QUATRIÈME PARTIE. CHAPITRE I
Nous ne reviendrons pas ici sur les troubles qui marquèrent la division en deux camps à la fois des professeurs et des élèves de la Faculté de Paris, à la suite de cette nomination (').
Ce qui est certain, c'est que la mort de Jourdan laissa naître entre ses collaborateurs les plus directs une division (]ui ne fit que s'accentuer et rendit tout concours impossible. Ce qui le prouve, c'est que dans la deuxième période de l'existence de la T/iémis, Blondeau continua
Caurroy et Bugnet déposèrent une pi'otestation motivée et sortirent de la salie des délibérations; Uossi fut installé après leur départ. Les cinq opposants ne s'en tinrent pas là; ils firent un recours devant le Conseil d'État qui le repoussa (23 octobre 1835, S., 35. 2. 547, D., 39. 3. 68). Il est curieux de remarquer que parmi les opposants, seuls Bugnet et Duranton avaient été nommés titulaires de leurs chaires à la suite d'un concours. Demante et Du Caurroy, au contraire, avaient été nommés directement à une chaire de droit civil et à une chaire de droit romain, de première création sans doute, mais ressortissant à un enseignement déjà en cours; quant à de Portets, c'était bien pis ; il avait été nommé directement à une chaire déjà créée, celle de Boulage, et avait été contraint de l'abandonner après 1830, tout en gardant son titre de professeur; au moment où il luttait ainsi contre Rossi, il se trouvait sans chaire; nous contons plus haut son odyssée. Cliasseloup-Laubat, maître des requêtes au Conseil d'Etat, à qui incomba le soin de conclure sur le recours, n'eut garde d'oublier toutes ces circonstances [Gazette des Tribunaux du 17 octobre 1835). I.'animosité des opposants contre Rossi était telle qu'on les accusa de favoriser les désordres qui éclatèrent au cours de celui-ci. Ils furent obligés de pi'otester publiquement contre cette accusation [Revue Wolowski, t. V, p. 478). Quoi qu'il en soit, on comprend qu'à compter de ce moment, la séparation fut absolue entre les anciens rédacteurs de la Thémis, Blondeau, d'une part, Demante et Du Caurroy, de l'autre, qui avaient trouvé moyen de s'allier aux pires ennemis de Jourdan et de la Tkémis, Bugnet et de Poitets. Comp. Colmet-Daage, Rossi à l'École de droit, séances et travaux de l'Académie des sciences morales, 1886, t. CXXVI, p. 110 et suiv.
(') Gazette des tribunaux des 25 et 27 mars 1834, 5 et 7 décembre 1834, 17 octobre 1835; Cons. d'État du 23 octobre 1835, S., 35. 2. 547, D., 39. 3. 68.
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bien sa collaboration à la revue, mais d'une façon accidentelle et secondaire ; c'était Warnkœniir qui était le véritable directeur. D'autre part, Du Caurroy et Déniante s'abstinrent d'une manière absolue. Cette division fut donc la cause directe de la ruiue de la Thémis. Peut-être toutefois le recueil aurait-il continué à vivre grâce à l'activité de Warnkœnig, si la Révolution de 1830 n'avait pas désorganisé les Universités de Belgique et obligé le nouveau directeur de la Thémis à les quitter peu après pour celle de Fribourg-en-Brisgau. Mais, comme nous l'avons déjà dit, la Thémis ne présentait plus les mêmes caractères dans la deuxième phase de son existence; elle était bien morte depuis 1820.
Nos assertions, déduites de faits indéniables, s'appuient, en outre, sur le témoignage formel de Warnkœnig : « En 1830, dit-il, après maints heureux résultats, l'entreprise commencée avec tant de force menaça de s'éteindre. La mort de Jourdan, l'un des plus vigoureux champions de la réforme, avait déjà en 1820 fait perdre son unité à la nouvelle Ecole. A son neuvième volume, la Thé»ii'< fut à uioitié belge et lorsque la Révolution de juillet 1830 exerça une influence désorganisatrice sur les Universités de la Belgique, la carrière commencée en 1820 fut close.
Le dernier numéro de ce journal parut en 1831 L'Ecole
de droit de Paris perdit plusieurs de ses anciens profes seurs; MM. Delvincourt et Pardessus se retirèrent, d'autres cessèrent de professer. L'élévation de M. Bloudeau au décanat avait eu cependant l'heureux résultat de donner la victoire à l'Ecole nouvelle jusque-là repoussée, et dans le concours qui se tint depuis pour les chaires devenues vacantes, les amis de la réforme se renforcèrent ; mais la Faculté se divisa en deux partis... et la nomination d'un professeur célèbre, M. Rossi, que tous auraient dû rece-