I. LES TERMES DÉSIGNANT DES FONCTIONS ECCLÉSIASTIQUES
Toutes les lettres de Paul — y compris les Pastorales — sont d’une période antérieure à la fixation de la terminologie hiérarchique. Le langage est encore incertain; il est impossible de prévoir dans quelle direction il se développera et quels termes auront le dessus. Néanmoins les trois mots érioxomos, mpecGütepos et Giéxovos, qui devaient supplanter tous les autres dès le second siècle, commencent à prévaloir.
1. Le mot éricxonos. — Il est employé cinq fois dans le Nouveau Testament (et toujours traduit en latin par episcopus), quatre fois au sens technique de dignitaire ecclésiastique (Act. 2028 ; Phil. L!; 1 Tim. 32; Tit. 17) et une fois au figuré (1 Pet. 2?5 : Jésus-Christ est le pasteur et l’éxioxomoc de nos âmes). Chaque fois qu'il est pris au sens technique, il est clairement synonyme de mpeo@irepos. Cela ressort pour Act. 208 de l'échange des deux termes (comparez 2017 avec 208); pour Phil. l!, de la pluralité des ëricxonot dans une même ville (obv émioxérou xa dtaxévorc); pour 1 Tim. 3, et pour Tit. 17, du fait que les qualités exigées des personnages nommés tantôt ëmicxono tantôt mpecévtepo sont identiques (comparez Tit. 15 et 17 et rapprochez le tout de 1 Tim. 81-2). — ’Extoxonetv « exercer la charge d'énioxoxos », se lit, d’après les meilleurs manuscrits, dans un contexte qui suppose également la synonymie des deux termes, 1 Pet. 51-2 : Ipeséurépous oÙv Ev duiv rapaxa) à cuurpecéUrepoc.. TOULAVATE TO EV Opiv mofpvtov Tob Ocod, Émioxomodvres L &vayxactds) — ’Ertoxoxh (employé quatre fois) est une fois la charge d’érioxonos (1 Tim. 31); une fois (Act. 120 citant Ps. 10810918) il signifie charge, poste, en général; ailleurs c’est la locution biblique « jour de la visite » (Luc. 194; 1 Pet. 212).
La synonymie des deux termes xpecéÿrepos et éricxomos, dans les écrits apostoliques, à été reconnue par la plupart des anciens commentateurs. S. Jérôme écrit à Exupérance, Epist. cxLvi, 1 (XXII, 1193) : « Cum Apostolus perspicue doceat eosdem esse presbyteros quos episcopos.. Quæris auctoritatem? Audi testimonium [Il cite Phil. 11; Act. 208]... Ac ne quis contentiose in una ecclesia plures episcopos fuisse contendat, audi et aliud testimonium in quo manifestissime comprobatur eumdem esse episcopum atque presbyterum [Il cite Tit. 15-7; 1 Tim. 414; 1 Pet. 5]. » Voir encore Epist. Lxix ad Oceanum et le commentaire sur Tit. 15. — S. Jean Chrysostome expose clairement cette synonymie, Zn Epist. ad Phi. hom. \, (LXXIL, 183) : OÙ npecédepor ro naladv Exahodvro Étioxoot, xoi oi TPEGÉUTEpOL énicxomot. Il s’agit d’une simple synonymie de noms (Tôte yàb Ttéws éxouvevouv toïç évéuact), mais il n’est pas du tout question d’une identité réelle des deux ordres. Cf. In Epist. 1 ad Tim. hom. x1, 1; In Epist. ad Tit. hom. MAS — Théodoret suit pas à pas Chrysostome, Comment. in Phil. 11 (LXXXII,
560) : ‘Enroxémouc dÈ tobs npecéurépous xadeï” apôTepa Yùp EÏyOV KT” ExETVOY Tv xatpov Tà dvémate. Cf. In Tit. 17 et In 1 Tim. 31. — Théodore de Mopsueste avait expliqué les mêmes textes de la même manière.
La Doctrine des apôtres, qui ne nomme pas les mpec6vrepor, semble bien les désigner sous le nom d’èxioxomot (xv, 1, dans Funk, Patres apost. ?, p. 32) : Xetporovioute oùv Eautoic émioxémous xai Otaxévouc. — S. Clément de Rome, qui connaît les meecéirepor au sens ecclésiastique (xLiv, 5; xLVI, 6; Liv, 23 Lvn, 1, Funk, Zbid., p. 156, 160, 168, 172), accepte néanmoins la synonymie, comme il ressort de xLur, 4-5, où les émioxomo et les diaxovor forment toute la hiérarchie.
Le mot ënioxomos, assez fréquent dans les Septante où il traduit 7p5,
était usité dès le temps d’'Homère (J1. xx, 255; Od. vi, 163) dans le sens très général de « gardien, inspecteur, surintendant ». Homère, Eschyle, Pindare, Sophocle, Platon, Plutarque, etc. l’appliquent aux dieux. Nous avons dit que les Athéniens appelaient ainsi des commissaires chargés d'organiser les colonies et les pays de conquête. Un personnage d’Aristophane (Oiseaux, 1022) s’arroge ce titre :
Ænicxonos rw debpo T& xudUw Àayov.
C’est le scoliaste d’Aristophane qui explique le mot comme nous l'avons fait et qui assimile ces fonctionnaires aux äpuoorat de Lacédémone. Harpocration (édit. Dindorf, p. 129), citant Théophraste, a la même assimilation. Mais le mot n’était nullement réservé à ces officiers d’Athènes. On le trouve dans les historiens (Arrien, Znd. xu, 5; Appien, Mithr. 48, etc.) appliqué à des inspecteurs et à des commissaires de divers pays. Le premier livre des Machabées, 151 (èmoxémous est remplacé par ëniotétac dans 2 Mac. 522), le donne aux délégués d’Antiochus Épiphane. Les inscriptions, surtout celles de Rhodes, nous en offrent plusieurs exemples. À Rhodes, des émioxonot (au pluriel) sont signalés dans une énumération d'employés (Inscript. Græc. insul. Maris Ægæi etc., Berlin, 1895, n° 49 et 50); un seul érfoxonoc fait partie du personnel d’un temple (Ibid. n° 731), mais il ne semble pas occuper une situation prépondérante. Cf. Deissmann, Neue Bibelstudien, p.57; Lightfoot, Epistle to the Colossians, note à la fin du chap. 1 : The synonymes bishop and presbyter.
On voit que le mot, grâce à la variété de ses acceptions, dégagé de toute association d'idées particulières, se prêtait d'autant mieux à désigner un ordre spécial de dignitaires ecclésiastiques. S. Clément de Rome est d'avis qu’on aurait fait choix de ce terme en vue d’une prophétie d’Isaïe (6017) qu’il cite assez inexactement, Ad Corinth. xuu, 5 (Funk, Jbid., p. 152). S. Irénée (IV, xxvi, 5) fait allusion à la même prophétie. Mais il est peu probable que le texte d’Isaïe ait eu cette influence.
2. Le mot moso6dtepoc. — IL est traduit par presbyter dans Act. 15°; 1 Tim. 51719; Tit. 15; Jac. 214, Dans tous ces cas en effet il a bien le sens de dignitaire ecclésiastique. Il faut y ajouter Act. 2017 (où les seniores ecclesiæ) sont les mêmes que Paul appelle plus bas, Act. 2028, ëmicxomo) et Act. 1546-22-28; 164 (où les seniores sont les mêmes personnages que les presbyteri de Act. 15?). Partout ailleurs rpec@ütepo:, seniores, désigne soit les anciens du peuple juif soit des vieillards. L'ensemble des anciens du peuple se nommait npecéuréprov (Luc. 2226; Act. 225) et Paul donne une fois ce nom au collège des anciens de l'Église (1 Tim. 44).
On s’est demandé si 1 Tim. 51° vise les anciens ou les vieillards. Mais
Me eo CON ET PO PE fe TE ETATS Te PEN r HÉTRT EL E
ces personnages (1 Tim. 517) recommandables par leur bon gouvernement (oi xalc mpoeotürec) et par le zèle qu’ils apportent à prêcher l'Évangile et à instruire les fidèles (où xomi@vrec v 16yw xai dôacxzkiæ) sont manifestement des dignitaires ecclésiastiques. Par conséquent, le xpeo6Üütepos du verset 19, dans le jugement duquel il y a des formes spéciales à garder, appartient à la même classe. Il est donc tout naturel d'entendre des mêmes personnages les paroles suivantes : « Reprends publiquement ceux qui pèchent, afin que les autres conçoivent une crainte » salutaire. Alors la défense d'imposer les mains à la légère (1 Tim. 522 : yeïpas rayéws nôevi énriôe) est tout à fait à sa place : elle à pour but de prévenir le scandale et d’obvier à des répressions qui ne seraient ni sans inconvénient ni sans danger.
Toutes les sociétés primitives ou semi-patriarcales, ainsi que les aristocraties, sont gouvernées par un sénat ou conseil d'anciens qui prennent divers noms : senatus et senatores à Rome, yepouota et yépovtes à Sparte, signoria et signori à Florence, aldermen en Angleterre, cheikh en pays de langue arabe etc. A l’origine c’était le privilège de l’âge; plus tard ce fut un titre héréditaire. A toutes les époques de l’histoire sainte, sous Moïse, sous les Juges, sous la monarchie, après le retour de la captivité, nous constatons partout la présence de ces anciens. Ils étaient à la tête des, synagogues, ils exerçaient dans les villes et villages une autorité analogue à celle de nos municipes, ils formaient le tiers du grand sanhédrin. Aussi sont-ils constamment nommés dans le Nouveau Testament en compagnie des scribes et des princes des prêtres. Le même mot hébreu 1P°
signifiant vieillard et ancien, les Septante traduisent généralement par mpeo6vrns la première acception et par mpeo6ÿtepos la seconde. La raison de cette différence provient vraisemblablement de ce que mpecévtepos désignait alors en Égypte une fonction municipale et l’on trouve aussi mentionnés dans les papyrus des moeo6ÿrepor iepets (voir les exemples dans Deissmann, Bibelstudien, p. 153-155 et Neue Bibelst., p. 60-62). Cet usage
n’était pas spécial à l'Égypte; on le rencontre dans toutes les villes de
l'Asie Mineure et de l’Archipel qui possédaient un sénat dont les membres se nommaient yépovres OU mpecévrepor.
3. Le mot Giäxovos. — Ce mot se trouve huit fois dans les Évangiles au sens ordinaire de serviteur (Mat. 2026; 2215; 2311; Marc 9%; 104; Joan. 259; 1226) et vingt-deux fois dans saint Paul. Les autres écrivains du Nouveau Testament ne l’emploient pas et saint Luc lui-même n’en fait pas usage en racontant l'institution des sept diacres hellénistes, bien qu’il désigne leur ministère sous le nom de &taxovia (Act. 61-4). — II reçoit dans saint Paul les applications les plus diverses. Le prince est Gtéxovoc de Dieu (Rom. 134); Jésus-Christ l’est de la circoncision (Rom. 158); les ouvriers apostoliques sont &téxovor du Christ (1 Cor. 35; 2 Cor. 36; 64; 1125). Paul revendique ce titre pour lui-même (Eph. 37; Col. 123-%5; cf. 2 Cor. 1123); il le donne à Timothée (1 Thess. 32; 1 Tim. 46), à Tychique (Eph. 621 ; Col. 47), à spaphras (Col. 17), à une femme, Phœbé (Rom. 161). — Trois fois seulement ôtdxovos à le sens hiérarchique qui nous occupe. L’Apôtre salue les énicxomo. et les àtéxovot de Philippes en même temps que l’église entière (Phil. 11); et il énumère les qualités requises des diacres (1 Tim. 38-14) « Exercer la charge de diacre » se dit deux fois Gtaxovetv (1 Tim. 310-15), mais ce verbe conserve ailleurs ses acceptions ordinaires. Chez saint Paul ôtaxovia signifie « ministère, service », dans les sens les plus divers ou bien
désigne un charisme particulier (Rom. 127 ; 1 Cor. 125), mais n’est pas usité pour la fonction du diacre.