‹ La théologie affectiveChapitre 2 sur 63 · DES EFFETS DES SACREMENTS · texte numérisé non relu

DES EFFETS DES SACREMENTS

I. Considérez trois effets plus notables des Sacrements, qui t sont la grftce sanctifiante, la grâce sacramentelle et le carac* tëre. Le Concile déclare le premier effet, prononçant anathème, ; si quelqu'un dit que les Sacrements de la nouvelle loi ne con- $ tiennent pas la grâce qu'ils représentent, ou ne la confèrent :k pas à ceux qui ny mettent pas d'empêchement. L'tlcriture sainte déclare cette vérité, leur attribuant le salut, la pureté, i la sanctification, la rémission du péché et la vie immortelle des âmes ; ce don^ il a été touché quelques mots ci-devant. Terlullien exprimait cette vérité en des termes élégants. La chair est lavée, afin que Tâme soit purifiée ; la chair est ointe, afin que Tâme soit consacrée ; la chair est couverte par l'imposition des mains, afin que l'âme soit illuminée de l'esprit; la chair est nourrie du corps et du sang de Jésus-Christ, afin que l'âme soit engraissée de hieu (i). Enfin, c'est le propre des Sacrements de sanctifier les âmes et de leur appliquer abondamment le mérite de la Passion de Jésus-Christ, et la grâce sanctifiante qu'il a méritée en mourant. Et comme Dieu a créé une âme et la répand dans un corps où sont les dispositions corporelles requises et suffisantes pour la recevoir, ainsi, quand les signes sensibles et corporels qu'il a établis sont appliqués, il crée sa grâce et la communique à Tâme.Si bien que les Sacrements sont comme des canaux par lesquels la vertu du sang précieux de notre Seigneur est répandue dans les âmes, avec cette différence néanmoins que le Baptême et la Ténitence confèrent la première grâce sanctifiante, par laquelle l'âme passe du péché mortel â la sainteté^; c'est pourquoi ils sont appelés Sacrements des morts, s'appliquant à ceux qui sont morts par le péché pour les ressusciter à

(1) Llb. (le Resup. Carn.

DES SAC11CMEM8. 9

une vie nouvelle. Quant aux cinq autres, ils confèrent k seconde grâce ; c'est pourquoi ils sont appelés Saçiements des mants ; car ils ne s'appliquent qu'à ceux qui ont déjà la vie de la grâce par le Baptême ou la Pénitence, afin qu'ils l'aient plus copieusement. Le second effet des Sacrements est la grâce sacramentelle, par laquelle il faut entendre certains secours spirituels ou certaines grâces actuelles pour exercer certaines fonctions, et atteindre à la fin à laquelle chaque Sacrement est destiné particulièrement de Dieu ; car chaque Sacrement tend à quelque but qui lui est propre, et afin que l'homme puisse y parvenir, il reçoit encore en temps et lieu, en vertu du Sacrement , des grâces actuelles qui sont appelées sacramentelles ; ainsi le Baptême étant la porte des sacrements, et ayant été institué de Dieu , tant pour d'autres raisons qu'afin que l'homme fût capable de participer aux Sacrements, la grâce sacramentelle du Baptême est un secours de grâce pour recevoir en temps et lieu les autres Sacrements. La Confirmation étant établie pour fortifier le chrétien dans sa Foi en cas de persécution, la grâce sacramentelle qu'elle donne consiste en des grâces pour demeurer fermes dans la Foi contre la violence des tyrans et les grandes tentations . contre la Foi. L'Eucharistie étant ordonnée pour nourrir l'âme, la grâce sacramentelle qu'elle donne consiste en des goûts et des suavités de dévotion, qui sont la pâture délicieuse de l'âme chrétienne et qui aspire au ciel. La grâce sacramentelle de la Pénitence est un secours de Dieu pour ne pas retomber dans le péché. Celle de l'Extrôme- Onction, un secours pour mourir saintement et bien combattre dans l'agonie. Celle de l'Ordre , une assistance de Dieu pour faire les fonctions ecclésiastiques, et celle du Mariage, une assistance que reçoivent pareillement les personnes mariées pour vivre dans la chasteté , et pour supporter toutes les grandes difficultés de leur état dans la génération, l'éducation et la conduite de leurs enfants. D'où il est aisé de juger que les grâces sacramentelles ne se donnent pas toujours au même instant que les Sacrements sont reçus, mais au temps auquel l'homme en a besoin. Néanmoins, dès l'instant même qu'il les a reçus , il a acquis un droit de recevoir ces grâces actuelles au besoin, et elles ne lui seront pas refusées. Le troisième effet des Sacrements s'appelle le caractère, qui est une certaine marque inef-

10 LA THCOLOGTE affective.

f^çable dâtis Tâme et une certaine puissance de très-grande vertu, qui y durera éternellement et la distinguera de toutes les autres âtnes , sôit qu'elle soit bienheuretise dans le ciel , soit qu'elle soit malheureuse datis les enfers. // nous a oinls, dit saint Paul, et nouÈ à marijués (li. Cor. 1). Et r£glise,qui rie peut errer et qui est la colonne de vérité, pfoiionce anâthème contre quiconque dira que dans trois Sacrements, savoir, le Baptême, la Confirfnatiôti et l'Ordre, il ne s'imprime dans l'âme tin caractère, qui est un sighe splrilùet et inefTaçable^ qui fait que ces Sacrements ne peuvent se réitéret. Aussi il n'y a que ces trois Sacrements qui produisent cet effet, étant bien convenable qiie ceux qui sont reçus pat le Baptétrie au nombre des sujets de Jéstis-Christ, Soient distingués par quelque marque des infidèles; comme aussi ceux qui sont enrôlés par la Confirmation dans ses troupes des combattants, et ceux qui par l'Ordre sont choisis et élevés pdur avoir le commandement et la conduite des autres. En vue de ces trois effets, louez la magnificence de Jésus- Chfist, l'auteur des Sacrements. Qui parlera des puissances du Seigneur, qui ferd entendre toutes ses toUûn§es (Ps. 105)? D'où vient à Teau une telle vertu qu'elle touche lé cotps et lave le cœur , disait saint Augustin (4) ? Oh ! que la grâce précieuse rioUs est donnée facilement, et par des moyens aisés à pratiquer ! Car qu'y a-t-il de plus commun que l'eau, l'huile, les paroles et les signés sensibles des Sacrenients? Le pauvre le peut avoii comme le prince, et Jésus-Christ n'a point voulu que les Sacrements consistassent en des matières de grand prix, qUi n'appartinssent qu'aux plus riches, afin que les moyens de la grâc( fussent à la disposition des plus petits comme des plus grands 0 SeigtieUt! soyez béni et glorifié d'avoir donné tant de vertuî aux Sacrements, et dé dispenser vos faveurs spirituelles par d( tels moyens. Enfin, tremblez à la pensée que vous avez la marque et le caractère ineffaçable dé Jésus-Christ, et par le Baptême, et par la Confirmation, et par l'Ordre, si vous l'avez reçu Oh ! que ce sera une grande confusion pour vous dans les enfer d'être remarcjué entre tôUs les damnés, si vous vivez ici dans h péché; Respectez donc le caractère de l'Ordre; mais aussi célu dé votfé Confirmation et de vôtre Baptême.

(1) Tract. 80, in .toan.

DES 8AGIUEME!<TS. ii

II. Considérez secondement que les Sacrements confèrent la grâce sanctifiante d'une manière très-efficace et très-excellente, sàToir par eux-mêmes et leur propre application, et îiofi pas seulement par la disposition de celui qui les reçoit. C'est ce qu'enseigne la Théologie, quand elle dit qu'ils confèrent la grâce par Vœtivre opéré, en tant que ce qui y est requis est accompli, et non pas seulement par Vœuvre de Inopérant, selon la mesure de la bonne dispositioti que l'on y apporte en les recevant. L'Eglise d encore tranché sur ce point, et prononcé anathème si quelqa'un dit que la grâce n'est pas conférée par les Sacrements de la nouvelle loi, par Vœuvre opéré. Or, pour mieux comprendre ce terme de Vœuvre opéré, il est important de remarquer que les Sacrements de leur part et de leur côté produisent toujours une certaine mesure de grâce daqs les sujets qui n'y apportent pas d'empêchement, comme sont les enfants qui sont baptisés sans aucun concours de leur part ; car la grâce qii'ils y reçoivent ne peut provenir que de l'application du Sacrctnent , qui est ce que l'on appelle Vœuvre opéré , et nulle* ment de leur bonne disposition et des actes qu'ils formeraient en le recevant, ce qui serait Vœuvre de ropérant. Il en est de même, s'ils recevaient encore la Confirmation et la sainte Eucharistie avant d'avoir l'usage de la raison; car ils recevraient la grâce en vertu du seul Sacrement, et seulement de sa part. Mais si étant déjà en grâce par le Baptôme , et ayant la raison , ils produisaient des actes de dévotion pour se disposer à la réception de ces deux Sacrements, alors ils recevraient la iprâce de deux côtés, du Sacrement et de leur dévotion, qui serait de recevoir de Vœuvre opéré et de Vœuvre de repérant. Il est vrai néanmoins, pour parler à la rigueur, que la grâce qu'ils recevraient de l'œuvre de l'opérant, et en vertu de sa disposition, ne peut être attribuée au Sacrement comme en étant la cause influente , mais seulement comme en élant l'occasion , parce que les actes de dévotion qui causent la grâce se sont produits en sa vue pour le recevoir dignement. D'où nous devons conclure l'excellence qu'ont les Sacrements de la nouvelle loi par-dessus ceux de l'ancienne loi , excepté néanmoins la Circoncision ; car comme ceux-ci ne produisaient la grâce que par Vœuvre de Vopérant, et en vertu des actions méritoires que l'on formait en les recevant, ils ne produisaient pas propre-

ment la grâce sanctifianle. Ainsi l'a déterminé le Concile de Florence. Au lieu que ceux-là sont, véritables causes productrices de la grâce, parce qu'ils produisent par eux-mêmes par Vœuvre opéré, en tant qu'ils sont appliqués à une âme qui n'y met aucun obstacle. Ce qui a donné sujet à plusieurs de soutenir qu'ils produisent la grâce dans l'âme, comme causes physiques instrumentaires, Dieu s'en servant comme fait l'ouvrier des instruments de son art, pour sanctifier les âmes. Ce qui est contredit par d'autres ; car souvent ils confèrent les grâces sacramentelles quand ils ne sont plus, et quand ils ne peuvent agir que comme causes morales, en tant qu'ils excitent Dieu à les produire ; or, s'ils ne produisent les grâces sacramentelles que comme causes morales, il y a bien apparence qu'il faut porter le même jugement de la grâce sanctifiante. Ajoutez que c'est chose superflue et non nécessaire qu'ils produisent cette grâce comme causes instrumentaires physiques , la pouvant produire aussi abondamment comme causes morales ; c'est pourquoi Dieu, qui ne multiplie pas les miracles sans nécessité, s'est contenté de s'obliger par sa promesse à conférer sa grâce aux personnes qui les recevraient avec la préparation convenable. Enfin il faut accorder une plus noble façon de causer la grâce à la Passion de Jésus-Christ qu'aux Sacrements. Cependant la Passion n'en est que la cause morale principale ; les Sacrements n'en seront donc que la cause morale non physique, et encore la cause moins principale et instrumentaire, n'y agissant qu'en vertu de la sainte Passion, qui produit son effet dans les âmes par leur application.

Nous reconnaîtrons de nouveau, par cette considération, la noblesse et la vertu des Sacrements que Jésus-Christ a donnés à son Eglise, et qui confèrent la grâce sanctifiante d'une manière si efficace. Nous féliciterons l'Eglise de la faveur signalée qu'elle a reçue de Jésus-Christ son époux, son chef et son sanctificateur ; car l'Eglise ancienne de la Synagogue n'a pas reçu de Moïse des Sacrements d'une si haute vertu, ce n'étaient que des éléments infirmes et disetleux (Galat. 4), aux termes de saint Paul ; mais nos Sacrements sont riches et puissants ; ce sont les vases précieux de la grâce divine, qui effacent tous les péchés, et en vertu de ce qu'ils nous sont appliqués, ils opèrent leurs merveilles avec efficacité. Ainsi, Jésus, par la dou-

ceur de votre loi, la rémission de dos péchés et la grâce sanctifiante, pour lesquelles vous avez tant souffert de tourments, de blessures et de sanglants outrages , ne nous coûtent rien qu'un peu d'eau, un peu d'huile et l'usage de quelques actions établies par votre autorité, que les pauvres peuvent avoir aisément comme les plus riches , et auxquelles nous n'avons qu'à ne point mettre d'obstacle pour être quittes de nos dettes et être enrichis de votre grâce. 0 Jésus! sojpez béni éternellement de toute créature, et que vos Sacrements soient toujours en estime, en révérence et en honneur dans toutes les âmes chrétiennes. III. Considérez encore un trait de la bonté de Dieu touchant les effets^ des Sacrements, qui est qu'ils ne sont pas arrêtés par la malice et le mauvais état de celui qui les administre, quoique de sa part il commette une grave offense en les traitant indignement. Anathème, dit le Concile, si quelqu'un dit que le ministre, étant en péché mortel, ne fait pas ou ne confère pas le Sacrement, pourvu qu*il y observe toutes les autres choses requises. La raison principale de cette vérité est que Jésus-Christ est le principal agent dans l'économie des Sacrements, et qu'il a plein pouvoir de se servir des pécheurs aussi bien que des justes, comme de ses ministres et de ses serviteurs pour sanctifier les âmes. Or, comme il était nécessaire pour la sûreté des consciences que les Sacrements ne dépendissent pas du bon état de ceux qui les administrent, parce que cet état est très-incertain, et que la discussion que l'on en voudrait faire causerait une infinité de peines et de troubles; il n'a pas voulu que la validité et les effets des Sacrements, et ensuite le salut éternel des âmes, dépendit du bon état des prêtres et des pasteurs. En effet, comme les bons mérites et les œuvres vertueuses ne leur donnent pas la puissance éminente d'administrer les Sacrements, aussi leurs démérites et leurs péchés ne les privent pas de cette puissance. Que si cela était, en quelles angoisses ne tomberaient pas tous les jours les personnes chrétiennes, quand elles viendraient à se demander si elles ont reçu le Baptême, l'absolution ou quelqu'autre Sacrement d'un prêtre qui fût en état de Charité et sans péché mortel ? Certes, , Dieu donne bien â des pécheurs les grâces gratuitement données, comme sont la prophétie, le don des langues, la vertu de faire des miracles et autres grandes choses pour l'utilité des autres, Caîphe et Dalaam furent pro-

14 LA THÉOLOCil£ AFFECTIVE.

pbètes ; les scribes et les pharisiens avaient juridiction et autorité sur le peuple Juif, quoiqu'ils manquassent de sainteté et de justice, et ils prêchaient dans la chaire de Moïse avec des paroles ravissantes, quoique leurs œuvres fussent très-perverses. Qui empêche donc que les méchants n'aient aussi le pouvoir d'administrer les Sacrements , et par leur moyen de produire la grâce dans autrui , quoiqu'ils en soient eux-mêmes privés? L'Eglise, persuadée de cette vérité, ne rebaptise pas ceux que les hérétiques ont baptisés , et les chrétiens ne sont pas tenus d'examiner si , au passé , ils ont reçu les Sacrements de personnes qui étaient en la grâce de Dieu. Ces recherches seraient blâmables et dangereuses. Aussi , comme la semence fructifie en terre , soit qu'elle y ait été jetée par une main nette ou par une main sale ; comme la fontaine verse ses eaux , soit que le can^U soit d'or, soit qu'il soit de terre ou de bois ; comme le soleil envoie ses rayons dans une chambre , quoique celui qui ait ouvert la fenêtre soit attaché à ses intérêts ou qu'il eût mauvais dessein en l'ouvrant ; ainsi les semences des Sacre* ments portent leur fruit, que le prêtre soit juste ou pécheur. Jésus-Christ , la source des grâces , les répand par un canal d'or ou de terre , par un prêtre plein de Charité ou rempli de péché , et quel que soit celui qui lui prépare )^s cœurs et lui ouvre la porte des âmes par l'administration des Sacremenis, il envoie la lumière dis grâces. Enfm il en est des bons et 4@S mauvais ministres comme de deux anneaux marqués au même coin de l'empereur, qui impriment une même figure sur la cire , quoique l'un soit d'or et l'autre de fer. Il est vrai néanmoins que le prêtre , qui administra les Sacrements en mauvais état , pèche très-grièvement; c'est pourquoi le grand saint Grégoire dit (1) : Les prédestinés purifiés par les mains des prêtres entrent dans la patrie céleste , et les prêtres de Jésus-Christ , par une vie réprouvée , descendent dans les abîmes de l'enfer. A quelle chose comparerai-je les mauvais prêtres , sinon à l'eaii du Baptême , laquelle effaçant les péchés des baptisés, les pousse au royaume du ciel , tandis qu'elle retombe sur la terre ? Toutefois , cela n'empêche pas qu'apportant ce qui est essentiel au Sacrement, et soumettant leur intention â celle de Jésus-Christ , en vertu

(i) Greg. Nazianz. 40.

DES SAGA£M£NTS. 15

duquel ils agissent , pu à l'Eglise , par laquelle ils agissei^t| ils ne fassent des Saints dans le Paradis} , par Taction même 4ai|s laquelle ils se rendent davantage eux-mêmes les membres dç Sa tau.

11 faut recueillir de cette considératiofi combien la bonté de Dieu est gran(l0 de vouloir se servir même des méchants pour le bien de ses élus. Car, il ne manquait pas de prévoyance en ins^tuant les Sacrements , et il savait le npm et le surnon^ de tQtts ceui^ qui les traiteraient indignement et avec des mains souillées et sacrilèges. Cependant, il s*est résolu de coopérer a?ec eux et de ne pas arrêter le cours de ses grâces à Toccasion de leur malice. Q Jésus 1 louée à jamais ^oit votre miséricorde ftt la suavité de votre Providence I Mais maudite soit à jamais la témérité de ceux c|ui exercent indignement leur ministère ! 0 Sauveur du moucle ! touchez-les d'un vif repentir i|fin qu'à < l'avenir ils traitent saiqtement les cl^pses saintes.

Page 1