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LA FÊTE DES IMAGES

Depuis huit jours, dans toutes les églises de Constanti^^ople, les cloches sonnaient, faisait retentir leurs notes d'airain depuis le faubourg des Syques jusqu'au Cyclobium, planant sur les quatorze régions de la ville, se lançant d'une gigantesque envolée par-dessus le port, allant mourir au milieu de la Propontide, s'éteindre au plus profond de la vallée herbeuse du Lycus, envoyant enfin leur appel sonore en Thrace, en Chersonèse, jusqu'aux rivages d'Asie.

Depuis huit jours, les quarante-huit portes de la vieille Byzance n'étaient plus assez larges pour laisser entrer le flot continu des ortho-

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doxes de tous les pays voisins, des exilés anciens et nouveaux, des victimes de la fureur des Iconoclastes. De tous les sommets fameux, des monts Olympe, Ida, Athos descendaient en procession, les moines, les cénobites, dontbeaucoup, sous leurs robes de bure, portaient l'ineffaçable trace des supplices endurés pour la foi.

Une vapeur d'encens flottait au-dessus de la ville revenue au culte des images ; une buée sainte s'échappant de chaque église montait comme un hommage rajeuni au Tout-Puissant, à Jésus-Christ, à la Vierge et à l'innombrable cohorte des saints, dont l'adoration était interdite depuis plus d'un siècle dans la capitale du grand Constantin.

Toutes les affaires avaient cessé, les navires étant à l'ancre dans les différents ports, la halle au blé fermée, les boutiques des marchands closes, en l'honneur du rétablissement du culte des images.

Le jour fixé pour cette auguste cérémonie par la veuve de Théophile, Timpératrice Théodora, fut le premier dimanche de carême.

Alors, après une nuit entière passée en prières dans l'église des Blaquernes par la souveraine, par toute la cour et par les grands de TEmpire, on put contempler dans la ville ramenée à la religion ancienne un merveilleux et unique spectacle.

Une procession composée, non seulement de tous les habitants de Constantinople, mais encore de tous ceux des provinces voisines, fit le tour des murailles avant de se diriger vers la cathédrale sacro-sainte, la basilique de Sainte-Sophie.

En tête, après le patriarche Methodius, choisi à cause de sa sainteté et des souffrances qu'il avait endurées, venait à pied l'impératrice Théodora, vêtue de la pourpre impériale et tenant par la main son jeune fils Michel ; elle était environnée de ses femmes et de tous les chefs de la ville. Puis, avant le peuple, à la place d'honneur, les moines, les suppliciés, les victimes s'avançaient radieux ; les estro pies s'entr' aidaient, appuyés les uns sur les autres. On remarquait une grande quantité

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d'aveugles, des individus sans nez et sans oreilles, tous martyrs de leur foi et de la cruauté des empereurs iconoclastes ; enfin , tenant la sainte Icône, Lazare, le fils du peintre mis à mort par Constantin V : Fâge avait courbé le rude lutteur, sa tête s'inclinait et ses jambes tremblaient, mais il portait haut, en ce jour de gloire, l'image de la sainte Vierge.

Quand l'immense cortège arriva en face de la basilique, les cloches sonnèrent toutes ensemble et le clergé sortit pour recevoir l'impératrice qui fut conduite à une tribune spéciale.

L'intérieur de l'église flamboyait. Entre les torches ardentes, on avait disposé toutes les images qu'on avait pu retrouver ; on en voyait de toute grandeur, de toute époque, des contemporaines de Théophile, de Michel le Bègue, de Léon V, de Michel Rhangabé, de Nicéphore, de Constantin Porphyrogénète, du mari d'Irène, Léon IV, enfin de Constantin Copronyme. Mais on plaça sur l'autel même la plus

ancienne, Tlcone peinte sur une planche de berceau, celle recueillie et sauvée par Lazare, en souvenir du martyr Methodius et de la protection divine dont cette peinture avait manifestement été Tobjet. — Les soins pieux de l'impératrice l'avaient fait entourer d'une lame (l'or ciselée, ornée de perles, de pierres précieuses et de camées, de telle sorte que sous le miroitement des flammes, elle éblouissait tous les regards.

Lorsque le prêtre célébrant la messe eut quitté la place, pendant que les assistants agenouillés s'unissaient dans une dernière prière adressée à Dieu, on vit Lazare traverser la foule, monter lentement les degrés de l'autel et se prosterner devant l'Icône. '

Puis il sembla que sa prière se prolongeait, que son front se courbait davantage. Quand les plus rapprochés essayèrent de le rappeler à lui, on reconnut qu'il était mort et que sa dernière prière emportait son âme à Dieu.

Le triomphe de sa cause terminé, ses deux anges gardiens laissant comme une précieuse

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relique la dépouille mortelle de Lazare dans la basilique, conduisaient son âme devant celui pour lequel il avait si longuement et si vaillamment combattu.

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