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lettres Pastorales sont inauthentiques. » Tous les efforts tentés pour les distribuer dans la vie connue de l'Apôtre, malgré des prodiges d’ingéniosité, sont demeurés- vains. Pour expliquer et leur ressemblance mutuelle et leur dissemblance des autres il faut en faire un cycle à part, enfermé en un laps de temps assez court, et les placer au terme de la vie de Paul.
Cette période est pour nous très obscure, comme le serait toute l’histoire apostolique sans le récit des Actes; mais la difficulté de concilier les allusions des Pastorales avec des faits avérés est précisément un indice de plus en faveur de l’authenticité. Un faussaire, familier avec le style et les écrits de Paul,
ne sèmerait pas à plaisir les antilogies dans un pastiche habile
qu'il veut faire passer pour l’œuvre même du maître. Il rattacherait sa feinte correspondance à des circonstances historiques; il mettrait en scène les mêmes personnages et leur maintiendrait leur rôle et leur caractère. L'auteur des Pastorales, s’il est autre que Paul, procède au rebours du bon sens. Il nous présente pour la première fois une foule d’inconnus : Hyménée et Phylète, Phygèle et Hermogène, Loïs et Eunice, Crescent, Carpus, Eubule, Pudent, Lin, Claudia, Onésiphore, Alexandre, Artémas et Zénas. Les détails qui les concernent sont brefs et précis comme il convient au style épistolaire où l’on n'a pas à instruire la galerie. La plupart des personnages sont chargés d'un rôle qu'ils ne semblaient pas préparés à jouer. Comment prévoir la défection de Démas et pourquoi le diriger sur Thessalonique? Qu’avaient à faire en Crète Tychique et Tite lui-même? Eraste, Apollos et Trophime ne sont pas là où on les attendait.Un faussaire qui estime assez Timothée pour lui faire adresser deux lettres apocryphes aurait idéalisé son portrait; du moins n’aurait-il rien rabattu des éloges que Paul, dans ses lettres publiques, décerne à son disciple de prédilection; il ne l'aurait pas représenté timide, irrésolu, défiant de ses forces et de sa jeunesse. Il y a des choses qui ne s'inventent pas. La recommandation faite à Timothée de boire un peu de vin à cause de son estomac débile et d'apporter à l'Apôtre les livres et les parchemins laissés chez Carpus, charmante comme expression de la vie réelle prise sur le vif, serait froide et puérile sous la plume d’un imitateur.
À qui veut porter un jugement indépendant sur l’origine des Pastorales, trois choses semblent dignes de fixer l'attention : l'unanimité de la tradition, les contradictions irréductibles de la critique négative, les rapports et les différences avec les lettres incontestées.