DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II
ne laisse aucun doute sur le caractère de la Thémis dans sa seconde période; Demanteet Du Caurroy en sont absents ; un seul Français, Blondeau, y figure à côté de trois professeurs de l'Université de Louvain, Warnkœnig, Birnbaum et Holtius. Nous ne craignons pas de le dire nettement, la Théynis fut à compter de ce moment plus belge que française et plus allemande encore que belge; la direction effective se trouva entre les mains du professeur allemand Warnkœnig et ses deux collaborateurs directs, Birnliaum et Holtins, étaient aussi Allemaufl^ d'origine. Ce n'est qne très iareu)ent qu'on voit nppnraitre nne étude importante signée d'un nom français.
En un mot, l'examen de la jurisprudence et de la législation françaises est presque complètement banni de la Thémis; pendant sa seconde période. Celle-ci est consacrée en majeure partie h des travaux historiques et pour le restant à des recherches sur les législations étrangères. 11 n'est pas jusqu'au ton des polémiques et A la méthode qui n'aient changé; la Thf'mit se ressent d'une manière manifeste de la disparition de son critique Uu Caurroy et surtout de l'absence de l'originalité d'esprit de Jourdan; elle n'est plus qu'une revue savante, mais incolore; l'Ecole historique et son érudition un peu lourde s'en sont emparées. De la Thémis de Jourdan il ne reste vraiment plus que le nom et le souvenir. Ainsi transformée, elle ne tarde pas d'ailleurs à finir dans le désarroi.
Le tome X et dernier de la Thémis de Warnkœnia:, consacré en majeure parlie h l'érudition allemandf^, se termine, en e!fet, subitement par bi reproduction du discours prononcé ;'i Paris à l'ouverture des conférences de la Bibliothèque des avocats, le l"" décembre 1829, par Dupin aîné, bâtonnier de l'Ordre. 11 était donc réservé <à Dupin de sonner le glas d'une revue qui avait fini par se
transformer en revue allemande ; il n'est pas sans intérêt de le constater quand on songe que Dupiii s'élevait de parti pris, quelques années auparavant, contre le germanisme envahissant de la Thémis, alors que la Thé/nis était à ce moment une émanation incomparable de l'esprit juridi({ue français, sous la direclion de Jourdan. Au surplus, il n'est pas rigoureusement exact de dire que le discours de Dupin clôt la Thémis; si cette reproduction étonne et manifeste le trouble de la fin, les deux pages qui suivent et sont vraiment les dernières, sont encore plus caractéristiques. Elles sont consacrées à annoncer des mutations dans les Facultés de droit, des ouvertures de concours, des décès de jurisconsultes.
Les mutations annoncent la dispersion de ceux qui furent les rédacteurs de la Thémis dans la seconde période de son existence. A la suite de la Révolution de 1830, Birnbaum et Holtius quittent les Universités belges, le premier pour aller enseigner à Heidelberg, le second avec l'expectative d'être nommé à l'une des Universités du royaume de Hollande. Warnkœnig est maintenu en Belgique, mais il passe de Louvain à Gand ; ce ne sera pas d'ailleurs pour longtemps; Warnkœnig reprendra l'année suivante le chemin de l'Allemagne pour aller continuer son enseignement à Fribourg-en-Brisgau, son pays d'origine. La Belgique se débarrasse du germanisme. La Thémis le constate avec regret. « Les révolutions qui viennent de s'accomplir en France et en Belgique, dit-elle, ont amené un grand nombre de vacances et de mutations dans les Facultés de droit. Le roi Guillaume avait placé dans les Universités des provinces méridionales de son royaume beaucoup de professeurs allemands et quelques professeurs hollandais ; l'un des principaux griefs qui ont été la cause de la révolution de Belgique étant l'exclusicju