La concupiscence ! et la grâce actuelle
Ce ne sont là, bien entendu, que des approximations. Le péché originel et la grâce du Christ sont généralement contemplés par saint Paul dans leurs causes, la révolte d'Adam et la mort volontaire de Jésus-Christ, mais avec toutes leurs conséquences possibles. Le péché habituel et la grâce sanctifiante sont rarement considérés sans la mort éternelle et la résurrection bienheureuse qui sont leurs aboutissants naturels. Enfin l’'Apôtre rattache presque toujours la grâce actuelle à la source d'où elle découle, l'Esprit de sainteté, et comprend sous leterme générique de chair ce que les théologiens nomment la concu-
piscence. Si nous avons évité nous-même le mot de concupis-
cence c’est qu’il est maintenant équivoque et qu’il signifie sou-* vent le désir mauvais ou même le désir sensuel, au lieu de désigner en général la corruption de notre nature intellectuelle et sensible, le penchant au mal, le yetser hara‘° de la théologie talmudique.
1. Saint Augustin a pris la peine de définir la concupiscence, Enarr. in Psalm. cxvm (XXX VII, 1522) : « Non omnis concupiscentia desiderium est. Concupiscuntur enim et quæ habentur et quæ non habentur; nam concupiscendo fruitur homo rebus quas habet, desiderando autem absentia concupiscit. » Un peu plus haut, il explique concupiscentia carnis par mala dilectio et concupiscentia spiritus par bona dilectio. Nous acceptons volontiers cette définition, mais nous avons craint qu’elle ne fût pas assez présente à l'esprit de tous les lecteurs. — Saint Thomas, au moins dans la Somme, envisage la concupiscence au point de vue philosophique et la définit ainsi (1° 2® qu. XAX, a. 1) : « Concupiscentia, proprie loquendo, est in appetitu sensitivo, ‘et in vi concupiscibili, quæ ab ea denominatur. » Ce n’est donc point, comme le remarque justement Sylvius, l'appétit en général, ni même l'appétit sensible dans toute son extension et c’est moins encore la corruption de la nature que les théologiens appellent fomes peccati. — Bien que la chair ne soit pas la concupiscence ainsi entendue, Paul a coutume d'établir entre la chair et l'appétit sensible une relation qu’il nous faudra examiner en étudiant la psychologie de l’Apôtre.
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