‹ La théologie de Saint PaulChapitre 227 sur 630 · I. UNANIMITÉ DE LA TRADITION · texte numérisé non relu

I. UNANIMITÉ DE LA TRADITION

Aucune autre lettre n’est mieux attestée que les Pastorales et ce témoignage unanime de l’antiquité chrétienne acquiert plus de force encore si lon songe qu'ici l'authenticité et la canonicité ne sont pas deux questions distinctes, puisque ces lettres seraient des faux intentionnels au cas où elles ne seraient pas authentiques.

Le Canon de Muratori (1. 60-64), Tertullien (Præscr. 6; Contra Marcion. v. 21; De resurr. carnis, 22; De pudic. 14; Scorp. 13), S. Irénée (Contra hæres. 1, 1; n, 14; 1, 3 etc.), Clément d'Alexandrie (Cohort. 1 et 9 etc:}, qui attribuent à Paul les trois Pastorales sans aucune hésitation, nous montrent la tradition catholique établie dans l’Église entière avant la fin du second siècle. Ces Épiîtres faisaient partie de l’ancienne version latine et de la version syriaque et ce fait prouve évidemment qu’elles étaient regardées comme lettres de Paul. Eusèbe (His. eccl. IIL, 3), qui relève avec sa curiosité d’archéologue tous les doutes qui se sont produits au sujet de l'authenticité et de la canonicité des Livres saints, n’a rien à remarquer sur l'attribution à Paul des Pastorales, attribution qui lui paraît certaine. Il en est de même d’Origène, In Matth. ser. 117 (XIIL, 1769) qui enregistre seulement pour mémoire la tentative avortée de ceux qui ont osé repousser la seconde à Timothée.

Marcion qui recevait dans son Canon les seuls Livres du Nouveau Testament qui lui plaisaient (l'Évangile de Luc et dix Épîtres de Paul), non sans y faire les suppressions et les amputations qui lui semblaient nécessaires ou utiles, rejetait les Pastorales (Tertullien, Adv. Marcion. v, 21; S. Jérôme, Préface du comment. sur l'Ép. à Tite). Basilide aussi, d’après saint Jérôme; tandis que Tatien ne repoussait que les deux Épitres à Timothée (S. Jérôme, Loc. cit.). Ce fait est sans conséquence et Clément d'Alexandrie en a donné la véritable raison, Stromat. n, 11 (VIII, 989) : Yrd ravrne Éleyyéuevor Tic pvc (1 Tim. 620-21) où and Tv aipécewv Tàç mpdc Tu6Beov &feroüotv émorokés. Marcion aurait pu sans doute les expurger, comme il faisait pour les autres (S. Irénée, Contra hæres. 1, 29; cf. nr, 12); mais il y aurait eu huit passages à retrancher et dès lors il lui paraissait plus simple de les écarter tout à fait.

Les Pastorales étaient connues bien avant l’éclosion du gnosticisme. Il n’y a peut-être pas d'Épiître paulinienne qui ait été plus employée par les Pères apostoliques. Comparez Barnabé, xiv, 6 avec Tit. 214, Si xarapyeïy Tèv E4varov (Barn. v, 6) peut dépendre de 1 Cor. 1520 et non de 2 Tim. 110, il est difficile que les expressions caractéristiques émiowpebovres Taïc Gpaptiatc (Barn. 1v, 6) et pavepwbñvar ëv oapxé (Barn. v, 6; vi, 7,9) ne dérivent pas de 2 Tim. 36 (cecwpeuuéva éuapriaus) et de l Tim. 316 (épavepwôn Ev api). — On retrouve dans Clément de Rome un certain nombre de vocables propres aux Pastorales : &ywyñ, &vatwmupeiv, Bôeruxtés, npécuow, etc. les

adjectifs edosñc, cevés, cwppuwv, et des phrases entières, comme « élevant au ciel des mains pures » (1 Tim. 25, Clem. ad Cor. xxx, 1) et « disposés à toute œuvre bonne » (Tit. 3!, Clem. ad Cor. n, 7), où la rencontre de sens et d'expression ne semble pas pouvoir être accidentelle. — Ignace et les Pastorales ont en commun un certain nombre de mots rares qui paraissent indiquer une dépendance littéraire : dvawmupeïv, &vaduyetv, érepodt- Sasxareïv, xaréornua, etc. — Les rapports de Polycarpe, 1v-vr, avec les Pastorales, surtout les emprunts textuels, Polyc. 1v, 1 (1 Tim. 67-10) et Polyc. 1x, 2 (2 Tim. 410), témoignent dans le même sens. — On ne peut se défendre de l'impression que l’Épitre à Diognète, x1, 3, fait allusion à 1 Tim. 316 et que Justin, Dial. 47, s'inspire de Tit. 34. Enfin le passage d'Hégésippe rapporté par Eusèbe (Hist. Eccl. III, 32) ne se comprend bien que rapproché de L Tim. 15 et 64-20.

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