trouver les lignes tracées par la comtesse?

— Oui, certes vous les trouverez...

Je viens de les voir, je viens de les lire.

— Ah!

— Mais je me suis bien gardé de toucher à cet écrit. Le temps lui a imprimé sa marque, l'a frappé de son empreinte, l'a daté en quelque sorte, en a fait une de ces preuves irrécusables qu'on ne saurait fournir pour les besoins de la cause. C'est au magistrat qu'il appartient d'y toucher le premier.

M. de Sorel ému cette fois :

LE COMTE JACQUES

■ — Alors, monsieur, venez, venez avec moi ! Venez vite !

Il passe avec M. de Gontais dans la pièce voisine. Quelques minutes s'écoulent puis ils rentrent tous les deux.

M. de Sorel s'avançant vers M. de Kernol :

— La preuve est faite, monsieur le comte. Votre innocence m'est démontrée et je la soutiendrai devant tous. Il y a eu suicide. Il n'y a pas eu assassinat.

Le comte si ferme jusque-là, est vaincu par la joie. Il fond en larmes et on l'entend murmurer à travers ses sanglots :

— Je ne l'ai pas tuée ! Je ne l'ai pas tuée !

LE COMTE JACQUES

Marie et Théodule Ghandolard entrent par la porte qui donne sur le parc. Marie regardant autour d'elle :

— On me dit que mon père est ici...

Pourquoi tout ce monde? Qu'y a-t-il?

Elle aperçoit le comte, le rejoint, s'agenouille devant lui et prenant ses mains :

— Tu pleures, tu pleures, toi, toi, que je n'ai jamais vu pleurer! Que t'estil arrivé?

Le comte :

— Rien mon enfant, rien ! Ne m'interroge pas, ne m'interroge pas, je t'en prie.

Théodule Ghandolard à qui Maurice de Savièse donnait des explications :

— Vraiment! Il y a eu suicide... C'est prouvé... Alors, M. de Gontais n'est plus un assassin et il hérite.

LE COMTE JACQUES

— Il héritera certainement lorsque l'arrêt qui Ta condamné par contumace aura été cassé.

Théodule soupire.

M. de Sorel relève Marie et lui dit :

— Votre père, mon enfant, a voulu prouver l'innocence de M, de Gontais et m'a fait entrer dans cette pièce fermée depuis si longtemps... Alors mille souvenirs lui sont revenus, l'émotion l'a gagné.

Théodule Chandolard qui essuie une larme :

— Je comprends ça. L'émotion me gagne aussi,,. Est-ce le souvenir de ma cousine ? Est-ce la perte définitive des deux millions? Je ne sais pas trop... Mais...

M. de Gontais le. rejoignant :

— Ne pleurez plus* nous partagerons.

LE COMTE JACQUES

— Hein ! Vous dites ! Partager les millions ! Vrai ! Vous feriez cela?

— Quand on revient d'Amérique...

L'Europe n'a pas eu le temps de me corrompre.

— Quelle ne vous corrompe jamais!

Ne changez pas ! ne changez pas!

Diable ! un homme qui partage ses millions avec moi.

Le comte à sa femme, à sa fille et à Maurice qui le pressent :

— Oui, oui, nous partirons bientôt...

Quand vous voudrez... Ah ! je pourrai jouir enfin de tout le bonheur qu'ils m'ont fait.

Théodule a pris le bras de de Gontais et l'entraîne dans le parc en lui disant : .

— Si vous voulez, mon cher cousin, car vous êtes mon cousin; nous ferons

LE COMTE JACQUES

courir. Nous nous associerons pour acheter une écurie.

— Non... non pas cela... Je préfère me ruiner autrement.

— Bien! bien! Nous trouverons autre chose.. Il n'y que l'embarras du choix. . . Ce cher cousin ! . . . Ah ! décidément, je n'en veux plus au fleuve des Amazones.

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