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CHAPITRE VII

Examen critique du système théocratique de Calvin.

Le système théocratique de Calvin est l'application à la société du principe fondamental de sa théologie, la souveraineté de Dieu. Calvin a essayé de réaliser à Genève l'idéal du règne de Dieu. La souveraineté de Dieu est conçue par lui, moins comme la souveraineté paternelle du Dieu miséricordieux qui propose sa volonté à la libre obéissance du croyant, que comme une souveraineté métaphysique et légale. Son système théocratique fait régner le Dieu de l'Ancien Testament et le Dieu de la philosophie du moyen âge plus encore que le Père céleste de l'Evangile.

L'autorité de Dieu se manifeste aux hommes par sa Parole, par la Bible, témoignage externe et écrit du Saint-Esprit. En elle. Dieu a déposé une fois pour toutes sa volonté comme une norme de foi et de vie, fixe et immuable. L'Ecriture forme un bloc : aucune différence n'est faite entre les livres du Canon. La distinction théorique établie entre les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament est constamment violée

dans la pratique. Dans sa hâte de proclamer une autorité extérieure divine, infaillible, et de s'en servir pour battre en brèche et renverser l'autorité de la hiérarchie papale, la Réforme, à mesure qu'elle s'organise, s'empresse d'enseigner que les saintes Ecritures sont la Parole de Dieu et d'établir l'autorité du Livre comme l'autorité de Dieu. Aussi l'Ecriture faitelle autorité non seulement pour la doctrine de la foi et de la vie, mais aussi pour la constitution de l'Eglise, pour son organisation extérieure, pour ses rapports avec le pouvoir politique, et pour les principes qui doivent présider à l'ensemble de la vie sociale. De cette façon le christianisme devient, même dans ses développements formels et extérijsurs, une chose entièrement achevée, un tout fermé, élevé au-dessus des variations du temps. Cette reconstitution non seulement de la règle de doctrine et de vie, mais de toute la vie sociale, est ce qu'on appelle la chrétienté.

Dans le système théocratique de Calvin, point de perspective historique, point de «devenir»; la Parole de Dieu, c'est-à-dire le Livre, est la seule autorité; il n'v a plus de place pour la tradition de l'Eglise.

L'époque est mal préparée pour envisager l'histoire comme un développement organique ; elle ne sait pas voir dans la Bible le témoignage humain d'un fait divin, à savoir l'activité salutaire de Dieu dans l'humanité; la Bible est pour elle un code de prescriptions morales et de police ecclésiastique, un catéchisme de doctrines. Dans les saintes Ecritures on découvre ce qu'on appelle la «loi évangélique», c'est-à-dire

une combinaison de l'Evangile et de la loi, de l'œuvre du Christ et des tables du Sinaï. Le crovant n'est pas mis directement en face de Jésus-Christ Rédempteur vivant, seul objet de la foi ; il est mis en face d'une révélation juridique et dogmatique. Il est adressé au Livre, Parole écrite, et non pas immédiatement au Christ, Parole vivante.

En établissant l'autorité des Ecritures à la place de l'autorité de l'Eglise, Calvin voulait faire dépendre le fidèle de Dieu immédiatement, il lui enseignait à porter lui-même sa responsabilité morale et religieuse et il l'a ainsi affranchi de la dépendance du prêtre et du joug de la tradition romaine. Mais en ne distinguant pas entre les Ecritures et la Parole de Dieu, entre le témoignage rendu à l'activité divine et cette activité même, Calvin a ouvert la porte aux erreurs et aux illusions de la théopneustie.

On n'avait pas de sûr critère qui permît de distinguer et de suivre la voie vraiment chrétienne dans les développements de la doctrine et les applications de l'Ecriture. On s'appuyait sur le texte de la Bible, sur celui de l'Ancien Testament, comme sur celui du Nouveau; on ne saisissait pas dans la conscience du Christ la norme suprême des Ecritures elles-mêmes. L'inspiration littérale et passive n'était pas enseignée, mais elle était partout supposée.

Le système théocratique de Calvin comporte une conception juridique de la Bible. Les saintes Ecritures y sont envisagées comme un recueil de décrets. L'Ancien Testament n'est plus subordonné au Nouveau

que d'une façon théorique. Les deux sont en fait sur le même plan; la perspective historique est sinon méconnue, du moins violée en pratique. Moïse a donné la loi, Jésus-Christ a apporté la grâce et la vérité. Jésus-Christ est un nouveau législateur, il a donné la loi de liberté, la loi parfaite; aussi la loi mosaïque reste-t-elle en vigueur dans tout ce qui n'est pas aboli expressément par les textes du Nouveau Testament. Elle fournit à la théocratie le droit pénal divin. L'adultère sera puni de mort à Genève comme dans le peuple d'Israël.

Le système théocratique de Calvin repose ainsi sur l'idée abstraite de la loi et non sur la personne vivante du Christ. Il est donc plus juridique que vraiment évangélique. Il est inspiré par l'Ancien Testament plus encore que par le Nouveau. L'Eglise y est sous l'autorité d'un texte sacré, interprété par des ministres et auquel le magistrat donne force de loi. Elle n'est pas sous l'autorité de la personne vivante de Jésus-Christ, expérimentée par le cœur et perçue par la conscience. Elle est un gouvernement, une institution légale plutôt que le corps du Christ, un pédagogue plutôt qu'une société de croyants. En elle règne l'esprit juridique, l'esprit de la loi, plus encore que l'esprit de la grâce. Les ministres de l'Eglise de Calvin sont plus semblables aux prophètes d'Israël qu'à des témoins et apôtres de Jésus-Christ.

Ils prêchent l'obéissance à Dieu et à sa loi, la repentance aux transgresseurs, ils menacent le peuple infidèle, ou ses chefs, du jugement et de la manifestation de

la colère de Dieu. Ils font un constant appel à la crainte pour obtenir l'obéissance. Ils partent de la souveraineté de Dieu plutôt que du Dieu amour. Dieu est le Souverain tout-puissant et offensé plus encore que le Père miséricordieux. La Rédemption est la satisfaction juridique donnée au Souverain plutôt que le changement du cœur et la création de la foi.

Cependant les ministres proclament la certitude du pardon et de l'adoption en Jésus-Christ, la promesse de la vie éternelle, l'assurance du salut et la justification par la foi. Leur message est celui des prophètes, revu, corrigé et complété par le moyen de TEvangile de Jésus-Christ. Dans le système théocratique de Calvin, l'Evangile est moins un esprit nouveau, la fondation d'une économie nouvelle, que le couronnement de l'Ancien Testament et l'accomplissement de la loi.

Aussi la théocratie israélite a-t-elle servi de modèle à la théocratie genevoise; dans l'une comme dans l'autre il y a deux pouvoirs, le prince (ou magistrat) et l'Eglise, soumis à une autorité unique, celle de la loi de Dieu. Les bons rois d'Israël sont donnés en exemple aux magistrats de Genève. Le peuple de Genève jure la confession de foi comme les Israélites ont juré d'observer la loi de Dieu. Tout en se mouvant dans l'esprit de la théocratie israélite, le svstème théocratique de Calvin a la prétention d'être la restauration de l'Eglise primitive. Si la théocratie israélite a donné le modèle du rôle et des devoirs de l'Etat, le modèle du rôle et des devoirs des ministres, c'est l'Eglise aposto-

lique qui a donné le modèle de la vie d'Eglise proprement dite, des quatre ordres des ministres, docteurs, diacres et anciens, le modèle de la participation du peuple au gouvernement de l'Eglise, de l'organisation et des formes du culte.

La personne du Christ et son œuvre rédemptrice sont ainsi pratiquement effacées derrière les Ecritures.

La Réformation prétendait sans doute conduire les croyants à Jésus-Christ, mais, en fait, elle les conduisait au Livre. Calvin pensait que tout dans la Bible «est procédé» de Jésus-Christ, principal ambassadeur par lequel Dieu s'est communiqué aux hommes. Tous les saints prophètes, dit-il, ont parlé par l'esprit de Jésus-Christ; il a été le conducteur d'Israël et la loi a été donnée par sa main ; il est, dans le Nouveau Testament, le docteur et maître pour nous annoncer toute vérité et il doit être tenu pour auteur de toute la doctrine des apôtres.

Le passage où Calvin résume toute sa pensée sur ce point mérite d'être cité en entier L*

Quand nous parlons de l'Escriture, il fault distinguer entre le vieil Testament et le nouveau, car quant est de la Loy et des Prophètes : combien que le tout soit procède de lesus Christ en tant qu'il a tousiours este l'Ange souverain et le principal ambassa-

* 0pp. Cah. t. X, p. 154. Du nom de Dieu et de son invocation.

deur par lequel Dieu s'est communiqué aux hommes : toutefois, l'usage commun n'est pas de dire qu'il ait dict cecy par Moïse, ou cela par David, mais plus tost Dieu simplement. La raison est qu'il n'cstoit pas encore manifeste de ce temps la. Parquoy nous devons bien croire suyvant la doctrine de sainct Pierre que tous les sainctz Prophètes ont parlé par l'esprit de lesus Christ et suyvant la doctrine de sainct Paul qu'il a esté le conducteur du peuple d'Israël, et mesme que la Loy a esté donnée par sa main (i Petr. I, II ; i. Cor. lo, 4 suiv.). Toutefois, suyvant le style commun de l'Escriture en alléguant quelque chose du vieil Testament, nous ne dirons pas que lesus Christ ait dict ainsi par la bouche d'Isaie ou de Moïse, mais nous dirons que Dieu l'a dict ou bien l'Esprit de Dieu. Du nouveau Testament il y a aultre raison. Car lesus Christ venant en ce monde nous a esté ordonné du Père docteur et maistre pour nous annoncer toute vérité. Ainsi il doit estre tenu et appelé de nous autheur de toute la doctrine des Apostres, comme sainct Paul dict qu'il parle en luy.

Cependant, bien qu'elle proclame la suffisance, la clarté du Livre, œuvre du Saint Esprit, document de la révélation de Jésus-Christ, la Réforme calviniste est obligée de l'interpréter, de dire ce qu'elle y trouve, de repousser certaines opinions erronées et dangereuses. Elle se garde avec soin d'abandonner l'interprétation du Livre aux écarts et aux fantaisies de la raison et du sentiment individuels. C'est même un des grands mérites de Calvin d'avoir fondé la théologie réformée, en rassemblant les interprétations particulières en une seule interprétation. Il a fondé la théocratie genevoise sur l'unité de la doctrine qu'il a extraite de la Bible.

Avec l'Ecriture comme guide, il combat énergiquement l'enseignement de l'Eglise romaine, sur tous les points où cet enseignement est contraire à la

Parole de Dieu. Mais il accepte et conserve l'héritage dogmatique des premiers siècles dans le domaine de la christologie, car il voit dans les formules de Nicée et de Chalcédoine Texposé de la doctrine biblique de la Trinité. L'autorité des Pères orthodoxes de l'Eglise primitive demeure intacte, en tant que ces Pères ne contredisent point les déclarations scripturaires.

De la Bible, Calvin dégage donc la vérité divine et les lois divines qui doivent régner dans la société humaine, à la gloire de Dieu et pour le maintien de son honneur de Souverain. Ce règne de la Bible conçue comme un recueil de législation et de vérités rationnelles, constituera une théocratie, un système de gouvernement dans lequel l'autorité de Dieu sera imposée par la force. S'il y avait liberté de conscience, liberté d'opinions et de vie, il n'v aurait plus théocratie.

Calvin, on le sait, n'admet pas la liberté de l'homme; elle est exclue de son système théologique et de son système social. Le règne de Dieu ne se propose pas à la libre acceptation de l'homme, il s'établit par la persuasion, sans doute, mais aussi par la répression de toute rébellion, par la contrainte. Calvin n'admet pas que l'honneur de Dieu consiste à proposer sa volonté souveraine à la volonté de l'homme, qui l'accepte librement ou qui la nie, qui lui obéit ou qui lui résiste, qui se donne ou qui se refuse. Pour lui, l'honneur de Dieu est maintenu quand l'homme est courbé devant sa loi dans une

attitude de soumission, libre ou forcée. Les péchés contre Dieu et sa Parole sont identifiés aux délits.

La tâche de faire régner Dieu est confiée aux deux pouvoirs qui gouvernent en son nom les hommes, à l'Etat et à l'Eglise, au gouvernement politique et au gouvernement spirituel.

Calvin a distingué très nettement la sphère d'action de chacun des deux pouvoirs et a proclamé leur indépendance réciproque, mais il ne les a pas distingués comme deux sociétés qui se gouvernent librement, chacune suivant son principe propre. Les deux pouvoirs sont deux juridictions distinctes et en fait inséparablement unies. Elles s'exercent dans une société unique et sont confondues à la base et au sommet. A la base, parce que le citoyen est identifié au chrétien et que le Conseil général, assemblée des bourgeois, statue sur les ordonnances ecclésiastiques au même titre qu'il statue sur la législation civile. Au sommet, parce que l'Eglise surveille l'activité du pouvoir polique afin de la maintenir conforme aux exigences de la Parole de Dieu et parce que le magistrat de son côté surveille l'administration de l'Eglise, a le droit de confirmer et de déposer les ministres et le devoir de châtier civilement les contempteurs de la doctrine et de la règle de vie de la Parole de Dieu.

Dans la théocratie calviniste l'Eglise devient ainsi un Etat et l'Etat une Eglise, en sorte que la liberté

des deux pouvoirs n'est pas garantie. La suprématie extérieure, la « dernière connaissance » appartient au pouvoir politique et il lui est facile d'en user pour peser sur la marche du gouvernement spirituel, lorsqu'il est assez fort pour le tenter. Tandis que l'Eglise, à son tour, possédera le pouvoir effectif, la direction du ménage commun, lorsqu'elle sera assez forte pour imposer sa volonté en l'appuyant sur l'autorité de la Parole divine. Or, ceci a été précisément le cas pendant la période qui nous a occupés. Grâce au génie de Calvin, grâce au besoin de reconstituer l'ordre social de la cité, l'hégémonie a appartenu à l'Eglise représentée par son chef, de 1541 à 1564 et surtout à partir de i555.

Calvin réclame en effet pour l'Eglise, pour les ministres, le droit d'interpréter le principe théocratique de l'autorité de la Parole de Dieu. Il veut que le magistrat accepte l'interprétation donnée par les ministres. Il ne lui permet pas d'en préférer une autre de son propre mouvement. Tout au plus admet-il que si le magistrat n'est pas convaincu que l'interprétation des ministres soit conforme à la Parole de Dieu, il s'adresse aux ministres d'autres Eglises évangéliques. Il vise ainsi à constituer une interprétation aussi une et aussi infaillible que celle de l'Eglise romaine. Ce besoin d'unité et d'infaillibilité l'a conduit à réclamer l'infaillibilité pour son propre enseignement. « Dieu, dit-il, m'a fait la grâce de me déclarer ce qui est bon ou mauvais'». Il croyait positivement que

^ Lettres françaises, t. i, p. SSg.

son enseignement lui venait de Dieu, et qu'il n'était pas « cru en son esprit » et qu'il fallait qu'il le maintînt envers tous et malgré tout. Et cette illusion se comprend, Calvin n'était pas le seul à la partager. Comme la doctrine de l'Institution était somme toute « simple, facile, lucide, solidement appuyée sur l'Ecriture, bourrée de citations bibliques ; comme l'inspiration en était pure, forte, vraiment chrétienne; comme les points en étaient magistralement développés, justifiés, démontrés vrais et suffisants; comme l'ensemble en était bien ordonné et de nature à couvrir tout le champ du christianisme ; comme c'était alors le seul ouvrage de cette envergure, de cette puissance, et qui répondît si parfaitement à tous les besoins de la situation, il arriva qu'on l'accueillit comme l'Evangile lui-même, ou du moins comme son interprétation fidèle * ». Cela est si vrai que du vivant de Calvin, un magistrat de Genève, en i552, bien qu'il lui fût hostile, déclara que la doctrine de l'Institution était « la sainte doctrine de Dieu ».

L'infaillibilité de l'interprétation entraîne son unité, et cette interprétation infaillible et une régnera seule dans toute l'étendue du territoire de la Seigneurie de Genève, de façon à v établir un Etat chrétien. Le ministre qui s'écarte de la doctrine sainte, le citoyen ou l'habitant qui parlent contre elle, sont plus ou moins sévèrement punis, suivant la gravité des cas.

^ Frommel, Cours sur l'histoire du principe de l'individualisme.

Cest ainsi que les deux pouvoirs s'unissent pour glorifier Dieu en obligeant les hommes à confesser sa vérité et à se sanctifier par Tobéissance à sa loi. Les personnes qui se dressent contre cette vérité, qui cherchent à renverser les fondements de la religion chrétienne, ou qui violent gravement la-sainte loi de Dieu, sont passibles de la peine de mort. Les adultères, les blasphémateurs, les anti-trinitaires sont coupables du crime de lèse majesté divine ; ils sont punis par le glaive ou par le feu, de la même façon que l'on sévit contre les anarchistes modernes, car ils tendent à détruire l'ordre social en renversant les fondements de la religion et de la moralité. Ce sont là les conséquences logiques de l'idée théocratique d'un gouvernement de Dieu, imposé par la force.

Le système théocratique de Calvin, par l'éducation austère et rigoureuse qu'il a instituée dans des temps de relâchement et de corruption, par l'accent qu'il a mis sur la sainteté et l'inviolabilité de la loi morale, par l'importance qu'il a donnée à l'instruction, par l'aptitude qu'il a déployée pour les réformes pratiques, par son talent de systématisation et de déduction dans la doctrine, par son souci de travailler simultanément à la régénération de l'individu et à la régénération du milieu social, a accompli de grandes choses. C'est ce que déclare un Calviniste, le secrétaire d'Etat de Genève, Michel Roset. « Dieu, dit-il, nous a délivrés des ténèbres, de tyrannie, des trobles et corruptions si dangereuses esquelles nous estions plongez, pour nous amener en cest estât si heureux auquel nous

sommes aujourd'hui^». Roset continue en invoquant le secours divin « contre totes les entreprises du diable, des tirans, conspirateurs, meschans et envieux»; il demande que le Saint-Esprit gouverne les magistrats et officiers de cette « sienne République», que vraiment tous lui servent « Tayans tousiours devant les yeux, aymant les bons et punissans les mauvais et faisans chacun en son endroit et tous ensemble comme vrays serviteurs et commys de sa Majesté. »

La théocratie genevoise, quoique contraire à bien des égards à la liberté individuelle a été favorable aux droits populaires ^

Par la diffusion de la Bible et par la prédication en langue vulgaire, par la préoccupation constante de répandre dans le peuple l'instruction et la connaissance de la Parole de Dieu, par son souci de ne pas faire acception de personnes dans l'exercice de la discipline, par l'attitude qu'il a prise en défendant les faibles et les pauvres contre les exploiteurs et les oppresseurs, en statuant expressément la participation du peuple au gouvernement de l'Eglise, le calvinisme a préparé, a favorisé l'avènement de la démocratie représentative et a travaillé puissamment au relèvement intellectuel et moral des classes populaires.

Malheureusement les grands bienfaits dont le secrétaire d'Etat genevois était profondément pénétré,

^ R. C, 5 février i55q.

^ Cf. Fairbairn, The place of Christ in modem theology, p. i5o.

étaient achetés aux dépens du droit le plus sacré de rhomme, aux dépens de la liberté individuelle. Cependant il ne faudrait pas méconnaître que, si la Réformation, et spécialement la Réformation calviniste, n'est pas encore, ne veut pas être la liberté de conscience au sens vrai du terme, — la Réformation, et spécialement la Réformation calviniste, est le premier pas, disons mieux, le pas décisif vers la liberté de conscience. En soustrayant l'homme au joug de la hiérarchie et de la tradition romaines, en le proclamant responsable devant Dieu, dans sa conscience, sans intermédiaires humains, la Réformation a posé le fondement définitif, immuable, de la liberté de conscience. Ce n'est que par une contradiction avec son principe, qu'elle a pu pratiquer l'intolérance, mettre la force au service du gouvernement spirituel et proclamer le droit et le devoir du magistrat de punir les hérétiques par le glaive.

Nous ne saurions reprocher aux réformateurs de n'avoir pas su se débarrasser entièrement des entraves du passé. Pour être féconde, la Réformation devait être ancienne et nouvelle, un progrès sur le passé et cependant la continuation du passé. La Réformation s'est refusée à être une simple révolution; elle n'a pas voulu détruire pour détruire, mais détruire pour reconstruire. Elle a délibérément voulu être et cru être une restauration de la chrétienté primitive. Sa grande œuvre, le service immense qu'elle a rendu, c'est d'avoir déplacé le siège de l'autorité en matière de foi. Elle a voulu mettre la Parole de Dieu à la place de

l'Eglise ; en fait elle a mis le Livre. Elle n'a pas osé, elle n'a pas pu aller jusqu'au bout de son principe.

Aussi, tandis que Rome était conséquente à l'esprit de sa méthode, Genève ne l'était pas. Cette infidélité fut une cause de scandale (bûcher de Servet) et de décadence ; elle ôta à la Réforme calviniste beaucoup de sympathies qui autrement lui eussent été acquises.

Le principe même de l'autorité de la Parole de Dieu aurait pu conduire Calvin directement au Christ, comme à l'objet même de la foi, comme au centre, à la lumière et à la porte des Ecritures. Mais Calvin, possédé par le besoin de la vérité, plus encore que par la joie du salut, semble être allé par la Bible directement à Dieu, sans passer d'abord comme Luther par le Christ Rédempteur. Cet esprit impatient d'ordre, de règle et d'unité a donc saisi la Bible comme l'autorité vraie qui remplace l'autorité de la hiérarchie. Il n'a pas lu la Bible à travers l'Evangile ; il a lu l'Evangile à travers les idées de l'Ancienne alliance. Le royaume de Dieu est conçu par lui comme l'accomplissement parfait de la théocratie Israélite.

Le système théocratique de Calvin nous apparaît comme un phénomène analogue à celui qui s'est produit dans l'Eglise primitive ; après les apôtres, l'Eglise chrétienne, incapable de s'élever à la spiritualité d'un saint Paul, était retombée dans le légalisme : l'Evangile était la loi nouvelle.

De même la chrétienté réformée a été soumise par Calvin à un régime légal, dont elle avait besoin temporairement dans une certaine mesure. Seulement le cal-

vinisme se donnant (comme doctrine et comme gouvernement) pour l'interprétation infaillible de la Parole de Dieu, coupait court à tout développement ultérieur fécond de la pensée chrétienne et de la vie ecclésiastique; il préparait des temps de formalisme et Tavènement d'une nouvelle scolastique. La vie, en se retirant du système théocratique de Calvin, cédera la place à une préoccupation morbide de conserver intact l'héritage du réformateur. Le système ne subsistera plus que comme un ensemble d'institutions admirablement organisées, mais dont l'esprit et la vie auront disparu depuis longtemps. Il se brisera en tombant avec la théopneustie qui est à sa base.

Encore une fois, si l'autorité de la personne vivante et l'œuvre rédemptrice du Christ eussent été mieux dégagées des formules intellectuelles qui les enfermaient, si la primauté de Jésus-Christ eût été moins nominale et plus effective dans l'Eglise calviniste, si la discipline eût été davantage pénétrée de l'esprit de charité, cette Eglise même se fut considérée moins comme un gouvernementqui exige et condamne, et davantage, comme un corps qui est appelé à servir, à l'exemple du Maître; elle aurait gouverné avec un esprit moins légal et plus chrétien, les ministres eussent été des témoins du Christ-Sauveur plutôt que des prophètes de l'Ancienne Alliance, transplantés dans un « Etat chrétien », et le champ eût été laissé libre aux progrès de la pensée chrétienne et d'une vie ecclésiastique de plus en plus inspirée par Celui qui est le chemin, la vérité et la vie.

Le moule dans lequel Calvin a enfermé la Réforme

était solide et rude comme le fer, il a permis aux protestants réformés de traverser des crises terribles de persécution et de maintenir leur Eglise et leurs croyances en dépit de la formidable pression exercée sur leurs consciences; mais, comme une camisole de force, il empêchait le libre développement de la vie et il a fallu finalement que le protestantisme le brisât pour ne pas périr étouffé.

La Réformation ne doit donc pas être regardée (elle Ta été longtemps) comme un bloc, comme un système définitif, faisant règle dans tous ses détails. Elle n'est pas une cristallisation achevée et immuable, un organisme dont la puissance de développement serait épuisée. Elle est un point de départ nouveau, un point tournant dans l'histoire. Elle a imprimé une autre direction à la marche de la civilisation. Mais elle n'a pas été toujours fidèle à son principe et n'a pas tiré toutes les conséquences qu'il comporte.

Il y a chez les réformateurs, chez Calvin en particulier, des restes de la scolastique et de l'esprit juridique du moyen âge, des notions plus hébraïques que chrétiennes, des conceptions provenant du panthéisme platonicien, de la philosophie grecque et de la politique romaine. Calvin s'appuie sur l'ancienne Eglise indivisée, sur les décrets des premiers conciles, comme sur l'Eglise apostolique non encore corrompue et, d'autre part, son déterminisme lui vient de Platon, et sa notion de l'honneur de Dieu, de l'esprit féodal du moyen âge.

Le protestantisme retournera à ses origines vraies, à son principe, en s'affrancliissant progressivement de tous les éléments non chrétiens qui l'ont voilé et contredit, qui en ont empêché le développement fécond. Le protestantisme revisera ainsi sa dogmatique et son ecclésiologie pour en faire de plus en plus la manifestation concrète de l'esprit évangélique ; pour mettre en évidence l'autorité de Dieu, le Père de Jésus-Christ, perçue par la conscience, se proposant à la libre obéissance de l'homme. Lorsque les consciences seront mises en présence de l'action vivante de Dieu et non pas seulement en présence de son document écrit ou d'une institution ecclésiastique infaillible, les hommes de bonne volonté s'inclineront devant l'autorité du Christ, parce que l'attitude d'obéissance de conscience qu'ils auront prise, leur fera connaître que la doctrine du Christ vient de Dieu et qu'elle affranchit, parce qu'elle est la vérité et la vie mêmes.

Ce travail de transformation du protestantisme, — commencé depuis longtemps, — ce retour aux principes vrais de l'Evangile, à un Christ vivant et non plus seulement à un Christ abstrait ou effacé derrière les Ecritures, aura un triple résultat. Il rendra la Bible aux « povres consciences » en la leur donnant comme l'histoire de l'activité salutaire de Dieu dans l'humanité, comme le témoignage rendu par les hommes à l'œuvre que Dieu poursuit pour éclairer et affranchir la conscience.. La Bible, chrétiennement interprétée, mettra les croyants en face de la Parole de Dieu qui sauve et qui sanctifie, en face de Dieu, le Père de Jésus-Christ.

En second lieu, ce renouvellement du protestantisme fera de l'Eglise une société plus encore qu'une institution, mais une société dont l'unité sera plus spirituelle que formelle. L'Eglise protestante, en s'unissant intimement à son chef le Christ-Sauveur, par l'esprit de charité qu'elk travaillera à faire régner dans son sein et à répandre dans le monde, par l'attitude de foi obéissante et confiante qu'elle demandera à ses membres, deviendra de plus en plus une école de vrai christianisme, ouverte à tous les hommes bons et droits.

Enfin, par le retour à l'autorité vivante du Christ, le protestantisme à la fois société et école, indépendant du pouvoir politique, fera l'éducation des individus et agira sur le milieu pour le transformer, non par la contrainte, mais par le témoignage qu'elle rendra à l'autorité du Dieu saint, du Dieu de la conscience, révélé dans la Bible. Sur le terrain de la liberté, répudiant toute théocratie comme contraire à l'Evangile, toute domination cléricale, tout emploi de la force matérielle pour maintenir l'honneur de Dieu, pour soumettre les consciences à une règle de foi et de vie, il confessera son Maître, il concourra à l'établissement du royaume de Dieu sur la terre, à l'avancement du règne de Jésus-Christ, parce qu'il formera des caractères, des hommes libres et forts, qui seront dans leur vocation, dans leur famille et dans l'Etat des serviteurs de la justice et de la vérité, des croyants qui aimeront leur prochain, parce qu'ils auront appris à connaître et à aimer Dieu, le Père de Jésus-Christ.

Conclusions

En adoptant la Réformation, Genève avait adopté comme principe fondamental de la vie civile et ecclésiastique de la cité, le principe de l'autorité de la Parole de Dieu, laquelle se ramenait en pratique à l'autorité de la Bible conçue comme un recueil de lois, comme l'expression de la vérité dogmatique et de la volonté du Dieu souverain. Cette révélation de la règle de doctrine et de vie a été appelée souvent «loi évangélique», parce qu'elle a son expression parfaite et définitive dans l'œuvre de Jésus-Christ.

. En se soumettant à l'autorité de la Parole de Dieu, le peuple de Genève pensait substituer l'autorité divine vraie à l'autorité d'une hiérarchie soi-disant divinement instituée, laquelle était représentée dans la cité par des évêques ennemis de l'indépendance des citoyens et par un clergé qui avait perdu son ascendant moral sur la majorité de la population. La Parole de Dieu, loi évangélique, a été ainsi substituée à

la loi papale, la Bible a remplacé la tradition, Christ a remplacé le pape comme chef de l'Eglise.

Le nouveau principe théocratique de l'autorité de la Parole de Dieu a entraîné le renouvellement ou la restauration de la vie ecclésiastique et morale de la cité. Le pouvoir politique a essayé d'opérer de sa propre autorité cette « réformation », à l'instar des magistrats des cantons suisses évangéliques^ Il a donc refusé d'adopter le gouvernement spirituel de l'Eglise proposé par Farel et Calvin. Mais le pouvoir politique était trop récemment émancipé de la souveraineté épiscopale, les esprits étaient trop agités par des révolutions successives accompagnées de scènes tumultueuses, pour qu'un régime césaréopapiste pût durer longtemps et réussir à mettre en vigueur et appliquer efficacement la «loi évangélique ».

Calvin a donc été rappelé et les Genevois ont été conduits par la force même des choses à l'investir des pouvoirs d'interprète delà Parole de Dieu et d'inspirateur d'un nouveau système théocratique. Juriste éminent, génie ordonnateur et organisateur, esprit systématique, Calvin a pu appliquer en partie à Genève le programme qu'il avait exposé dans son Institution chrétienne. Il a donné à la nouvelle Eglise, en majeure partie, sa doctrine, son culte, sa discipline et il a obligé le pouvoir politique à mettre sa

^ Cf. R. Wipper, L'Eglise et l'État à Genève au XVI* siècle, dans le Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, T. I, p. 499.

puissance au service de la Parole de Dieu, au service des règles divines de foi et de vie qu'il dégageait des Ecritures. Il a voulu établir le gouvernement de la cité par deux pouvoirs indépendants et coordonnés. Préoccupé d'éviter les abus et les empiétements de la théocratie papale dans le domaine temporel, il distingue soigneusement la sphère d'action du pouvoir politique et celle du pouvoir spirituel.

Partant de l'idée de l'Etat chrétien, soumis à la primauté de Jésus-Christ chef invisible de l'Eglise, et lié à la Bible comme au recueil des ordonnances divines, il a attribué au pouvoir politique, au Petit Conseil, la suprématie extérieure, il lui a assigné la surveillance de l'Eglise, en sorte qu'en matière civile et administrative les ministres de la Parole de Dieu se trouvaient soumis à la juridiction entière du magistrat.

L'unité doctrinale du système théocratique ne pouvait être établie qu'en statuant l'infaillibilité de l'interprétation de la Parole de Dieu, donnée par l'interprète autorisé, par Calvin. Comme celui-ci appuyait constamment sa doctrine sur les textes de l'Ecriture, et qu'il jouissait d'une immense considération dans le monde protestant, comme d'autre part il était l'homme nécessaire pour présider à l'application du principe théocratique, le magistrat genevois a été amené logiquement à statuer que la doctrine de l'Institution chrétienne était sainte et que nul ne devait être assez osé pour parler ou écrire contre icelle. Calvin, interprète de la doctrine une et infaillible, possédait personnellement l'influence prépondérante dans

la cité-Eglise de Genève. 11 la tenait non d'un pouvoir dictatorial qu'il n'a jamais eu, ni voulu avoir, mais de son caractère, de son génie et du fait que seul il pouvait répondre aux besoins du moment. Aussi la suprématie apparente est-elle toujours demeurée au Conseil et s'est-elle parfois transformée en césaréopapie, en empiétements sur le domaine spirituel de l'Eglise. L'influence de Calvin n'était réellement prépondérante que lorsque le magistrat lui était favorable. Sa volonté n'a eu force de loi que lorsque le pouvoir politique a bien voulu l'accepter, €t elle n'a été acceptée que parce qu'on l'estimait conforme à l'autorité de la Parole de Dieu.

Ce n'est donc pas Calvin comme personnalité autoritaire, qui a régné à Genève, à partir de 1541, et surtout depuis i555. C'est la Bible interprétée par lui comme un code de décrets ecclésiastiques, moraux et doctrinaux. La théocratie à Genève au temps de Calvin n'a pas été une hiérocratie, comme la théocratie médisevale au temps de Grégoire VII et d'Innocent III, elle a été en quelque sorte une bibliocratie.

Le système théocratique de Calvin, aussi achevé, aussi logique que le système théocratique papal, fort des mêmes prétentions à l'unité, à l'infaillibilité et à l'apostolicité, appuyé sur l'autorité extérieure de la lettre de la Bible, répondant au besoin de réformation doctrinale et morale, au besoin d'ordre et de

règle d'une époque de révolutions et de crises, a donné à la nouvelle Genève et à son Eglise la force de résistance, la cohésion et l'assurance nécessaires pour rester debout en dépit des guerres, des menaces, des haines et des calomnies qui ont fondu sur elle.

Le système théocratique de Calvin était en effet un système pédagogique, un gouvernement spirituel d'une incroyable puissance. La cité-Eglise que Calvin a comme pétrie de ses mains a fait l'étonnement, a excité la colère des adversaires de la Réformation et a éveillé l'admiration et l'enthousiasme de ses amis. Elle a témoigné à la face du monde que le protestantisme n'était pas un principe d'anarchie politique, morale et doctrinale, mais un principe de liberté politique, d'ordre et de progrès dans la doctrine et dans les mœurs. En effet, le calvinisme ne s'est pas attardé comme le luthéranisme dans la contemplation de la seule doctrine de la justification personnelle par la foi en Christ, il a cherché à appliquer son principe à la société comme aux individus. Il a enseigné aux consciences à se soumettre directement à l'autorité de Dieu en obéissant à sa Parole, il leur a donné le droit et le devoir de s'affranchir de toutes les prescriptions humaines, de toutes les pratiques superstitieuses ou «idolâtres», de toutes les doctrines fausses du papisme. En même temps, il affirmait énergiquement la sainteté et l'mviolabilité de la loi morale, la responsabilité immédiate de l'homme vis-à-vis de Dieu, l'égalité de tous devant Dieu et le rétablisse-

ment d'une union directe du fidèle avec Dieu par le Christ des Ecritures.

Les croyants réformés protestaient contre le «solennel trompe-l'œil de TEglise romaine», parce qu'ils avaient retrouvé en Jésus-Christ le Dieu saint qu'on avait ôté de temps immémorial aux «povres consciences»; en le retrouvant, ils ne s'abandonnaient pas à la joie de la délivrance et de la possession du salut ; ils se hâtaient de proclamer la souveraineté du Dieu saint sur eux-mêmes et sur l'humanité tout entière. Le caractère tragique de l'existence terrestre était sans cesse présent à leur esprit; ils sentaient surtout la nécessité de combattre le mal sous toutes ses formes. Aussi les réformés calvinistes authentiques avaient-ils à un haut degré le sentiment de la responsabilité, l'esprit d'initiative, le besoin de véracité et l'énergie morale de la volonté maîtresse d'elle-même*.

Au point de vue social, le système théocratique calviniste a constitué un immense progrès. Calvin a opposé au gouvernement de la société par l'Eglise de Rome, le gouvernement par la Parole de Dieu. Il a ôté le pouvoir des mains d'une hiérarchie qui se proclamait souveraine et divinement instituée, pour le remettre à une hiérarchie de corps subordonnés à l'autorité de la Parole écrite divinement inspirée; il a mis les peuples protestants en face de la Bible. S'appuyant sur les Ecritures, il a énergiquement revendi-

* Cf. Ernest Martin, L'influence du dogme spécifiquement réformé sur la moralité.

qué les droits de la conscience en face de la vérité.

Les erreurs et les fautes de Calvin viennent de l'esprit théocratique du moyen âge, qu'il n'avait su complètement répudier. La préoccupation constante de « maintenir l'honneur de Dieu» l'a empêché de respecter jusqu'au bout les droits de la conscience des autres, les droits de ceux mêmes qui interprêtaient la Bible autrement que lui ou qui attaquaient la religion chrétienne. En cela, Calvin a été infidèle à l'exemple, à l'enseignement et à l'esprit de Jésus-Christ.

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