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L LA DÉFINITION ET LE NOMBRE DES SACREMENTS

L Considérez qu'il faut entendre ici, par le mot de Sacrement , un signe sensible institué de Dieu à dessein de signifier la grâce , et de la produire en la personne qui le reçoit avec les ' dispositions convenables. Premièrement , nous entendons par le Sacrement un signe sensible ; car chaque Sacrement consiste en plusieurs choses qui sont nécessaires, comme la prononciation de quelques paroles , l'application de quelque chose de corporel et d'extérieur, ou bien quelques actes de la personne qui le reçoit. En effet , chaque Sacrement contient en soi une multitude de cérémonies aaintes et reli|:ieuses , lesquelles si- V. 1

I ftp LA THÉOLOGIE AFFECTIVE.

gniïïent et feprésenteiit \g fvkçe qu'il confère. De là viafit qui est conipps^ de matière et de fornie , parce qu'entre cei cérémonies , les unes signifient la grâce moins expressément , et pour ce sujet elles s'appellent la matière du Sacrement , parce que c'est le propre de la matière d'être iadélerminée d'ellemême, ainsi qu'en parlent les philosophes. Les autres signifient cette même grâce plus clairement et plus évidemment , et pour ce sujet elles s'appellent la forme , parce que c'est le propre de la forme de déterminer la matière , et parce que les paroles ont plus de force poujr signifier e| représenter quoi quQ ce soit , les paroles qu'on prononce dans les sacrements en sont la forme , comme la chose sensible et externe en est la matière. Secondement, il faut entendre par le mot de Sacrement un signe sensible institué de Dieu à dessein de signifier et de conférer la grâce. En effet, Jésus-Christ seul , comme souverain prêtre , premier chef et fondateur de l'Eglise , est auteur des Sacrements ; il n'appartient pas aux anges de les établir et de les créer, et les Apôtres n'ont fait que les publier et les annoncer en suite de l'institution du Fils de Dieu. C'est pourquoi le Concile dit anathème, si quelqu'un dit que les Sacrements de la nouvelle loi n'ont pas tous été institués par notre Seigneur Jésus-Christ. La raison en est que pour établir un Sacrement qui ait la vertu de sanctifier, il feut être auteur de la grâce sanctifiante et en avoir la disposition à son gré , ce qui n'appartient qu'à Jésus-Christ homme et Dieu tout ensemble, et souverain Rédempteur du monde. Mais encore faut -il que les cérémonies , qu'il voudra instituer pour les Sacrements , soient choisies de lui expressément pour conférer immédiatement et directement la grâce , faute de quoi la profession de Télat religieux n'est pas un Sacrement , parce qu'elle n'est pas ordonnée directement et immédiatement pour cette fin. Or, les Sacrements signifient, et tout enseqable confèrent la grâce, parce qu'ils sont un remède donné à l'homme , qui par le péch^ était tombé dans l'ignorance et dans la concupiscence; c'est pourquoi , dans les Sacrements , il y a quelque chose de mystique , de mystérieux et de significatif, pour instruire l'homme dans son ignorance , et il y a aussi une vertu effective de 1^ grâce pour remède dp sa concupiscence ; en troisième lieu , parce q|ie pieu ne donne poin( ses grâces sanctifiantes indiffé-

mS SAGUËMËISTS. 5

/ /"eomient aux dignes et aux indignes. Nous entendons encore, par ^ ie mol de Sacrement , un signe sensible et une sainte cérémonie instituée de Dieu , à dessein de sipifier et de produire la j^râce dans la personne qui le reçoit avec les dispositions convenables, dispositions qui sont différentes selon la diversité des Sacrements qui requièrent diverses préparations dans leurs sujets, pour y verser leur précieuse liqueur; c'est pourquoi le Sacrement^ autant qu'il est en lui , est toujours principe de la erâce divine, comme il en est Tirnage; et quand il manque del£i conférer, ce défaut provient presque toujours de Findisposition de celui qui le reçoit.

Tirez des affections, convenables de tout ceci, et reconnaissez premièrement le trait de la bonté divine d'avoir établi les Sacrements comme des témoignages sensibles de son amour et de sa . grâce, et de les avoir assortis de matière et de forme, afin qu'il y témoigne doublement sa bienveillance ; car la parole est jointe à l'élément, et ainsi se fait le Sacrement (i). L'élément n'était pas un témpi^agp assez grapd ; c^est pourquoi il y ajoute la parole, pour être uq (éipoiguage plus exprès et plus clair, li veut aussi que ces deux téipoignages, pour n'être point fautifs, soient efficaces et productifs de la grâce qu'ils représentent, pour upus apprendre à lui rendre réciprpquement plusieurs témpiguages 4e nptre amour, qui ne soient pas vains et vides, comfpe son| ceux des hypocrites et des courtisans , mais qui soient suivis de leurs effets. Témoignons-lui donc que nous l'aimons, mais avec sincérité et vérité ; accomplissons nos promesses à son égardi exécutons nos résolutions. Prenons garde surtout de révérer les Sacrements, et de ne pas les violer en les traitant et en les recevant indignement, faisant par notre indisposition qu'ils manquent d'opérer ce qu'ils signifient, comme s'ils étaient des signes feiuts et npn véritables : péché qui est un véritable sacrilège. Enfin, tirons encore de ces pensées un sujet de confiance et de consolation, puisque pieu nous donne de tels ^moignages de son amour. Ohl quelle tranquillité de confiance eut la Madeleine, en entendant ces paroles : Tes pécJiés te $ont remu (Luc, 7). Quelle paix donc et quel calme de conscience ne doit pas avoir le pécheur en entendant ces mots : Je

(I) D. Augu»t. Tract. 80. ia Joab.

t'absous de tes péchés. 0 Jésus I béni à jamais soit votre d^essein dans l'institution des Sacrements : Vo$ témoignages iont rendus très-croyables (Ps. 92).

II. Considérez pourquoi Dieu a voulu instituer les Sacrements et nous conférer sa grâce par des signes apparents et sensibles. Pour trois causes, dit le Maître des sentences : pour nous humilier, nous enseigner et nous exercer. Premièrement, pour nous humilier , parce que l'homme , dans l'usage des Sacrements, se soumettant à des créatures sensibles et qui lui sont inférieures, et ce par l'ordre de son Créateur, il lui est plus agréable et mérite davantage envers lui, cherchant pour l'amour de lui son salut dans les choses inférieures, non pour le tenir d'elle, mais de lui par leur moyen Secondement, pour nous enseigner, parce que, par la connaissance des choses extérieures et apparentes, nous arrivons à la connaissance de la vertu secrète et spirituelle, qui est cachée dans les Sacrements. Troisièmement, pour nous exercer et nous occuper dans la diversité des Sacrements, afin que nous ne languissions pas, faute d'exercice, que nous ne tombions pas dans l'oisiveté, que nous ne nous portions pas à des emplois mauvais , faute d'en avoir de bons, et que le démon ne prenne pas occasion de nous tenter, faute de nous voir utilement et saintement occupés ; c'est pourquoi il y a une multitude de Sacrements. Le séraphique Docteur, amplifiant et éclaircissant ces raisons, dit qu'il était bienséant d'instituer les Sacrements , tant de la part de Dieu que de la part de Thomme. Car, de la part de Dieu, c'était chose bien conve-' nable à sa miséricorde, à sa justice, à sa sagesse. A sa miséricorde , parce que l'homme , par l'inconstance de sa liberté muable et changeante, conservait mal la grâce et la perdait aisément; c'est pourquoi, pour la recouvrer, il lui a donné les Sacrements. A sa justice , parce qu'il était raisonnable que l'homme fût humilié pour rentrer en grâce et se disposer à le recevoir, ce qu'il fait en se soumettant aux Sacrements. Enfin, c'était chose convenable à sa sagesse, afin que l'homme qui se perd par les créatures sensibles, se sauvât par elles, et trouvât )e remède de son mal dans la cause de son mal ; ce qui est le trait d'une grande sagesse. Les Sacrements étaient encore convenables de la part de l'homme , lequel après le péché était aveuglé dans sa partie raisonnable, était enflé d'orgueil dans

DES 6ACH£MEMS. o

sài partie irascible , et dégoûté des vrais biens daus sa partie eoncupiscible ; c*est pourquoi les Sacrements lui sont donnés , Tisibles et apparents, pour Tinstruire; corporels pour l'humilier, et en grand nombre, pour lui donner de Texercice et empêcher qa'il ne se dégoûte , s'il n'avait que les choses spirituelles à eontempler ou toujours un seul et même Sacrement à recevoir. Louez Dieu de la façon dont il veut sanctifier les âmes et les élever à leur perfection^ et comme sa volonté est très-raisonnable et ne fait rien que pour des raisons très-grandes, imitez ce procédé en vos œuvres ; ne les faites que pour de belles raisons qui regardent la gloire de Dieu et Tutilité du prochain. As* sojettissez-vous aussi volontiers à ses commandements, comme étant très-équitables et bien fondés en raison, particulièremeat en ce qui regarde les Sacrements. Tirez-en Tédification que Dieu prétend que vous en ayez, en vous instruisant des choses spirituelles par leur considération , en vous humiliant pour les recevoir, fussiei-vous le plus grand personnage du monde, et en vous préparant sérieusement à les recevoir, vous implorerez sa grâce pour arriver à ces fins et participer à tant de biens.

m. Considérez qu'il y a sept Sacrements. Anaihème , dit le Concile , si quelqu'un dit : Il y a plus ou moins de sept Sacrements, savoir : le Baptême, la Confirmation, TEucharistie , la Pénitence , l'Extrême-Onction , l'Ordre et le Mariage (1). La raison principale de ce nombre est qu'il y a sept signes sensibles , ou sept sortes de cérémonies externes instituées de Dieu, auxquelles sont annexées les promesses de la grâce , signes ou cérémonies qui ont toujours été usités dans TEglise depuis sou berceau et le temps des Apôtres jusqu*à maintenant. Le Baptême marche le premier, son institution est la plus évidente dans les Evangiles : Celui qui croira , dit Jésus-Christ , et sera baptisé, sera sauvé (Marc, 16). La Confirmation est autorisée par les Actes des Apôtres, et par saint Paul , quand il dit : Dieu qui nous confirme et nous a oints, et nous a donné en nos cœurs le gage ilu Saint-Esprit (ii. Cor. 1). L'Eucharistie est enseignée par les quatre Évangélistes et par saint Paul (Act. 2. i. Cor. 11), et Jésus-Christ dit de ce Sacrement : Celui qui mangera ce pain

(l)SeKé. 7. Cmi. 1.

vivra en toute éternité (Jean, 6). H dit aussi en instituant celui de la Pénitence : A tous ceux auxquels vous 2)ardonnerez les pé^ chés , ils leur seront pardonnes (Jean , 20). L'Extréme-Onctîon a été annoncée et publiée par saint Jacques , ^Apôt^e , sur le pouvoir et le commandement qu'il en avait reçu de Jésus- Christ , qui l'avait ordonnée pour les malades : Y a-t-il quelqu'un de malade entre vous? qu'il appelle les prêttes dé l'Eglise , et qu'ils prient pour lui et Voignefit fhuile au notit du Seigneur (Jacq. 5). L'Ordre est désigné par sftint Patil écHvant à Timolhée : Ne néglige point la gf'âcA! qui ekt eh toi , laquelle t'est donnée par prophétie , avec Vin^position des màifis dans la prêtrise (i. Tim. 4-). Et le même saint Paul attribue Ift rfbm de Sacrement au Mariage : Cest un grand Sacnsnieni en Jésus-Christ et en l'Eglise (Eph. 5), d'autant que hors de \h il n'a point la sainteté du Sacfetnent. Outre ces preuves, il y a des convenances qui nous font mietix compreitdf'e ce nombre de sept Sacrements ; car ils sont établis dé Jésus- Christ pour remédier à nos màùx et pour nous foHifler àéM les vertus. Or , nous avons sept itialadies , trois de la coulpë , dit le séraphique Docteur , et quatre de la peine , trois edtipflbles , quatre pénales. Les trois maladie^ de là côulpè sorti le péché originel , le mortel et le véniel. Contre le premief est le Baptême, contre le second la Péniterice , contre le troisième l'Extrême-Onction. Les quatres maladies de peines sont l'ignorance, la malice, l'infirmité, la concupiscence ; l'Ordi^e Remédie à l'ignorance , l'Eucharistie à la malice, h Confirmation â l'infirmité, et le Mariage à la concupiscence. Il y a d'ailleurs sept vertus dans lesquelles nous sommes fortifiés par les sépX Sacrements , dont nous recevons de l'aide pour en pratiquer lès actes , car le Baptême est pour fortifier la Foi , qui est la porte et la première des vertus, comme il est la porte et le premiët des Sacrements. L'Extrême-Onctîon est pour aider l'Espérance; l'Eucharistie , qui nous unit à Jésus-Christ , est pour le soutien de la Charité; l'Ordre aide la prudence , la Pénitence fortifie la justice , le Mariage la tempérance , et la Confirmation la force. De plus , la vie spirituelle est conforme à la vie corporelle. Or, sept choses sont requises à la vie corporelle. La première , que l'homme soit engendré ; la seconde, qu'il croisse; la troisième, qu'il soit nourri ; la quatrième , étant malade , qu'il soit guéri ;

la cinquième, que les restes de la maladie soient guéris; la sixième , que l'homme soit gouverné par quelque supérieur , qui prenant la conduite du bien commun, conserve les particuliers , et la septième , parce que la vie humaine est mortelle , qn^elle soit communiquée aux autres par la génération. Les sept Sacrements rendent tous ces offices à la vie spirituelle; car le Baptême lui donne sa première naissance ; la Confirmation accroît, augmente et corrobore cette vie; l'Eucharistie Talimente; la Pénitence guérit ses maladies , et TExtrême-Onction en fait disparaître les traces ; l'Ordre lui donne des conducteurs pour la gouverner et la diriger , et le Mariage la propage , en tant qu'il est institué pour avoir des enfants qui soient chrétiens , et qui glorifient Dieu éternellement. Ainsi raisonne le Docteur angélique sur le nombre des Sacrements , et même le Concile de Florence explique leur nombre par cette comparaison d'une vie à Vautre.

Admirez 'ici l'infinie bonté de Dieu , qui a institué tant de sortes de moyens divers pour communiquer Ses grâces aux hommes mortels , auxquels ils les ofTre libéralement pour guérir leurs maux, pour aider leurs vertus , et pour l*entretien de leur vie spirituelle. Ne témoigne-t-il pas bien le désir qu'il a du salut de nos âmes, nous ouvrant tant de portes pour y entrer? En quel état se peut trouver Thomme, qu'il ne soit assisté des Sacrements? Est-il né? le Baptême lui est préparé, \-l-il un peu grandi? la Confirmation lui est offerte. Est-il en péché? il a la Pénitence. Est-il juste et en bon état? voilà l'Eucharistie. Est-il malade à la nwrt? il a TExtrôme-Onction. \eiil-il vivre au tnonde? voilà le Mariage. Veut-il vivre hors des mœurs du monde ? l'Ordre le sanctifie. 0 Seigneur ! trèsriche en bonté , que vous avez eu soin de nos âmes misérables ! n Rédempteur très-magnifique et très-miséricordieux ! je vous en remercie et je vous demande ce surcroît de faveur que \oiis me donniez la grâce d'en user si dignement , que j'y trouve le remède de Ions mes maux et le chemin de la vie éternelle. Ymsi snit-il.

DEL'XIÈME MÉDITATION.

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