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plaindre de la première réponse, disant qu'elle ne satisfait point à tout entièrement. N'agissons pas avec Dieu à la façon des sophistes , et ainsi répondons à la première question , que Dieu a créé ces hommes par uile grande bonté , et qu'il les s damnés par sa justice yindicative. Ils l'ont mérité ; qu'y a-t-il à dire à ce procédé? Mais l'esprit humain, toujours inquiet, poursuit toujours sa demande : Pourquoi Dieu, sachant bien leur damnation, a-t-il néanmoins décrété de les créer? Tâchons de contenter ces importuns; ils joignent deux choses en Dieu qui y sont distinctes selon l'ordre , quoique non selon la succession da temps. C'est encore un artifice de la part des sophistes ; car, dans un premier moment, mais qui n'a qu'une priorité de raison, Dieu a décrété de les créer avant que de savoir leur damnation future, et en cet instant, il les a voulu créer pour leur donner sa gloire, s'ils ne s'en rendaient pas indignes. Tout cela n'est qu'un -trait de bonté merveilleuse; mais, dans l'instant suivant, il a prém leur infidélité, qui l'obligerait à les punir par justice. H n'a pas dû changer son premier décret de les créer pour cette prévision ; car Dieu ne change pas et ne peut changer. H n'y a donc pas à se plaindre de Dieu ou de son gouvernement, L» jugements de Dieu sont justes , et justifiés par eux-mêmes (Ps. 18)« Que le réprouvé donc se plaigne de soi-même, non de son Créateur; c'est pourquoi les hommes n'ont pas droit de se plamdra de Jésus-Christ. Sa charité a été répandue partout, sa doctrine annoncée aux quatre coins du monde, et ses inspirations secrètes, qui agissent sur les cœurs , n'ont point manqué , pas [dus qoe les rayons n'ont cessé de jaillir du corps du soleil qui les produit sans cesse. Hais le défaut vient de la part des hommes qd s'opposent à ses desseins. Dieu le Père ne cesse d'attirer les âmes; mais quand la chose attirée est trop pesante ou qu'elle est trop fortement attachée, elle ne suit pas. Ainsi sont la plupart des âmes, elles ne suivent pas l'attrait du Père, parée qu'elles sont devenues trop pesantes par leurs affections terrestres, et se sont laissées lier et captiver par les chaînes de leurs cupidités déréglées. Quelle excuse aura le mauvais chrétien, qui s'étant obligé dans le Baptême à garder la loi de Jésus-Christ et d^ suivre son parti, s'en éloigne tous les jours, se sépare de ses saints, trouve ses commandements difficiles et ne voit rien d'aisé que ce qu'il convoite? Quelle excuse aura le Juif, qui a été le
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premier convié à la loi de Jésus-Christ par tant de merveille^ opérées sous ses yeux, et qui le premier lui a résisté en face et n'a pas voulu croire ? Quelle excuse aura le peuple païen que Dieu a créé et racheté, lAourant pour lui aussi hien que pour le chrétien, qui cependant chemine comme un aveugle, ne sachant orA il va et oà il prétend arriver? Peut-élre n'a-t-il pas la connaissance du Rédempteur, au moins a-t-il la connaissance du Créa^feur ; qtie n'entre-t-îl donc dans les pensées de celte généreusef femme païenne, laquelle n'ayant encore aucune instruction d^ ht Foi chrétienne, ne laissa pas de faire ces réflexions : Je M iah qui je suis, de quelle substance j'ai été formée au sein qui m'a porté. Je crois aussi qu'il est impossible que j'eusse un corps, des viscères, des membres et des sens, si quelqu'un ne me les eât donnés, et ainsi il y a sans doute un Créateur qoi m'a forméef telle que je suis, et plutôt que de me former semblable «ix versf et aux Serpents. Il me semble donc que si j'avais plosieurè marM qui m'appelassent, je devrais plutôt aller à l'appel de mon Créa-' fenr. J'ai aussi plusieurs enfants; mais si je savais que moftf Créateur eût faim, je voudrais retirer la viande des mains de me^ enfants pour la lui présenter de préférence. J'ai aussi pliïsîeurâ possessions, desquelles je dispose à ma volonté ; mate si je savais cfueflir seffait l'ntteiïtion de mon Créateur, je n'ëtt voudrais (frsposéi* que tfeldn Mn bon plaisAr et à son phts grand honneur. Mais qu'ârriva-t-il à cette femme païenne ainsi disposée? Keû lui envoya on prédicatefur qui lui enseigna la véritable Foi, et lui (otTchd le cœur de telle sorte, que ce prédicateur lui disant qu'il y avait im Dietr sans principe et sans fin : Il est bien raisonnable, dit-elle, ^é cdui-ci qui m'a créée, et qui a créé toutes choses, soit aa-desdti9 de tout, et que c^i qui m'a donné la vie ait une vie. éKemelle. II lui dit que ce Créateur s'était revêtu de nôtre nature dans le sein d'une mère vierge, et que de sa propre bouché fl avait prêché et enseigné les hommes. Il faut croire, dit-elle, du Gféatenf foiltes les choses bonnes et vertueuses ; mais dites-moi qnelleflf ont été les paroles de sa bouche ; car je veux quitter eiltîèreiHent lira propre volonté pour lui obéir. Alors il l'instruisit * sa Loi, de sa Passion et de sa Résurrection. Ah f dit-elle , {oûiéût étt larmes, béni soit Dieu qui nous a montré ainsi sur la tefre Fttnour qu'il nous portait dans le Ciel ; si donc auparavant je Pal aimé à cause qu'il m'a créée , je duis plus tenue encore
de raimo*! parce qu'il ma rachetée par son sang, et qu'il m'a enseigné le droit diemin. Je suis tenue de servir de tous mes membres celui qui a employé tous les siens pour moi; je suis tenue de renoncer à tous mes propres désirs et aux afiections que j'avais pour mes enfants, mes possessions et mes parents, et de désirer seulement mon Créateur en cette gloire et en cette vie qui n'aura pas de fin. Ainsi cette généreuse païenne, pour avoir aimé Dieu comme Créateur, arriva à la connaissance du Rédempteur qui opère le salut. Eh ! pourquoi n'en arriverait-il pas autant aux antres, s'ils honoraient Dieu et l'aimaient comme Créateur de tout leur pouvoir; la providence de Dieu les amènerait sans doute, par les moyais qui lui sont connus, à la connaissance et à la Foi du Rédempteur, qui serait le principe de leur justification ; car aucun de ceux qui aimeront Dieu en cette vie de tout leur cœur ne manquera d'en être récompensé. Mais Dieu est semblable à un père qui aurait plusieurs enfants, la plupart desquels auraient été tellement fascinés par un aidianteur, qu'ils ne connaîtraient plus leur propre père, et ne penseraient pas du tout à son héritage. Ainsi Dieu ayant plusieurs enfants sur la terre, les chrétiens et les païens, le démon a de telle sorte enchanté ceux-ci, qu'ils ne reconnaissent pas convenablement leur Père et leur Créateur, et ne se mettent pas en peine de l'héritage qu'il leur a préparé. C'est l'état du monde et la condition . déplorable des enfants d'Adam.
N'accusons donc pas la conduite de Dieu, et ne lui attribuons pas la cause de la damnation des âmes. Dieu ne s'eit pas Imd m-même sam témoignage^ nous faisant du bien du haut du 6idf donnant les pluies et remplissant de joie les ceeurs des hmnmes (Act. 14). Ils ont été toujours ingrats à son égard : Dieu a soio, dit saint Prosper, de tous les hommes, il n'y en a aucun que la prédication de l'Evangile ou le témoignage de la loi, ou la nature n'ait éclairé ; mais attribuons aux hommes leur infidélité , et à Dieu Te don de la Foi. Bénie soit donc votre miséricorde, Diea infini, Créateur très-aimable et très-digne d'être aimé par-dessus tout. Que cette puissance souveraine de créer de nouveaux hommes continue jusqu'à ce que le nombre de vos élus soit accompli , et que la gloire que vous avez la volonté d'en tirer en toute éternité soit parfaite. gloire pour laquelle tant de créatures sont substituées à la place des autres qui ont manqué
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à leur vocation y et à la gràoe qui leur était donnée pour y entrer y que les chrétiens vous considèrent peu! Ne suis-je pas peut-être, moi qui trace ces lignes, créé et substitué à la place de quelque misérable qui, dans le siècle passé, avait été mis au monde, et n'a pas fourni sa carrière? C'est pourquoi il en est exclu à jamais, et moi j'ai été tiré du néant pour le suppléer ; et si je manque encore à mon devoir, ne dois-je pas appréhender une semblable disgrâce ? Et vous , mon lecteur , qui lisez ces choses ou qui les écoutez, pareille chose ne vous pourrait-elle pas arriver? Dieu! que vos jugements sont grands et votre conduite sur les hommes étonnante!
PIN DV DEUXliME VOLUME.
Préface.
TABLE
TRAITÉ PREHIER.
Pages.