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QUATRIEME PARTIE

Les causes de la disparition de la « Thémis «. — Du sort réservé à sa méthode et à ses doctrines dans la littérature juridique postérieure.

Rechercher les causes de la disparition de la Thémis, essayer de déterminer la part qui lui revient dans l'évolution juridique postérieure sera la dernière partie de notre tâche, mais non la moins importante. A ce point de comme à tant d'autres, il a été répandu de très graves inexactitudes sur le compte de la Thémis et l'action de Jourdan.

CHAFITliE PREMIER

Les causes de la disparition de la « Thémis ».

95. I.e dernier fascicule de la Thémis parut en janvier 1831. La disparition de la première des revues juridiques françaises coïncida donc avec la Révolution de 1830; mais il ne faut voir là qu'une simple coïncidence ; les causes directes de la disparition de la Thémis furent très spéciales. Sans doute, on peut discerner également des causes éloignées d'ordre général, mais ces causes ne se trouvent pas davantage, nous le verrons, dans le mouvement des esprits qui provoqua et qui suivit la Révolution de 1830; il faut plutôt les voir dans les conceptions juridiques de l'époque.

96. La principale cause de la disparition de la Thémis fut la mort de Jourdan; les faits sont là pour le démontrer et des témoignages irréfutables ne manquent pas à l'appui- Le lendemain de la mort de Jourdan, nous l'avons dit, la Thémis cesse de paraître; elle est remplacée par une revue beige, qui s'inspire, il est vrai, du programme et des doctrines de la Thémis, mais qui n'atteste ainsi que mieux la fin de celle-ci et donne à sa coïncidence avec le décès de Jourdan toute sa signification. La Thémis finit par reparaître, mais pour peu de temps et par les soins de Warkœnig; or, si celui-ci fut membre du premier comité de rédaction de la Thémis et se montra un dévoué

QUATRIKME PARTIE. — CHAPITRE I 365

collaborateur de Jourdan, il n'en reste pas moins qu'avec lui la T/iémis eut désormais à sa tête un jurisconsulte allemand. On est donc bien obligé de constater que, en sa qualité de revue française, elle disparut avec Jourdan luimême. Comment put-il en être ainsi, alors que le comité de rédaction de la Théinis comprenait trois autres jurisconsultes français et notamment Blondeau, auquel Jourdan avait fait appel pour fonder son recueil? C'est ce que nous expliquerons très brièvement.

Jourdan fut l'âme de la Thémis ; il conçut et traça son programme; il parvint à le réaliser, à la fois grâce à son activité personnelle et à l'impulsion vigoureuse qu'il sut imprimer à ses collaborateurs; de plus, il réussit par son talent et son autorité à maintenir entre les membres du comité de rédaction un accord parfait, qui se traduisit dans la rédaction de la Thémis par une unité de doctrines propre à assurer son succès. Or, nous avons montré qu'aucun des collaborateurs de Jourdan n'avait ni son originalité d'esprit, ni ses larges vues scientifiques. Sa disparition menaçait donc d'être fatale à la Thémis ; toutefois ses enseignements joints à l'union des collaborateurs auraient pu prolonger le succès du recueil.

Malheureusement, ce fut cette union qui manqua; la discorde surgit entre Blondeau et Du Caurroy ; les journaux de l'époque portèrent même au dehors les échos de leur rivalité ('). Celle-ci semble avoir été tout d'abord une rivalité professionnelle; professeurs de droit romain tous les deux à la F'aculté de Paris, une émulation particulière s'empara d'eux; après avoir de concert avec Jourdan publié un recueil de textes sous le titre de : Juris civilis Ecloga, ils cessèrent leur collaboration et publièrent cha-

(') Gazette du Palais des 24 et 27 novembre 1830.

cun de leur côté des recueils séparés avec un nouveau titre : Juris civilis encltiridium; de même Blondeau oonilKittit iinfhience des Institutes expliquées de Du Caurroy, à l'aide de plusieurs ouvrages destinés à l'enseignement du droit; cette rivalité pi'ofessioiinelle se doublait d'une opposition de caractère, qui sépara chaque jour davantage les deux anciens collaborateurs de Jourdan. Un événement célèbre devait rendre ce désaccord irrépai'ablc : nous voulons parler de la nomination de Rossi comme professeur de droit constitutionnel à la Faculté de Paris. Du Caurroy considéi-a celte nomination comme illégale et s'unit à Buguet, Déniante, Duranton et de Portets pour l'attaquer, d'ailleurs sans succès. Ils refusèrent en conséquence d'assister à 1 installation de Rossi par Blondeau, doyen (').

(') Sur la proposition de (kiizot, une ordonnance royale du 22 août 1834 créa à la Faculté de droit de Paris une chaire de droit constitutionnel dont Pellegrino Rossi était nommé titulaire le lendemain (arrêté ministériel du 23 août 1834). La création de cette chaire avait, en réalité, pour objet de donner à iiossi, déjà professeur d'économie politi(iue au Collège de France, une situation équivalente à celle (]u"il avait en Suisse et de l'attacher ainsi définitivement à notre pays. Si la nomination de Rossi au Collège de France n'avait donné lieu à aucune difficulté, puisqu'elle avait été faite sur la proposition des professeurs, il n'en fut pas de même de la seconde. Un courant hostile plus encore à Rossi qu'au nouvel enseignement se dessina à la Faculté de droit. Sur la proposition de plusieurs professeurs, le doyen Blondeau se vil obligé de convoquer la Faculté dès le 25 août, préalablement à l'installation de Rossi qui devait avoir lieu le 28; aucune décision ne fut prise, la majorité ayant repoussé toutes les propositions de la minorité et notamment celle tendant à refuser de pro- <;<'der à l'installation du nouveau professeur, s'il ne produisait un diplôme de docteur délivré par une Faculté de droit française. C'était un moyen indirect de repousser Rossi. Le 28 août, la Faculté se réunit en robes rouges dans la salle de ses délibérations pour procéder à l'installation. Les propositions déjà présentées à la séance piécédente furent de nouveau mises en avant. La majorité les ayant repoussées, les cinq opposants de Portets, Duranton, Damante, Du

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