CHAPITRE II
HIPPOLYTE ET LHÉRÉSIE
I, LE SYjSTâGMA contre TOUTES LES HERESIES •.
La rivalité personnelle d'Hippolyte avec Galliste avait enfanté un schisme, dont nous avons esquissé l'histoire lamentable et le dénouement inespéré. En dépit de cette rupture, qui partage sa vie en deux phases bien tranchées, Hippolyte n'en prétendait pas moins avoir persévéré dans la même ligne, et donnait sa lutte avec Galliste pour un simple épisode de la guerre qu'il n'avait cessé de mener contre toutes les hérésies. Nous allons nous placer à son point de vue, pour ressaisir, autant que possible, l'unité de cette carrière militante.
Dès les premières années du troisième siècle, il débutait dans la polémique par un travail d'ensemble, que les Philosophuinena rappelleront comme un simple essai de jeunesse.' C'est le Sûv-iaYiji.azpbc; â-âffaç xàç alpscrsiç, Somme contre toutes les hérésies, dont nous pouvons suivre la trace jusqu'au neuvième siècle. Photius, qui l'a lu, nous apprend^ qu'Hippolyte y décrivait trente-deux hérésies,
1. Voir Draeseke, Zum :Syntagma des Hippolytos, dans Zeitschriji f, wiss. Théologie, t. 46, 19()3, p. 58-80.
2. Philosophumena, 1, prooem., p. 2, 12 : (tûv alpExixwv) xal irâXat (xe- Tpîw; ta ôéypiaTa £$£6£(i,£6a, où xa-rà ),et:tôv £7t'.Ô£ifavT£;, àXXà àSpoixEpwç èÇeXéy- ?avT£;.
3. Photius, Bibliothec, 121 : 'Ave^vw^ôr, piêXioâpiov 'iTtitoXÛTou • (xaOriTr,;
en commençant par celle de Dosithée pour finir par celle de Noët. Cette analyse, d'un lecteur habituellement exact, aurait dû détourner Bunsen de vouloir reconnaître le Syntagma dansles Philosophiuiiena, auxquels ne convient aucun de ces traits ^ : car de quelque manière qu'on y compte les hérésies, on en trouve ou plus ou moins de trente-deux; la secte samaritaine de Dosithée n'est pas même nommée; Noët n'y occupe pas la dernière place. Lipsius a été mieux inspiré -, en désignant un ouvrage qui permet de reconstituer le cadre du Syntagma : c'est le traité Adversus omnes haereses, souvent annexé au De praescriptioiie de Tertullien. On y rencontre en premier lieu le nom de Dosithée, en dernier lieu celui de Praxéas, qui peut passer pour un substitut de Noët ; le nombre des sectes décrites est exactement trente-deux. De plus, nous savons que saint Épiphane et Philastre, dans leurs catalogues d'hérésies, avaient utilisé le Syntagma d'Hippolyte 3 ; Philastre, lorsqu'il s'éloigne du Panarion d'Epiphane, se rapproche du Pseudo-Tertullien ; dans les parties communes à Épiphane et à Philastre, l'ordre des hérésies est conforme au Pseudo-Tertullien. Ces faits s'expliquent de la manière la plus naturelle si le Pseudo-Tertullien nous a conservé la substance da Syntagma; le tableau cidessous^ rendra cette conclusion sensible aux yeux du lecteur.
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