TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII
encore d'un pareil résultat et, il faut en convenir, les dissertations que pourront présenter nos jeunes docteurs ne l'atteindront pas de sitôt » (').
U n'est pas sans intérêt de remarquer que, contrairement à l'optimisme ordinaire du recueil, le collaborateur qui écrivait ces lignes ne pouvait s'empêcher de manifester certaines craintes sur la réalisation prochaine de l'idée qu'il défendait. Sa foi dans « l'avenir de la science » ne semble pas avoir été assez forte pour le débarrasser de toute appréhension en ce qui concerne l'aide que pourraient apporter les thèses de doctorat aux serviteurs de la science juridique ; il entrevoit dans le lointain l'inertie des intéressés ; il aperçoit manifestement les longues séries de thèses de doctorat qui, au cours du xix* siècle, ont placé sous les yeux des lecteurs les mêmes lieux communs présentés d'après une méthode elle-même invariable.
93. Ainsi, la Thémis prit soin de fixer la méthode d'enseignement du droit qui lui paraissait la meilleure, et de préciser l'esprit dans lequel devaient être poursuivies et terminées par l'élève les études juridiques. Cela n'eût pas suffi, puisqu'elle tendait à présenter un système complet d'enseignement; il restait la question du recrutement des maîtres. Ce problème préoccupa au plus haut point Jourdan et ses collaborateurs; nous l'avons déjà montré pour Jourdan personnellement, en signalant le rapport qu'il écrivit jour par jour sur le concours de 1819, d'où Blondeau sortit vainqueur ; nous savons que le directeur de la Thémis n'hésita pas à sacrifier sa carrière à la défense de la cause de la justice et de la régularité dans les concours. Sous son impulsion, les docteurs candidats au concours de 1819 déposèrent entre les mains du jury un mémoire contre l'admission des licenciés à concourir; dans sa pen-
(') Thémis, t. II, p. 391.
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sec, Jourdan ne teudait seulement pas à empêcher Delvincoiirt de faire recevoir de Portets, simple licencié, au détriment de Hloudeau; il avait un l)ul plus élevé, l'intérêt général de l'enseignement; le mémoire (jui fut déposé et que la Thémi>i nous a conservé (') en est la preuve. On sent dans ce mémoire toute l'ardeur de Jourdan en face d'une Juste cause; à ce moment-là d'ailleurs il se tenait dans la coulisse, le défaut d'âge l'empêchant de se présenter. C'est parce que la requête adressée au jury fut repoussée que le futur directeur de la Thetnis écrivit au jour le jour son compte rendu sur le concours.
En 1822, à l'occasion du concours auquel prit part Jourdan, la question de l'admission des licenciés fut de nouveau posée et résolue dans le sens de l'affirmative ; eu présence de cette solution, Isambert, collaborateur de la Th(hm^, déposa un second mémoire au sujet de certaines irrégularités dans la composition du jury et Jourdan n'hésita pas à se pourvoir au Conseil d'Etat contre la décision du jury sur l'admission des licenciés (*).
Ce ne sont là que des exemples des luttes que soutint la Thémis pour empêcher la Restauration de violer sans pudeurles règles relatives au recrutement des professeurs. Nous ne pouvons ici rappeler ces luttes dans leur ensemble et avec toutes leurs péripéties. Ce que nous avons dit déjà du sans-gêne avec lequel la Restauration s'attaquait aux professeurs qui avaient le don de lui déplaire, suffit à faire entrevoir les efforts qu'elle devait faire pour interdire l'accession des chaires aux candidats qui n'étaient pas sûrs; si \'o\\ prend soin de parcourir la T/iémia, on sera tout à fait édifié sur ce point i^').
(') Thémis, t. V, p. 20 et suiv.
(') Thémis, t. V, p. 160 et suiv.
(') Tables de la Thémis, v'^ Enseigncm-:nl du droit. Concours dans les Facultés de droit.