PRÉFACE
Pour nous conformer davantapje h Tordre du Docteur ^ angélique saint Thomas, nous divisons, k son imitation, celle seconde partie en deux, dont la première se doit ap- peler, première-seconde. Elle commence par un sublime ^ Traité de la Béatitude, et puis elle explique les moyens d'y arriver, qui sont les actes humains, avec les lois et la gr&ce. ^< de Dieu qui en sont les principes; car la vie vraiment sainte et spirituelle doit commencer par la connaissance et le désir ^■j de la dernière fin , pour en rechercher ensuite les moyens. y Or, j'espère que le lecteur bien disposé n'expérimentera V pas moins que dans les précédentes Méditations, le dire de 5- l'ancien et vénérable abbé Antiochus, rien n'enflamme et t^,. n'excite tant le cœur à la dilection comme la Théologienparoles que l'on a enrichies k la marge de cette notable i sentence : La Théologie engendre l'Amour de Dieu. Aussi Ki les matières qui y sont proposées sont instructives et affec- 1^ lives, et nous nous sommes autant étudiés à remplir la '*"!! volonté de pieuses affections, que l'entendement de vraies I; instructions. Et comme la Théologie ressemble à un grand ^ pré plein d'herbes et de fleurs, pour contenter les divers ^^ désirs de ceux qui y entrent, et que les uns y cherchent les subtilités scolastiques, d'autres la positive en l'interprétation ^î des Ecritures, des Conciles et des Pères; d'autres les controverses contre les hérétiques, d'autres la morale des cas de conscience, nous y avons recherché plus particulièrement
les pieux mouvements de dévotion, afin de cultiver une des n. a
•^ff s PRÉFACE.
^ J^rtions de cette divine science, qui semblait être en friche, quoiqu'elle ne cède pas aux autres, lesquelles sans elle sont inutiles au salut. Partant, c'est peu d'attribuer aux théologiens l'état.de la perfection acquise, quant k l'entendement, comme si leur volonté était stérile de toute bonne affection; qui est dire en mots couverts, que les démons ont plus de perfection, puisqu'ils ont de plus grandes lumières de l'esprit ; mais lumières froides et sans chaleur, qui ne se font pas sentir k la volonté. Dieu nous garde tous d'un tel état de perfection, qui nous rendrait plus coupables au jugement. Dans les autres sciences, dit saint Thomas, il suffit que l'homme soit parfait selon l'entendement; mais dans la Théologie , il doit être parfait selon l'entendement et selon la volonté. De là vient que le Chancelier de Paris, Gerson, relève tant la Théologie de saint Bonaventure, qu'il dit chérubique et séraphique tout ensemble, parce qu'il enflamme l'affection et éclaire l'entendement, rapportant tout ce qui est de la doctrine k la piété et k la dévotion. C'est pourquoi il assure qu'il n'y a point de doctrine plus sublime pour les théologiens, plus divine, plus salutaire et plus suave ; et comme en sa vieillesse il relisait les écrits de ce grand saint, il ne faisait plus état d'autres livres, disant en soi-même : Cette doctrine me suffit, pourquoi me livrer follement k autre étude? Mais laissant k part tout discours d'amertume, cet écrit fera voir qu'il ne tient pas k la Théologie, que la volonté ne soit parfaite, parce c'est où elle vise, et je la tiens pour une grande source de la dévotion, et un des meilleurs livres spirituels^ si l'on en veut faire bon usage. Au reste, si quelqu'un trouve trop de longueur dans les considérations, je lui dirai que j'improuve deux défauts entre autres , en ceux qui se mêlent de méditer : le premier est de se présenter k l'oraison, sans avoir auparavant apprêté et étudié assez de matière pour s*y entretenir avec Dieu. Car si l'on blâmait un homme qui voudrait faire une harangue devant un roi, sans avoir étudié auparavant autant de temps et autant de choses qu'il
PEÉFACE. • in
fiiiit pour assortir son discours, que ne devons- nous, pas dire des âmes qui entreprennent, sans apprêt et sans étude soflKsante, de faire oraison devant la Majesté infinie de IHeu? "Pour faire Toraison avec méthode, il faut employer une partie de son temps k se bien imprimer dans l'esprit une vérité chrétienne, afin que l'esprit en demeurant convaincu, éclairé et persuadé, la volonté en forme des affections plus stables et plus solides. Si quelque autre encore s'imagine ({Qe la doctrine de saint Augustin ne s'accorde pas k tout ce que nous proposons de la gr&ce, nous nous contenterons de le renvoyer k saint Augustin même, afin qu'il confronte avec l'original les passages de cet auguste et vénérable Docteur de l'Eglise, desquels nous fortifions nos considérations, espérant qu'en ce travail il reconnaîtra que nous ne nous éloignons pas de son esprit et de sa doctrine, mais au contraire que nous le suivons fidèlement et constamment. Que si quelques opinions, auxquelles se sont laissé engager quelques personnes de science et autres, ne sont pas ici approuvées, nous pouvons assurer que cela n'est arrivé par aucun esprit de contention, les considérations de cette partie ayant été dressées avant l'émotion de notre siècle, survenue k l'occasion d'un certain livre apporté de dehors la France , auquel nous nous serions trouvés contraires avant qu'il parût, sans autre pensée que de suivre la doctrine communément reçue dans l'Eglise , et la plus conforme au Concile de Trente; étant le propre de la modestie chrétienne, de ne pas transmettre k la postérité, ce qui est de soi-même, mais de conserver ce que l'on a appris de ses ancêtres. Et si, dans les suivantes impressions ^ nous voyant engagés k nous conserver, nous avons expliqué quelques articles un peu plus au long, et les avons remparés de quelques preuves plus fortes, cela ne doit pas sembler nouveau, parce que toujours cette coutume, dit Vincent de Lerins, a été dans l'Eglise, que chacun s'opposât d'autant plus promptement aux nouvelles inventions, qu'il avait plus de religion; et puisl'antipéristase est une action tout innocente, par laquelle les
IV PUÉFACB.
agents naturels renforcent leurs vertus, h mesure qn^ils sont environnés de leurs contraires. En quoi nous avons reconnu d'avoir défendu le parti de la vraie Religion, puisque le chef de l'Eglise, Innocent X, a condamné d'hérésie les propositions que nous tâchions de détruire. C'est pourquoi plusieurs qui les soutenaient s'en écartent, sachant ce .qu'enseigne saint Thomas, qu'il est nécessaire pour le salut d'être soumis au souverain Pontife. Et pour ceux qui disent qu'il n'a pas condamné les propositions controversées selon leur sens, outre que le Pape Alexandre VII, k présent séant, a terminé cette difficulté, qu'ils fassent réflexion sur ce qu'écrit un savant professeur des Ecritures saintes : C'est la coutume ordinaire de tous les hérétiques, qu'aussitôt qu'on pique leur erreur évidente, de se départir du sens commun des termes, et dire : Je l'ai ainsi ou ainsi entendu ; car toujours ils ont eu l'esprit cautuleux et madré, mais le visage de la vérité est simple, et ne sait que c'est que duplicité; et partant quand ils cherchent un autre sens de leurs paroles, que celui qui est commun, ils font voir manifestement qu'ils n'ont pas dit la vérité.
LiV THÉOLOGIE
OU
PBEUER IRiUTË.
DE LA BÉilITDDK.
PREMIÈRE MÉDITATION
(llELQUES CONSIDÉRATIONS QUI PREPARENT L'eSPRIT A CONNAITRE SA DERNIÈRE FIN.
I. Considérez qu'il y a trois obstacles qui empêchent rhomrae de connaître et de chercher sa dernière fin, ou son bien souverain. Celte considération est utile à rentrée de ce Traité, qui doit faire connaître quelle est la béatitude ou la dernière fin; car après que la Théologie a considéré Dieu dans l'unité de sa nature, dans la trinilé des Personnes, et comme le principe du inonde, ici elle commence à le contempler comme la dernière fin , dans laquelle les anges et les hommes doivent trouver le dernier trait de leur perfection et de leur béatitude. Mais de même que pour donner quelque forme à la matière, on élague II. - 1
premièrement lea qualités contraires, ainsi qu'il parait dans le feu, qui, pour allufner le bois, chaase le froid et l'immidité ; de même la Théologie Affective , pour donner la connaissance de la dernière fin, s'applique preaûèremeat 4 détiliive les obstacles de cette sublime et très4)eUe connaissance. L# premier est l'infidélité, qui est la racine de toutes les misères spirituelles ; car celui qui ne croit pas les sublimes mystères de la foi , marche dans les ténèbres, et tombe à chaque pas, d'autant plus que la lumière naturelle ne suffit pas pour le conduire droit au terme de son bonhenr. Et conime une personne) qui, égiurôe dans sa roote peo* dant l'obscurité de la nuit, ne voudrait pas croire à ses meilleurs amis, qui la lui montreraient, ne ferait que s'égarer de plus eu plus, et n'arriverait jamais au lieu où elle tend ; de même l'homme qui manque de foi, et qui ne veut pas croire aux Apôtres et aux saints, qui lui montrent le dernier bat où il doit atteindre, et la voie qu'il doit garder, ne fait que s'égarer de plus en plus , et s'éloigner de sa deniière fin , qui est la vie bienheureuse. Celui qui croit au Fils de Dieu , dit-il lui-même, a la vie éternelle^ mais celui qui ne croit pas au Fils, ne verra pas la vie éternelle (Jean, 3). Après l'infidélité, le mépris que plusieurs font des biens de l'autre vie, est le second obstacle à bien connaître et à rechercher sa fin cternière. Car il est nécessaire, pour connaître sa dernière fin, de ne se pas reposer dans les biens périssables d'ici-bas. C'est ce qui a jeté les anciens philosophes en tant d'opinions diverses, et en de si grandes erreurs touchant le souverain bien. Comme ils n'envisageaient que les biens de cette vie mortelle, et n'affectionnaient rien de meilleur, parce qu'ils prenaient goût et plaisir à ces diverses sortes de biens, ils ont eu divers sentiments sur celui qui était le souverain , après lequel il n'eu fallait plu9 chercher. Enfin le troisiiioe empêchement, est la multitude des péchés , dont les &mes sont souillées. Les ordures s'attachent à ses pieds, dit le prophète Jérè* mie, et elle ne s'est pas souvenm de sa fin (Thren. 1)^ Et comme le vent, la fumée , la poussière y le feu et la boue aveuglent et ne perOAettent pas de bien voir; ainsi le vent de la superbe, la fumée de la colère, la poussière de l'avarice, le feu de la haine et de la vengeance, et la fange de la luxure, obscurcissent l'en* tendement, et font qu'tl n'est point capable de bien juger et de comprendre quel est le plus baut biça , dont la jouissance le
I>S LA BtàTITUDB. 5
peut rendre parfaitement heureux et accompli (1). Au reste, cet empécheinent n'est pas seulement pour les personnes mondaines et attachées à la terre , mais aussi pour les spirituelles et de haute réputation dans leur austérité et leur vertu, lesquelles quelquefois sont tellement remplies d* amour-propre , qu'elles ne se sont jaHiais données à Dieu parfaitement, rapportant tout à ellesmêmes, par miUe voies indirectes et inconnues k la plupart des hommes, qui ne jugent que de Fextérieur, et aussi sont-elles en abomination devant Dieu, qui voit leur intérieur gâté et corrompu. Et ce mal a jeté de si profondes racines dans la nature dépravée de quelques-uns, qu'il n'y a rien en eux qui n'en soit infecté, et plutôt briserait-on des montagnes de fer , que de les détourner de la recherche d'eux-mêmes dans toutes leurs œuvres, même les plus pieuses en apparence. De là vient que la dernière fin ne leur est en aucune estime et considération.
Si ces dioses m'empêchent de reconnaître ma dernière fin, il feint que je tâche de m'en déEaire, les regardant comme des maux très-'grands et très-pernicieux, puisqu'ils m' éloignent et de la connaissance et de l'acquisition d'une fin très-noble et trèssublime! Hélas! pourquoi rechercherais-je le bien d'un corps corruptible, et délaisserais -je misérableroeut celui de mon âme immortelle? Certainement, mon âme, vous êtes très-belle et très-noble, et comme vous êtes hors de prise à la mort, tout ce qui est corruptible et passager n'est pas digne de vous ; il vous faut un bien immortel, qui dure plus que tous les siècles, et qui ^ale l'éternité interminable. Oh ! que ce bien doit être grand et excellent. C'est pourquoi je livrerai une guerre immortelle à l'amour-propre , et à la subtile recherche de moi-même , qui ne me laisse pas contempler le bien suprême. Je veux purifier mon. cœur de ses souillures, par des actes de contrition, et par le sacrement de Pénitence. mon Dieu! par le désir que vous avez de mon salut, faites-moi la grâce d'exécuter ces premières résolutions, afin qu'étant libre de tout obstacle, je vous envisage désormais, et vous honore comme ma fin dernière.
n. Considérez que, nonobstant ces difficultés, l'homme doit s'exciter à reconnaître sa dernière fin. C'est à quoi l'obUge Jésus :£brist : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa
{i} TJiailiarOflW tom« i* in Dam. 4. quadrages.
4 L.i THÉOLOGIE AFFECTIVE.
justice (Matth. 6). Et la raison l'y convie ; car comme la dernière fin ne s'entend pas ici de la mort et de la corrupli(m ' qui le fait dépérir, mais de la béatitude et de la perfection dont ^ il doit recevoir son accomplissement, il est obligé d'y tendre, *■ d'y aspirer, et d'y rapporter toules ses actions, n est pareiUe- * ment obligé d'employer toutes les créatures de ce monde, dont il peut avoir quelque usage, à l'acquisition de cette fin; car '^ elles lui sont données par Dieu comme des degrés et des '' échelons pour s'y élever , et leur gloire consiste à l'assister ^ dans les efforts qu'il fait pour cette fin. La gloire des belles *■'■ créatures est de réveiller son esprit, et de l'exciter à la pensée ^ des beautés infinies de son Créateur. Que s'il prend d'elles Toc- •' casion de pécher, et se détourne à leur sujet de sa dernière ^ fin, saint Paul dit alors que la créature gémit y parce qu'elle est ^ assujettie à la vanité (Rom. 8), mais contre son gré. La mer gé- ^ mit, battue et blanchie sous les avirons des pirates. L'or et les ^ richesses gémissent quand ils demeurent inutiles à la gloire d6<^i leur Créateur, dans le coffre d'un avare, ou bien quand ils ^i sont employées avec prodigalité par un homme corrompu et <<i pervers, pour contenter ses dissolutions et ses concupiscences dé- -^ sordonnées. C'est pourquoi le Sage dit que Dieu armera la créa- '« ture pour la vengeance de ses ennemis, et que toute la terre corn- ^ battra avec lui contre les insensés (Sag. 5); comme si tous les ^ êtres créés devaient avoir du ressentiment et de l'indignation ' de ce qu'ils n'ont pas contribué à porter l'homme vers sa der-i * niëre fin. Or, si l'homme est ainsi obligé de rapporter toutes les créatures à sa dernière fin, il est donc nécessaire qu'il la recherche et la connaisse. Il y a plus, s'il ne la connait pas, il travaille en vain toute sa vie. Il est semblable à un Voyageur qui se lasse tous les jours par la longueur des chemins qu'il fait, sans savoir où il va, ou bien qui, prenant un chemin '■ pour l'autre , recule au lieu d'avancer ; il ressemble à un i nautonnier qui est au milieu de la mer sans connaître le port ; il ressemble à un archer qui ignore où est le but auquel il faut viser, à un marchand qui ne sait ce qu'il achète, et pourquoi il négocie , et cependant donne toutes ses richesses pour une chose qui lui sera inutile. Telle est la condition de l'homme misérable, qui ne sait pas qu'il voyage en celte vie pour arriver à Dieu, et qu'il négocie en ce monde pour acheter la gloire
da Puradis. Dans la grande église d'une grande cité, dit le Docteur illuminé (1), la fin apparut déguisée de quelque habit qm lui était propre, à une multitude de dames qui étaient venues pour 7 adorer et prier Dieu et qui ne faisaient rien moins qne cela , y étant oisives et indévotes. Alors la fin leur .dit, qa'elles ne valaient rien, parce que sans elle on ne faisait aucun bi«9. Ceci n*est qu'une feinte industrieuse , pour nous faire concevoir que l'homme qui ne pense point à sa fin, et qui n'y arrive pas, ne vaut rien. Au contraire, s'il pense bien à sa fin, et s'y applique par une sérieuse et attentive^ méditation , il en reçoit des profits inestimables; car il reçoit une joie très-grande, quand il pense qu'il est créé de Dieu pour une fin très-noble, et un dessein très-relevé. Cette pensée le porte à la pénitence, et à l'amendement de sa vie, comme à la pratique des vertus, pour avancer par ce moyen vers sa fin. Elle excite en lui le mépris des chos:^ créées, qui n'ont rien d'excellent et de relevé, comme la fin pour laquelle il vit en ce monde. Si bien que cette méditation est un fondement pour bien commencer et continuer la vie spirituelle, et le salut de plusieurs âmes dépend de cette considération, et la condamnation d'un grand nombre de l'absence de cette pensée.
J*ai donc grand sujet de m'adonner fortement à la méditation et à la connaissance de ma dernière fin. très-nécessaire connaissance , que n'avez-vous été dans mon esprit dès le premier instant où, étant capable de raison, je devais comprendre pourquoi Dieu m'avait mis au monde? D'où vient, mon âme, que tu as si peu estimé cette considération qui t'était si avantageuse; mais répare maintenant ta faute; imite les saints personnages du désert et des cloîtres , qui se nommant eux-mêmes par leurs noms, se (usaient cette demande : ^ Pourquoi es-tu venuD (2)? Ainsi raisonnons Dous-mêmes, faible créature humaine et mortelle : pourquoi es-tu T^ue au monde? où dois-tu tendre, quel est le dessein de mon Dieu sur ta petitesse? mon Seigneur, mon Dieu, éclairez-moi pour bien connaître cette chose si importante : Seigneur y faites moi tannaUre ma fin y et quel est le nombre de mes jourSy afin que je mike ce qui me manque (Ps. 38).
m. Considérez que l'homme ne doit chercher sa dernière fin
(1) Raymond. Lutt. in arbore exempt. — (2) Arseuiiis.S. Bernard.
6 LA THÉOLOGIE AFfEGTlYE.
dans aucune créature, pour s'y arrêter, sans prétendre aa deli ; car comme parle le plus grand des philosophes, la fin da chaque choai doit être meilleure que cette chose. Et pour ce qui eoooeme rhomati puiiique sa fin dernière lui doit donner son aecomplisiement é sa plus éminente perfection, il fout que ce soit quelque chose di beaucoup plus relevé et de plus excellent que lui-même. Or, toutes les créatures corporelles lui sont inférieures, et les angac ont si peu d'avantage au-dessus de lui, qu'ils ne méritent pat d'être sa fin dernière; car, dit le saint Prophète-: Vous aim abaissé l'homme ta^tt soit peu aur-desious des anges (Ps. 8). Li dernière fin de l'homme doit être le but vers lequel il dirige toutes ses actions : or, il n'y a aucune créature au monde i laquelle l'homme doive rapporter toutes ses œuvres; car la créatures sont plutôt pour l'homme, que l'homme n'est poui elles. Celle dernière fin doit être pour lui un bien capabk ' d'éloigner de lui toute misère, et qui rassasie tellement ses désura qu'il n'ait besoin d'aucune autre chose, quand il la possède. G il n'y a point de bien créé qui remédie à toutes les misères d l'homme, qui remplisse tout le vide de son cœur et sa capacité et après lequel il ne désire encore d'autres biens. C'est pourquc s'il a parfois du repos en quelque chose de créé, c'est un repo semblable à celui qu'on peut avoir dans un navire qui vogue ei pleine mer, agité par les vents; ce n'est qu'un repos apparen dans un véritable mouvement. Et pour considérer cette vérit plus en détail; les richesses que les avares estiment le souveraii bien, ne sont que des moyens, comme elles en portent le nam pour pourvoir à ses besoins ou à ses commodités, elles ne sont poîc aimables par elles-mêmes. L'honneur et l'estime du peuple sor choses peu solides, qu'il faut plus mépriser que rechercher pou arriver à la béatitude. Les grandeurs et les royautés amener une foule de sollicitudes dans un prince généreux, qui veut s'ac quiiler de la fonction qu'il a reçue du Ciel pour une autre fi que son repos et son plaisir , c'est**à*dire pour la paix civile < l'ordre de la justice entre ses sujets. Les voluptés de la chai sont communes aux bêtes brutes, aux serpents, et aux animau les plus vils, elles sont passagères, de peu de durée, elles sor suivies de dégoût, et ont le plus souvent des issues honteuse et lamentables. Le grand philosophe et médecin arabe Avicenn^ quoiqu'il fit profession d'une secte voluptueuse, les décrie cep^
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DK U BÉÀTitUMfi. ?
daot. Ne voyez^vQHs pas , dil-H (4), qu'il en est plusieurs dont k cœur plus noble les méprise, soit pour se conserver Thonnè-» Mé el la réputation , soit pour défendre leurs amis et leurs alliés, et radme les étrangers. Aussi Thomme magnanime et généreux, non-seulement foule aux pieds les plaisirs corporels, mais rherreaf même de la mort, se Jetant avec peu de soldats dans les escadrons de ses ennemis, pour s'acquérir après la mort. Testime d'un homme de cœur, ce qui est une marque que les délectations spirituelles et intérieures sont plus nobles, plus excellentes et plus fortes que les sensibles et extérieures. Et parlant ft ceok qui pensent que le Paradis privé de délectations sensibles serait sans félicité : très- misérables ! leur dit-il. Tétai des anges et de celui qui leur préside n'est-il pas plus noble et plus délicieux que Tétai des ânes et des pourceaux et autres bètes; c'est chose absurde d'en faire la comparaison. Si bien que nos ennemis sont les juges de cette vérité, que les plaisirs du corps ne sont pas le plus grand bien, le souverain bien. Il y aurait bien plus de raison d'établir la béatitude et la dernière fin de Thorame dans les sciences et les vertus de Tâme, comme ont fait les esprits les plus éclairés de la lumière naturelle; mais pourtant celui qui considérera que les plus grandes sciences de cette vie sont envi* ronnées^ de ténèbres et de beaucoup d'ignorance, et que les plus parfaites vertus y sont dans les plus grandes épreuves, accompngnées le plus souvent de scrupules, de lassitude et d imperfections coupables , enfin , que tout le contentement que l'homme reçoit de ses actions vertueuses est fort borné et fort limité , portera ce jugement : que ces perfections de Tesprit dans cette vie ne peuvent suffire qu'à une béatitude commencée et imparfaite , et ne peuvent donner une béatitude accomplie ; qu'elles ne sont qu'un trait grossier, et une ombre seulement de la vraie félicité, qui doit être le souverain bien, Toccomplissement entier, et la dernière fin de Thomme raisonnable.
Oh! donc, que ma dernière fin est grande, et que je suis créé pour un noble but! Non, mon âme, tous les objets créés, la grandeur des empires, les trésors de la terre, le contour immense de tous les deux, ne sont pas assez dignes pour te couronner,
(1) xn. Libro Alixarat, npad Marthium Raimondi pugionis fidei, c. 8, p. 1
ni pour composer ta béatitude; toutes les œuvres de Dieu sont au-dessous de toi. Malheur à la créature qui ne se laisse pas convaincre de celte vérité! Seigneur, mon Dieu, imprimez-la profondément en moi, afin que j*élève mes espérances au-dessus de la terre et des cieux, et que je recherche plus haut ma fin dernière et mon bien souverain. misérables concupiscences, jusqu'à quand retiendrez-vous votre empire sur moi; jusqu'à quand obscurcirez-vous mon esprit, et le jeterez-vous dans l'erreur, pour me faire estimer ce qu'il faut dédaigner? Oh! je veux dorénavant vous haïr plus que jamais. Oh! je veux faire un divorce immortel avec vous!
DEUXIÈME MÉDITATION
QUE l'homme commence PAR L'ÊTRE DE LA NATURE, SON PROGRÈS
DANS l'Être de la grâce, et sa fin dans l'êire de la