DE LA SOLITUDE, DE SON EXCELLENCE ET DE SES AVANTAGES
Hélas î que le monde est aveugle î qu'il est coupable et malheureux ! qu'il est injuste et cruel dans ses jugements !
"Le temps n'est plus, dit le philoso' phe Zimmerman, où l'on attachait tant de prix à la vie contemplative, et où chacun croyait se rapprocher du ciel en s' éloignant du mondée
Comment persuader au monde qu'une vie solitaire est une vie angélique?
Le monde ne peut comprendre ce que l'amour divin inspire ; l'amour divin est un mystère pour lui. — Ce que le monde comprend, c'est l'égoïsme, c'est le calcul qui ramène tout à soi, c'est le petit cercle des intérêts privés, c'est cet ajEfreux esprit de bien-être personnel : — Nobles pensées, élans généreux, héroïques inspirations, vie sublime et divine, tout cela est scandale, tout cela est folie et mystère pour lui!
O monde, Jésus-Christ te connaissait, et il fa tnaudit : — tu n'as pas changé ! Tu peux paraître séduisant aux yeux de l'insensé, mais tu ne nous tromperas pas, et nous mépriserons tes plaisirs et tes honneurs !
O monde, tu es si peu mystique, si positif et occupé de la matière, tu es si froidement intéressé, que tu taxes d'exaltation et de rêverie tout ce qui sort de la voie ordinaire et spacieuse; tu ne peux comprendre et admirer l'esprit de sacrifice et d'héroïsme ; tu ne peux comprendre et tu ne comprendras jamais l'amour divin qui enivre d'une sainte ivresse, et qui rend fou de lu. folie de la croix ; l'amour qui nous fait trouver de la volupté dans la souffrance, et de la douceur dans l'amertume î
''Les grandes passio?is sont solitaires," a dit Chateaubriand : mais les plus grandes passions sont les passions divines; elles sont donc les plus solitaires ; elles veulent être seules avec leur objet seul, — avec Dieu seul ! Et voilà pourquoi tant d'âmes, divinement passionnées, ont fui le monde, le bruit, la foule, et ont recherché le désert, le silence et la solitude. Une grande passion absorbe toutes nos facultés ; elle nous ravit aux autres et à nous-mêmes, pour nous transformer, poumons perdre heureusement en Tob-
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIRE ET CONTEMPLATIVE
jet aimé! Ducam eam in solitùdinem, et loquar ad cor ejus, dit l'Epoux divin : Je la conduirai dans la solitude, et là, je lui parlerai dans le secret du cœur. L'âme est donc dans la solitude, lorsque l'Epoux divin lui parle avec cette intime familiarité ; c'est dans la solitude que s'établit cette communication de cœur à cœur, c'est-àdire de l'Epoux seul avec l'épouse seule, Solus cum solà, nous dit St-Bernard.
"Le docteur de la loi deviendra sage au temps de son repos^ et celui qui s'^agile peu, acquerra la sagesse."
(Ecoles, 38, 25.)
^^li^ Equité habitera dans le désert, et la justice se reposera dans le champ fertile." {Isa. 32, 16.)
C'est dans la solitude que Dieu conduit lésâmes qu'il élève à la contemplation; et c'est là qu'il s'entretient familièrement et paisiblement avec elles :
tranqiiillus Deus tranquillat omnia, et quietum aspicere, quiescere est. (St. Aug.)
C'est dans la solitude que tom.be du ciel cette rosée de lumière, ros liicis, dont nous parle le prophète. La solitude est le séjour de la vérité, de la vertu, de la paix, de la joie, de l'amour et de l'extase î
Les sages ont toujours fui la foule ; on ne trouve point Dieu dans le trouble et le tumulte du monde, dans la multiplicité et l'embarras des affaires : Dieu est seul ; il faut être seul pour le trouver ; il faut aller le chercher dans la solitude.
Philon, Pythagore, Platon et Epictète, les plus beaux génies de l'antiquité, étaient des philosophes contemplatifs et ascétiques, des hommes de silence, de repos et de solitude.
L'aigle, selon St-Grégoire, est la figure des âmes solitaires. En parlant de l'aigle, l'Ecriture nous dit, qu'il bâ-
tit son nid dans les lieux élevés et inaccessibles : in arduis ponet nidurti suum. L'aigle regarde fixement le soleil : c'est l'image des âmes mystiques, qui planent au-dessus de la terre et contemplent les choses de Dieu ; elles vivent déjà dans le ciel ; elles vivent d'une vie angélique 1
O solitude, il faut t'avoir connue pour t'aimer ; mais comment ne pas t'aimer lorsque l'on t'a connue ? — Tu es le trésor inestimable, la perle précieuse dont parle l'Evangile ; et l'on doit tout vendre pour t'acquérir et te posséder !
O solitude sainte ! O heureuse, douce, tranquille solitude I gardienne du génie et de la piété, séjour émaillé de fleurs mystiques, asile sacré, paradis de voluptés ! O solitude, notre abri loin des villes, notre port après l'orage, notre ciel sur la terre ! O beata solitudo! O sola beatitudo !
"Solitude is a sort of paradise to soûls that aspire to virtue, either because being there solely occupied with the perfections of God, they are raised above the condition of mortals and become quite divine, on account of the grâces which Almighty God then pours out upon them more abundantly, and the familiarity with hiraself to which He raises them. As His spirit is incompatible with that of the world, He is only pleased with solitude, and He reserves His caresses for those who separate themselves from the world to enjoy the sweetness of His conversation. Thus, speaking of a soûl who wishes to keep a close union with Him, He says that He will draw lier into solitude, where being disengaged from créatures He will speak to her heart, that is, he will converse familiarly with her, to show her the path she must follow to attain heaven." (T. W. Faber.)
If thou art worn, and hard beset, With sorrows that thou would'st forget ; If thou would'st readalesson that will heep Thij heart from fainting, and thy soûl from sleey. Go to tlie, WQods cmd hiUs I no tears Dim the sweet look that nature wears.