‹ La théologie de Saint PaulChapitre 114 sur 630 · Jac. 224. — 2. Gen. 1516. — 3. Rom. 42. — 4. Jac · texte numérisé non relu

Jac. 224. — 2. Gen. 1516. — 3. Rom. 42. — 4. Jac

5. On sait que Luther promettait son bonnet de docteur à qui lèverait la contradiction. Si, dans ses bons moments, il appelait Jacques un brave homme, quoiqu'un peu borné, il traitait le plus souvent sa lettre d'épitre de paille ne contenant pas une syllabe digne du Christ. Calvin est moins sévère : « Nihil continet Christi apostolo indignum, multiplici

vero doctrina scatet cujus utilitas ad omnes christianæ vitæ partes late patet. » :

6. Jac. 219 : Ed motebets rt ele Oedc écriv; xaGc mouetc* ka Tà daruévee miotedovotv. Pour que l'argument porte, il faut suppléer quelque chose. « Tu fais bien de croire en Dieu. [Mais cela ne suffit pas; car] les démons eux-mêmes croient. » Estius explique ainsi la comparaison : « Quemadmodum dæmonibus ad salutem nihil prodest omnis illa notitia quam de rebus divinis habent, quia non adest bona voluntas; ita christiano quamdiu non studet bonis operibus, fides ad salutem prodesse non poterit. » Il ne s’ensuit pas que la foi des démons soit de même nature que la foi informe des pécheurs.

sion de la vie surnaturelle. — 3. La justice dont parle saint Paul est la justice première, c’est-à-dire le passage de l’état de péché à l’état de sainteté, comme l’objet même de la polémique et les explications réitérées de l'Apôtre le prouvent surabondamment:; la justice de saint Jacques est la justice seconde, autrement dit l'accroissement de la justice, le développement régulier de la vie chrétienne. — #4. En trois mots, saint Paul se place avant la justification de l’homme, saint Jacques après ; le premier parle de la foi vive, le second d’une foi qui peut être morte, qui est en tout cas inactive; l’un déclare à l'énjidèle que sans la foi il ne peut atteindre la justification, l'autre enseigne au chrétien à mettre sa conduite d'accord avec sa foi, car la foi seule ne lui suflit point.

La doctrine de Paul, tirée des profondeurs de sa théologie, dépassait les esprits ordinaires. [l était facile de lui donner un tour paradoxal ou d'en abuser pour mal vivre. On sait que l'Apôtre lui-même dut protester quelquefois contre les fausses interprétations de ses théories. Le frère du Seigneur se proposerait-il, lui aussi, d'obvier aux pernicieuses conclusions que l'ignorance ou la mauvaise foi pourraient déduire de ce principe : L'homme est justifié par la foi sans les œuvres? En d'autres termes, viserait-il saint Paul et voudrait-il non pas rectifier son enseignement mais l'expliquer, en le présentant sous un nouvel aspect? Beaucoup d'exégètes l'ont cru. L’exemple d'Abraham et le texte de la Genèse, communs aux deux apôtres, ne sufliraient pas à le prouver. Cet exemple et ce texte venaient presque infailliblement sous la plume d’un écrivain juif dès qu'il s'agissait de foi et de justice. Philon consacre au père des croyants un long traité intitulé Vie du Juste où se trouve cité plus de dix fois ce même texte, que Ie Talmud expose avec sa diffusion accoutumée. Ce qui montrerait une allusion voulue et non pas une rencontre accidentelle, c’est le contraste soutenu entre la foi et les œuvres, c'est la terminologie semblable recouvrant des idées différentes, c'est la manière dont saint Jacques formule sa thèse en prenant le contre-pied de la thèse de saint Paul. Quoi qu'il en soit, la polémique de Jacques — si polémique il y a — est dirigée contre les lecteurs peu clairvoyants ou mal disposés de Paul

et nullement contre Paul lui-même dont Jacques, au concile de Jérusalem, avait approuvé solennellement l’évangile sans rien y trouver à reprendre ni à compléter !.

Antilogie. — Les jugements de saint Paul sur la Loi mosaïque sont, à première vue, contradictoires. Tantôt il l’exalte jusqu'aux cieux, tantôt il semble la rabaisser au-dessous de la loi naturelle. La Loi est sainte et spirituelle?; elle a pour but de donner la vie*; au dernier jour, ceux qui l’observent seront déclarés justes‘. Elle fut établie par les anges, avec Moïse pour médiateur ‘; elle est une des neuf prérogatives — et non la moindre — des enfants d’Israëlf. Elle conduit les hommes au Christ”, qu'elle eut l'honneur de prophétiser$. Dans le Christ elle a sa fin et son accomplissement”?. Enfin, pour résumer tous les éloges, elle n’est pas la Loi de Moïse; elle est la Loi de Dieu‘°. Mais voici la contre-partie. La Loi n’a rien mené à sa perfection t!; elle est plutôt l'artisan de la colère divine !?; elle s’est glissée sournoisement derrière le

1. Il y a sur ce sujet deux monographies, l’une par un catholique, l’autre par un protestant, qui ne s’éloignent pas beaucoup de nos conclusions: B. Bartmann, St. Paulus und St. Jacobus über die Rechtfertigung (dans Biblische Studien, t. I, p. 1-168, Fribourg-en-B., 1897); E. Ménégoz, Étude comparative de l’enseignement de S. Paul et de S. Jacques sur la justification par la foi (dans Études de théol. et d'hist. etc., Paris, 1901, p. 121- 150).

Page 1