PAUL EXPLIQUE ET JUSTIFIE SA MANIÈRE D'AGIR (I-VII
On l’accusait : 1. d’inconstance dans sa conduite; 2. de manque de sincérité dans sa prédication; 3. de despotisme dans son gouvernement. Ces trois griefs se mêlent un peu dans l'apologie de l’Apôtre, comme ils se mélaient dans la bouche de ses adversaires et il n’est pas toujours possible de les isoler. Paul leur oppose d’abord en général le témoignage de sa conscience (1,12-13) et la conviction intime des Corinthiens eux-mêmes (14).
1. Ænconstance. — Il avait d’abord résolu d’aller directement d'Éphèse à Corinthe (15) et de revenir dans cette dernière ville après une rapide visite en Macédoine (16). Il a dû changer de plan, mais il ne l’a pas fait inconsidérément (7-18). Son oui a toujours été
oui, comme le oui du Fils de Dieu lui-même (19-21). S'il a différé son voyage, c’est afin de les épargner (22-23). Il n'a pas voulu que son retour fût pour eux et pour lui un sujet de tristesse (II, 1-2); et la lettre sévère qu'il leur a envoyée avait justement pour but d'aplanir les difficultés (3-4). — Il revient à cette occasion sur l'affaire de l’incestueux, cause de leurs dissentiments. Le coupable a été réprimandé par la majorité de l’église (5-6). Cela suffit : Paul lui pardonne et demande son pardon (7-8). Il se proposait en leur écrivant de mettre leur obéissance à l’épreuve (9), mais il ne voulait pas d’une rigueur excessive qui ferait le compte de Satan (10-11). L’attente de ce que feraient les Corinthiens le préoccupait au point de lui ôter tout repos (12-13). Enfin Tite l’a rassuré et il en bénit Dieu (14).
2. Manque de sincérité. — Le passage II, 15-17 sert de transition à ce qui va suivre : « Nous ne ressemblons pas à beaucoup d’autres qui frelatent la parole de Dieu; nous vous parlons en toute sincérité, comme de la part de Dieu, devant Dieu, dans le Christ. » Après s'être excusé de paraître se recommander, quand il n’a besoin d'autre lettre de recommandation que l’église de Corinthe ellemême (II, 1-3), il explique les raisons de cette droiture confiante dont Dieu est l’unique auteur (4-6). Le ministère des apôtres, comparé à celui de Moïse, est tellement glorieux qu'il inspire naturellement l’assurance et la franchise (7-12). Aussi, les apôtres ne se voilent-ils pas la face pour parler au peuple, comme faisait Moïse dont le voile restera sur les yeux et sur le cœur de ceux qui le lisent jusqu'au jour de leur conversion finale (13-16). L'Esprit de Dieu est un esprit de liberté (17) et tous les fidèles, contemplant la gloire de Dieu face à face, se transforment en cette divine image (18). Les apôtres, eux, pénétrés de la dignité de leur mission, répudient toute feinte et tout déguisement (IV, 1-2). Il n’y a que les infidèles qui trouvent volontairement obscure leur prédication (3-6).
Loin de les rendre pusillanimes, le sentiment de leur faiblesse augmente leur confiance en Dieu (7). Périls de mort, la mort ellemême, rien ne les abat ni ne les décourage (8-15). Si leur corps tombe en ruines, leur homme intérieur se renouvelle de jour en jour (16) et la perspective des biens éternels les soutient et les anime. Ils savent qu’au sortir de cette tente périssable une demeure incorruptible les attend (V, 1). Sans doute, ils désireraient revêtir la gloire sans dépouiller la mortalité : ce qui n’est possible que si le Jour du Seigneur les trouve vivants (2-5); mais ils se résignent, heureux de sortir du corps pour être avec le Christ (6-8). Ils s'efforcent dans tout état de plaire à Dieu, sachant que nous devons tous paraître à son tribunal (9-10). C’est un nouveau motif de sincérité (11).
3. Arrogance et despotisme. — L’Apôtre aborde ce sujet délicat avec de nouvelles précautions oratoires (V, 12). Il justifie par deux raisons sa liberté apostolique travestie par ses ennemis. La charité de Jésus-Christ le presse et il ne veut connaître personne selon la chair (14-18). Il a recu la charge de réconcilier les hommes à Dieu et il doit remplir cet office (V, 19-VI, 2). Il trace ici l'idéal de l’ouvrier apostolique (VI, 3-10) et, pour joindre l’exemple à la théorie, il adresse aux Corinthiens une de ces exhortations vives qui ont amené entre eux et lui des dissentiments (VI, 11-VII, 1). Il proteste encore une fois qu’il n’a pas excédé en rigueur (VII, 2-3) et termine en racontant ce qui s’est passé entre son départ d'Éphèse et l'arrivée de Tite, qui lui rapportait de Corinthe des nouvelles si consolantes (4-16).