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Voirie récit des P/iilosophumena, ci-dessus, p. i

THÉOLOGIE LE SAINT HU'l'OLYTE.

dans le clergé, un parti, grâce auquel il essaya de faire quelque figure, se posant comme le représentant du vrai principe catholique, traitant ses ennemis de sectaires, et saisissant toutes les occasions de montrer dans leur conduite une trahison envers la doctrine du Christ. Cependant — nous l'apprenons de lui-même — ■ le vide se faisait autour de lui; l'avènement d'Urbain, puis de Pontien, rendit plus manifeste la fausseté de la position qu'il avait prise, et quand, sous le deuxième successeur de Calliste, Hippolyte fut proscrit en compagnie du pape légitime, les rares puritains qui l'entouraient encore commençaient à se lasser d'une opposition stérile : le signal du retour à l'unité, qu'il paraît avoir donné lui-même, dut être accueilli avec empressements

Peu avant ce dénouement, qui devait absoudre sa mémoire, Hippolyte avait exhalé sa colère dans les Philosophumena : œuvre de passion, et machine de guerre contre la mémoire de Calliste. Comme le Syntagnia venait aboutir à Noët, dans les Philosophumena tout converge vers Calliste. Mais pour mieux atteindre son but, l'auteur ne place pas Calliste à la fin et comme au sommet de son livre : il le jette au contraire dans la foule, comme un hérétique vulgaire, entre les Noétiens, dont il a emprunté le dogme, et les Elchasaïtes, qui lui doivent leur morale. Il annonçait en commençant l'intention de dénoncer les mystères hérétiques, qui sont un fruit de la sagesse profane. Au livre neuvième, la tactique se précise : après avoir mentionné la doctrine de Calliste comme un produit composite où entrent des erreurs empruntées à Cléomène, d'autres à Théodote de Byzance, il remonte jusqu'à Noët, dont il expose le système avec grand soin, en en montrant le point d'attache dans la philosophie d'Heraclite. Puis il

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passe à Calliste, le tlétrit comme hérétique, puis comme homme. Le lecteur devra garder Timpres-sion d'une galerie de portraits similaires, où Calliste figure entre Gléomène le Noétien et Alcibiade TElchasaïte. L'artifice est habile; mais il est trop visible pour qu'on puisse croire à la candeur d'Hippolyte.

Que valaient donc ses griefs ? Si l'on écarte la question baptismale, au fond de laquelle nous ne voyons qu'un ma lentendu créé par une expression obscure, il reste une question de dogme, la Trinité, et une question de morale, le laxisme. La question de dogme, souvent reprise depuis Doellinger, tant par les protestants que par les catholiques, paraît aujourd'hui définitivement tranchée au désavantage d'Hippolyte^. Car en précisant une christologie qui existait à l'état flottant depuis plus d'un demi-siècle, et qui portait une grave atteinte à la dignité du Verbe, il achevait d'engager la théologie dans une impasse, d'où elle ne sortirait, cent ans plus tard, qu'après un éclat, et combien retentissant : la théorie de la génération temporelle du Verbe porta son dernier fruit dans l'hérésie d'Arius. Dès le temps de Zéphyrin, un pas en arrière s'imposait, et l'on ne pouvait rentrer dans les voies de l'orthodoxie qu'en se rapprochant des doctrines de Noët. La question de morale, soulevée par Hippolyte, est délicate et complexe ; mais ni les innovations de Calliste quant à la réconciliation des pécheurs, ni sa condescendance à l'égard des clercs, ni la sanction ecclésiastique accordée par lui à

1. Voir, entre autres, Doellinger, Hippolylus und Kallislm, p. 197 sqq.; Caspari, Ungedrurkte, ungeachtete und loenig beachlele Quellen zur Geichichle der Taufsymbols und der Glaubensregel, Christiania, 1875, t. 3, p. 330; Harnack, article Monarchiaaismus, dans Realencyclopùdie, p. 327; Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, t. 1, p. 314 sqq.

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des mariages ignorés par la loi civile, ne paraissent mériter la flétrissure sévère des Pliilosophiunena.

Presque en même temps qu'Hippolyte, un autre esprit indépendant, Tertullien, séparé de l'Eglise depuis dix ans déjà, se prononçait, en Afrique, sur les mêmes questions de dogme et de discipline. Sur le dogme de la Trinité, l'accord est remarquable. Avant le pontificat de Galliste, tous deux avaient déjà combattu les doctrines monarchiennes : Hippolyte par la composition du Syntagma, Tertullien dans une première passe d'armes, rappelée au début du traité contre Praxéas. Les deux polémistes persévérèrent dans la même voie, Hippolyte avec une théorie plus formée, Tertullien avec des idées assez flottantes, habilement mises en valeur grâce à l'éclat de la rhétorique et au matérialisme du style. Le fragment Adv. Noetiim a dû fournir plus d'un trait à VAdv. Praxeam. Le livre de Tertullien répond d'ailleurs à un stade plus avancé de la controverse, au stade proprement sabellien. Les Philosophumeiia représentent un troisième stade : l'auteur continue de pourchasser ce qui lui paraît être un sabellianisme bâtard, et qui est bien plutôt la vraie doctrine catholique. Si du dogme nous passons à la morale, nous constaterons la même affinité entre ces deux hommes. Tertullien s'est élevé avec la plus grande violence contre la conduite de Galliste au sujet de la rémission des péchés et de la continence cléricale; s'il n'aborde pas ex professa, dans les traités que nous possédons, la question de la réconciliation des clercs ni celle des mariages clandestins, il y a grande apparence qu'il ne transigeait pas davantage sur ces points. iNéanmoins on ne voit pas que ces affinités si profondes aient amené entre les deux chefs de sectes une entente, et sans doute Hippolyte ne l'a pas cherchée. Lors

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de sa rupture avec Tunité catholique, les monlanistes étaient d'ores et déjà hérétiques, séparés de l'Eglise par leur adhésion à la doctrine du Paraclet. Hippolyte ne devait pas goûter ces nouveautés compromettantes, et il avait, comme penseur, trop de tenue pour approuver les excentricités de la nouvelle prophétie ^ Intraitable sur la bigamie des clercs, on ne voit pas qu'il ait réprouvé en thèse générale les secondes noces, avec l'hérésie phrygienne. Dans les Philosophiimena, il mentionne ~ avec un certain dédain les montanistes, leur reproche de s'être laissé duper par des femmes, critique leurs xérophagies et autres singularités liturgiques, constate l'alliance conclue par quelques-uns d'entre eux avec la secte de Noët; il ne prononce pas le nom de Tertullien. Chez Tertullien, nous ne trouvons pas davantage le nom d'Hippolyte; et si tels ouvrages, VAdv. Praxeam et le De pudicitia, peuvent passer pour des avances faites à ce puissant auxiliaire, d'autres, tels que le De monogamia et le De jejuiiio, permettent de mesurer la distance qui sépare les deux esprits.

L'illuminisme compliqué de rigorisme avait conduit Tertullien à l'hérésie; l'orgueil intellectuel et certaine tendance rigoriste jetèrent Hippolyte dans le schisme. Les deux sectes se rencontrèrent sur beaucoup de points, sans probablement se compénétrer. Entre le fanatisme des uns et l'arrogance des autres, le pape Calliste gouverna l'Eglise

1. Faut-il avec Ilagemann, p. •,'7fl, voir dans l'allusion des Philosophumnna, 1, prooem., p. 4, 13, à l'Espiit-Saint transmis dans l'Église, une réprobation des prophéties montanistes? C'est peut-être attacher beaucoup d'importance à une parole fugitive.

2. Philosijphumena, 8, 19; 10, •2.>26. — Voir encore CD., 4, 18-21, où, sans nominor les montanistes, Hippolyte condamne leurs visions et leur ascétisme.

avec prudence et non sans hardiesse. En ramenant les esprits vers la considération de l'unité divine, il a bien mérité de la doctrine catholique ; et il est permis de croire qu'en se mettant au-dessus du reproche de faiblesse, il a également bien mérité des âmes.

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