‹ La théologie de saint HippolyteChapitre 95 sur 210 · Staehelin, p · texte numérisé non relu

Staehelin, p

LES PHILOSOPHUMi:\A. DOCt.MKNT.VTION, 95

tout particulièrement raninité entre 1 et 9; puis entre 1 et 2; entre 1, 5, 7 et 8; entre 3, 7 et 8. Le traité 6 représente un stade du valentinianisme postérieur ù celui décrit par Irénée. Les traités 1, 5 et 7 reproduisent-ils fidèlement les traits des doctrines ophite, simonienne et basilidienne, à la lin du deuxième siècle? Nous ne pouvons le décider, faute de termes de comparaison. Entre ces divers traités — 6 excepté — les ressemblances de détail sont telles qu'il faut conclure à l'unité de rédacteur; or ce rédacteur ne peut pas être Hippolyte.

Nous savons d'ailleurs, par des témoignages anciens, que parfois les écrits gnostiques passaient d'une secte à une autre. Serait-ce ici le cas? Alors la description des sectes particulières mériterait peu de confiance. Mais les points de contact sont trop isolés pour autoriser une telle supposition. D'autre part, on ne s'arrêtera pas à l'idée que ces documents soient inventés de toutes pièces : quelle puissance d'invention n'eùt-il pas fallu au faussaire, et comment accréditer un tel faux ?

Sans tenir pour démontrée la fabrication partielle des huit traités 1, 2, 3, 4, 5, 7, 8, 9, M. Staehelin admet que cette h}^otlièse rend mieux compte des faits observés. Du moins il considère comme certain que ces pièces arrivèrent aux mains d'Hippolyte déjà groupées par un collecteur anonyme. Hippolyiie lui-même n'a pas su discipliner cette matière indigeste : les pages les plus originales et les plus vivantes de son livre sont celles qu'il emploie à flétrir Galliste, pages dont on a pu apprécier le caractère romanesque. La valeur littéraire des Philosophumena est donc assez faible; leur valeur historique, en dépit du rare intérêt que présente un tel document, demeure à bon droit suspecte.

96 THÉOLOGIE DE SAINT HIPI'OLYTE.

A rencontre de cette argumentation, M. E. de Faye * soulignait récemment les dissemblances de ces documents gnostiques, et concluait à la multiplicité d'auteurs. Après avoir accordé à M. Staehelin que ces divers écrits présentent un réel air de famille, il relevait les traits individuels qui les distinguent. L'écrit concernant les Naassènes dénote un « esprit vague et nuageux ». L'écrit concernant les Pérates contraste avec le précédent : « on est frappé de la netteté des idées ». L'interprète des Séthiens « a un penchant marqué pour la mythologie. Il n'a pas le goût des abstractions ». Tous trois rentrent dans la catégorie générale des Ophites;mais il n'est pas possible de les confondre. Le système du soi-disant Simon présente « un étrange amalgame dénotions stoïciennes, valentiniennes et ophites. » Le gnostique de la notice sur Basilide, « par la netteté de ses idées et la précision de son langage, rappelle, en le surpassant, l'auteur de la notice sur les Pérates ». Le panthéisme émanatiste, fonds commun de tous ces systèmes, se nuance de conceptions propres à chacun d'eux. Jusque dans l'exploitation d'une donnée particulière, chaque auteur trahit ses préférences ~. En présence de ces faits, on nous dissuade de croire à l'unité de rédaction, et voici l'hypothèse qu'on nous propose^. Les auteurs des divers documents seraient tous disciples d'un seul maître gnostique ; à un fonds d'idées commun, chacun aurait mis l'empreinte particulière de son esprit, et ces variations exécutées indépendamment, par divers esprits, sur un thème unique, rendraient compte de la dissemblance dans

1. De Paye, Revue de l'histoire des religions, t. 46, 1902,. p. 161 sqq.

■Z. Ibid., p. 165.

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