‹ La ThémisChapitre 35 sur 107 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE

Nous ne pouvons songer à donner ici un aperçu de la collaboration apportée au recueil de Jourdan par tous ceux qui y écrivirent occasionnellement. Nous ne ferons même pas pour les écrivains français ce travail qui se ramènerait à une simple nomenclature. Nous aurons l'occasion de citer incidemment leurs travaux à ])ropos de l'exposé des doctrines de la r/?6''»?«s', qu'ils contribuèrent à former et à développer pour une part, eux aussi. Nous nous contenterons à cette place de signaler les principaux de ces collaborateurs. Ce furent d'abord : Dalloz, Macarel, de Cormenin, qui insérèrent dans la Revue des études de jurisprudence; ce furent ensuite Isambert, Renouard, Milletot; les dissertations publiées par ce dernier furent particulièrement remarquées; elles étaient inspirées du même esprit philosophique que celles de Jourdan (/). Il avait été comme lui élève de Dupin, mais s'était engagé ensuite, à son exemple, dans la voie nouvelle. Il fut l'un des meilleurs collaborateurs du directeur de la Thèmis; malheureusement, il mourut prématurément trois ans avant lui (-). Nous ne

(') Voir notamment ses Réflexions sur l'enseignement du droit, Thémis, t. III, p. 7o.

(') Au lendemain de sa mort, la Thémis définissait admirablement le rôle joué par Milletot, en même temps qu'elle disait les regrets que devait inspirer sa disparition prématurée. « Il serait injuste, écrivait-elle, de laisser dans l'oubli les écrivains qui, frappés dans la fleur de l'âge, n'ont pas eu le temps de réaliser toutes les espérances que leurs premiei'S essais avaient fait concevoir. C'est à la passion de l'étude, c'est à l'amour du bien public, qu'il faut attribuer ces veilles prolongées, inspiratrices, mais dévorantes, qui sont presque toujours la cause première de la fin prématurée des hommes de lettres. Si donc, nous devons honorer les écrivains plus heureux qui, après avoir fourni une longue carrière de travaux et" de vertus, n'arrivent au moment fatal, que remplis de jours et riches de grands souveuiis, nous ne devons pas non plus abandonner la tombe de ces jeunes athlètes, qui ne périssent avant le temps que parce qu'ils ont moins consulté leurs forces que le

pouvons que compter parmi les collaborateurs occasionnels l'un des fondateurs de la Thémis, Dufrayer, qui disparut après avoir fourni deux courtes études à la revue, insérées dans le premier tome. Citons enfin dans ce même ordre de collaborateurs les deux iJupin; la collaboration de Dupin aîné se ramène d'ailleurs à l'analyse du Recueil (le lois d'isambert et au compte l'eudu de l'ouvrag-c de Henrion de Pansey, sur Y Autorité judiciaire, (lelle de Philippe Dupin fut plus suivie et plus importante.

On pourrait être tenté de s'étonner cpie le procureur général Dupin n'ait pas d;>nné à la Th'rmis un concours actif; il fut, en ell'et, le premier docteur sorti de l'Ecole de droit de Paris, après sa réorganisation; il s'intéressa pendant toute sa vie à l'enseignement du dvoH ('); il f(»rma

désir de nous éclairer et de nous servir; d'ailleurs, on le sait, le génie comme la vertu, se laisse facilement deviner et, s'il suffit quelquefois des procédés les plus simples de la vie, pour révéler les sentiments g.'uéreux de Thomme de bien, il ne faut quelquefois aussi qu'un discours, une dissertation, iju'une analyse, pour attester la présence du talent, pour signaler un esprit «'clair.', une imagination brillante. Il est donc possible, en appréciant l'avenir par le passé, les travaux de l'âge mûr par les essais des premiers temps de la vie, les succès i)ar les promesses, d'assigner la place qu'un [toète, qu'un orateur, qu'un publicisle, qu'un jin-iscnnsulto eût occupée, si l'impitoyable mori ne liiil arrêté d'-s les premiers pas. Ces réflexions nous ont été trop naturellement suggérées parla perte que le bai'reau vient de faire, dans la personne de Jcan- Ktienne-liuillaume Milletot, né à Clamecy, département de la Mèvre, avocat, docteur en droit, mort à l'âge de 27 ans, le S septembre dernier ». Thémh, t. V, p. 48.

(') « Sorti des bancs de l'école, écrit-il dans ses Mémoires, j'aimais à y retourner par échappée et souvent, en passant devant l'École de droit, l'avocat, docteur en droit, y entrait un instant pourvoir comment s'y pratiquait le nouvel enseignement. Profi-sseur moi-même dans (l(;s cours |)articuliers, j'étuili.nis et je repassais avec soin ce qui devait faire le sujet de mes le(;ons. Je ne sauiais dire combien de fois j'ai relu les Institufes et le Code civil, ami des textes bien plus que des commentaires ». Mémoirrs de Dupin, iS.HS, t. I. p. .3.

de nombreux élèves, parmi eux Joiirdan lui-même, dans des cours particuliers ('); il publia une série d'ouvrages élémentaires destinés aux étudiants en droit (*) ; enfin, Royer-Collard l'appela à siéger dans des circonstances particulièrement délicates au jury (\m donna Blondeau pour successeur à Berthelot (^). En réalité, rien n'est plus facile à expliquer que l'absence de Dupin parmi les collaborateurs de la T/iémh; comme on le sait, l'illustre procureur général essaya au début de sa carrière d'entrer dans l'enseignement du droit; l'issue de cette première et imique tentative ne lui fut pas favorable '^). Dupin ne

(') Ortolan, ISotice sur Dupin, t. XVIII, p. 232.

(^) Ces divers opuscules furent réunis en un volume ayant pour titre : Manuel des étudiants en droit et des jeunes avocats, 2*= l'd., 1835. Sur la valeur de cet ouvra^^e, comp. Ortolan, loc. cit.,. p. 23. — Moulin, Revue Wolowski, t. III, p. 59 et s. ; p. 277 et s.

(') Voir plus haut p. 188, note 2.

(') Dupin prit part au concours de 1810 en même temps que Blondeau, Persil, Baveux, etc. Comme nous l'avons déjà indiqué, ils furent primés par Pardessus, Cotelle et Boulage. On a souvent rapproché l'échec de Dupin de celui de Blondeau et représenté le futur procureur général, au même titre que ce dernier, comme une victime des représentants de la vieille École juridique (Comp. notamment Warnkœnig, Revue Fœlix, t. VI, p. 14). En réalité, la comparaison établie entre Dupin et Blondeau est inexacte; Dupin était Join, tout au moins en 1810, de professer des doctrines juridiques aussi novatrices que celles de Blondeau; il ne possédait pas, d'autre part, les connaissances accumulées par ce dernier au cours de plusieurs années d'enseignement; enfin les ouvrages didactiques publiés postérieurement par Dupin sont loin d'avoir contribué à sa réputation et ne militent pas en sa faveur (sur ce dernier point Moulin, Revue Wolorvski, t. III, p. 59 et s.; p. 277 et s. — Warkœnig, Revue Woloivski, t. V, p. 343. Ortolan lui-même n'a pas craint de le reconnaître du vivant même de l'auteur {Notice sur Dupin., p. 28). On est ainsi amené à se demander si le bruit fait autour de l'échec de Dupin et soigneusement entretenu par lui n'est pas dû à la fois à sa brillante carrière et au peu d'éclat qui marqua l'enseignement de deux des concurrents vainqueurs. Il est malgré tout difticile de se

l'oublia jamais et il semble que ses succès postérieurs accrurent sans cesse un ressentiment irraisonné contre tout ce qui émanait des Ecoles de droit; il critiqua les méthodes qui y étaient en vigueur; il poursuvit de ses traits acérés ses juges et ses concurrents ('); il dénigra les travaux des professeurs (*) au point de se mettre à plusieurs reprises en contradiction avec lui-même C). Aussi,

prononcer d'une manière ferme sur ce point. Des contemporains du procureur général, peu suspects de condescendance à son égard, ont, en effet, émis des doutes en sa faveur. Tel est le cas de Du Caurroy (Revue Wolowski, t. VI, p. 140). Voir aussi Charles Giraud, Notice fiur Dupin, Bulletin de l'Académie des sciences morales et politiques, 1876, t. CV, p. 763.

(') Ses appréciations sur Delvincourl, Pardessus, Du Caurroy sont notamment caractéristiques. V. Manuel de l'étudiant en droit , l'"*' t'd., 1821. Biographie abrégée, v'* Delvincourl, Pardessus ; Lettre de Dupin à Toullier, du 7 juillet 1821, relative d la controverse entre Toullier et Du Caurroy [Rev. crit., 1803, p. 616; 1894, p. ^io et s.).

(') Du Caurroy, répondant à ses attaques et insistant sur ce point, lui écrivait en 1836 : « Depuis vingt-cinq ans environ, vous vous posez dictateur des Écoles de droit et arbitre souverain de leur enseignement. A peine sorti des bancs, vous avez gourmande les professeurs et statué sans rien produire sur les productions d'autrui... \]n concours s'est ouvert oîi vous méritiez peut-être de réussir, et depuis ce moment votre style acerbe n'a cessé de |)oursuivre vos Juges et vos concurr(Mits. On sait avec quelle amère sécheresse vous avez parlé de M. Deiviiicourt même après sa mort; quant à M. Pardessus, vous avez cliang(' de langage sans pouvoir faire oublier l'équivoque de mauvais goût (]ue vous avait fournie précédemment son Traite des servitudes {Manuel de Vétudiant en droit, !'■<= éd., Hiog., v» Pardessus... Qui donc ètes-vous, Monsieur? Qu'avez-vous fait pour le prendre de si haut envers nous? Étes-vous grand .Maître de l't'niversité ou tout au moins inspecteur de nos écoles? I<"ussiez-vous l'un et l'autre, je distinguerais votre compétence administrative de votre compétence comme docteur, comme savant ». Revue Wolowski, Lettre de Du Caurroij à Dupin aine, t. IV, p. 139.

(') Comp. notamment les opinions contradictoires ('mises sur la science du droit et renseignement dans les ouvrages et disserta-

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loin d'être disposé à collaborer à la Thémis, commeuça-t-il par attaquer son œuvre, ainsi que nous l'avons dit, pour essayer dans la suite de séparer Jourdan de ses collaborateurs, de l'opposer à eux (').

lions suivants : Manuel de l'étudiant en droit, pp. 46, 64, 70; Disaertation sur la vie et les ouvrages de Pothier, p. lxxvl; Gaz. des Trib. des 25 févriei- 1836, 10 mars 1836, 22 avril 1836, dissertation sur l'ouvrage d'Ortolan : Histoire de la législation romaine; discours d'ouverture de la conférence des avocats du 1*='" déc. 1829, inss^i'i' dans le Manuel de l'étudiant en droit, (') Supra, p. 183, note 2.

CHAPITKE II

Deuxième période de la « Thémis » (1829-1831). — Disparition momentanée de la « Thémis »; son remplacement par la « Bibliothèque du jurisconsulte et du publiciste », Liège (1826-1827). — Réapparition de la « Thémis » (1829). — Direction de Warnkœnig. — Comité de rédaction et collaborateurs.

37. l.a Thémis cessa de paraîfie ati lendemain de la mort de Jourdan, en 1826. Elle fut, peut-on dire, momentanément remplacée par la Bibliothèque du jurisconsulte et du publiciste, fondée à Liéçe à la fin de l'année 1826, par Wai'nkœnig", avec le coiicour.s de professeurs des Universités de Louvain et de Liège; la nouvelle revue était donc exclusivement belge, mais outre ({u'elle empiuufait une partie de son titre au sous-titre de la Thémis, elle s'inspirait pour partie dn programme de celle-ci, surtout en matière historique. Sa destinée fut plus courte encore, puisque seul un volume parut ('). Dès 1829, en ellet, Warnkœnig reprit la publication de la Théinis; mais, en réalité, ce fui la Bibliolhrque du juriscoiisulte et du publiciste (jui continua à paraître sous le nom ancien de Thémis; la [>lupai"t des collaborateurs fuient des étrangers; au surplus, la composition du comité de rédaction

(') La table des matières est reproduit»' en Irte du tome l.\ de la Thémis.

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