‹ La théologie de Saint PaulChapitre 17 sur 630 · Gal. 421-81 : Ativé 2criv &AAnyopoüueya · texte numérisé non relu

Gal. 421-81 : Ativé 2criv &AAnyopoüueya

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Même lorsqu'il s'appuie sur l'Écriture, l’hagiographe peut argumenter en théologien ou en orateur et sa preuve peut n'être pas strictement scripturaire; ou plutôt elle ne le serait pas si, à la différence du théologien ou du prédicateur ordinaire, la conclusion de l’auteur inspiré n'avait une valeur absolue, indépendante de son argumentation. Moïse avait dit : « Tu ne musèleras pas le bœuf qui foule l'aire. » Paul en déduit que l’ouvrier apostolique peut vivre de l'Évangile. C'est un argument à fortiori qu'on a retrouvé chez les rabbins. L’Apôtre semble insinuer que le Saint-Esprit, en inspirant ces paroles, voulait nous faire tirer la conclusion suivante : « Est-ce que Dieu s'occupe des bœufs, ou bien dit-il cela pour vous? Oui, cela fut écrit pour nous. » Cette conclusion est-elle affirmée dans les prémisses ou en est-elle déduite par voie de raisonnement? Dans la seconde alternative, Paul argumenterait sur un, texte de l’Écriture mais sa conclusion ne serait point, à parler strictement, un sens scripturaire. Ce serait ce que les théologiens appellent un sens conséquent. À moins qu'on n'adopte la théorie des sens multiples de saint Augustin, ce n’est pas assez pour constituer un sens scripturaire qu'une chose nous soit suggérée par la lecture de la Bible ni qu'on puisse l'en tirer par voie de déduction théologique ou oratoire. La preuve oratoire ne se résout pas toujours en un rigoureux syllogisme. L’analogie, la comparaison, la similitude, tout ce qui fait entrer plus profondément la pensée dans l'esprit de l'auditeur, l'y fixe et l’y grave, lui sert d'éclaircissement ou d'illustration, peut s'appeler preuve oratoire : ce n’est pas un argument à la manière d'Aristote. Mais l’on ne voit pas pourquoi l'on refuserait à l'écrivain sacré l'usage de procédés littéraires qui sont de droit commun.

Il nous faut maintenant signaler deux traits qui se rapprochent davantage de la méthode des rabbins : les citations composites et les enfilades ? de textes. Les citations composites sont fréquentes. Tantôt elles unissent des passages différents d'un même auteur, tantôt elles fondent en un mêmetexte des membres

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1. 1 Cor. %, citation de Deut. %5*, répétée dans 1 Tim. 518, 2. L'exemple le plus caractéristique est Rom. 310-18,

de phrase d'auteurs différents. Dans un cas comme dans l’autre, le contexte semble parfois négligé et nos habitudes modernes de citation exacte s'accommodent assez mal de ce système un peu libre. Les enfilades de textes, connues par les rabbins sous le nom de Zaraz, nous paraissent encore plus étranges parce que nous ne voyons pas toujours ce que l'accumulation des textes ajoute de force à l'argumentation.

Le pharisien. — Paul, à cette époque, se distinguait par la rigueur de son pharisaïsme : « J’étais, dit-il, plein de zèle pour [la Loi de] Dieu‘. J'ai vécu en pharisien, selon la secte la plus stricte de notre religion ?. » Quand ses adversaires se targueront de leur fidélité scrupuleuse à la Loi : « Moi aussi, leur répondra-t-il, j'étais pharisien, persécuteur de l'Église par zèle, irréprochable au point de vue de la justice légale 3. »

Enveloppée comme d’un étroit réseau par les six cent treize . prescriptions du code mosaïque, renforcées de traditions sans nombre, la vie du pharisien était une intolérable servitude. Les purifications rituelles, prescrites à la suite des souillures que causait le seul contact d'objets impurs, remplissent plusieurs traités du Talmud. Impossible de quitter sa maison, de prendre de la nourriture, de faire une action quelconque, sans s’'exposer à mille infractions. La peur d'y tomber paralysait l'esprit et oblitérait le sens supérieur de la moralité naturelle. Toute la religion dégénérait en un formalisme mesquin. L'homme était tenté de se croire l’artisan de sa propre justice; il ne devait rien qu’à lui-même; il devenait le créancier de Dieu. À quoi bon le repentir, la prière ardente et humble, les soupirs vers le ciel du pécheur et du publicain? N’était-il pas, lui, le juste qui jeünait deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, selon la coutume de sa secte, qui payait exactement la dîme de la menthe, de l’anis et du cumin, qui n’oubliait jamais aucun rite traditionnel? Le pharisaïsme nourrissait l’amourpropre, la présomption et l’orgueil 5. Il fomentait aussi l'hypo-

1. Act. 228. — 9, Act. 265. — 3. Phil. 36. 7. ; 4, Tout le sixième et dernier seder de la Mischna intitulé Teharôth et comprenant douze traités. : :

5. Es. Bousset, Die Religion des Judentums. Berlin, 1903, n, 7 : Die Frommen, p. 161-168.

crisie. L'idéal du pharisien était élevé, mais il n'avait pour atteindre que son orgueil. Ce mobile ne suffisant pas, sa seule ressource était de dissimuler ses défaillances ou de les tourner en vertus devant le vulgaire (‘am haarets), objet de ses craintes et de ses mépris. Quels stratagèmes de casuiste retors pour tempérer la rigueur du jeûne, pour modérer l’incommodité du repos sabbatique !! Puis il rachetait ses misères par une intolérance farouche. C’est ainsi que Saul, désespéré d’être si loin de son idéal de perfection, se fit persécuteur par zèle et par remords. |

Il gardait les habits d'Étienne, parce qu'il était sans doute trop jeune pour être le juge et le bourreau du martyr. Mais, en son for intérieur, il approuvait tout, il sanctionnait tout. La passion l’agitait trop violemment pour prêter l'oreille aux paroles du saint diacre. L'’eût-il écouté, ce discours brusquement tronqué par la mort ne l'aurait point ému. Nous ne trou-vons dans ses écrits aucune allusion à cet événement mémorable. Il ne se souvient que d’avoir persécuté le Christ?. Tous les détails se confondent dans sa mémoire comme la vision obsédante d’un affreux cauchemar.

1. Par exemple, le traité Erubin permet de placer un domicile fictif au terme du repos sabbatique, pour prolonger d'autant le voyage, et d’unir fictivement plusieurs domiciles pour porter des aliments de l’un dans l’autre, sans enfreindre la loi du repos.

2. Les quatre retours sur ce passé déplorable sont de la plus haute importance pour juger de l’état psychologique de Paul au moment de sa conversion. — Gal, 113-14 : « Je persécutais sans mesure l’Église de Dieu et je la ravageais et je dépassais par le [fanatisme de mon] judaïsme la plupart de mes contemporains. » — 1 Cor. 15° : « Je suis le dernier des apôtres, et je ne suis pas digne du nom d’apôtre, parce que j'ai persécuté l'Église du Christ. » — Phil. 36 : J'étais « pharisien selon la Loi, persécuteur de l’Église par zèle, irréprochable au point de vue de la justice qui vient de la Loi. » — 1 Tim. 118: « Je fus jadis un blasphémateur et un persécuteur, un insulteur; mais j'ai obtenu miséricorde parce que j'ai agi par ignorance dans l’infidélité. » -

Il y a cependant quelques détails plus précis dans le discours qu’il adressa aux habitants de Jérusalem après sa capture (Act. 22 3-5) et dans celui qu’il prononça à Césarée devant le procurateur Festus et le roi Agrippa (Act. 26 #-11; surtout 26 19-20), où il rappelle la part prise par lui au martyre d’Étienne, mais sans laisser entendre qu'il éprouvât alors d’autre sentiment que la satisfaction d’un désir assouvi.

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