I. LES CIRCONSTANCES
Nous avons supposé avec la presque unanimité des critiques et des exégètes que le chapitre xv des Actes et Gal. 21-10 se rapportent au même événement. En effet :
1. Les acteurs sont les mêmes : Paul et Barnabé d’un côté, Pierre et Jacques de l’autre. A Paul et à Barnabé, Gal. 2? ajoute Tite compris dans le xai tiva; &kouç de saint Luc (Act. 15?) et Paul mentionne Jean, que Luc passe sous silence parce que Jean n’a pas à jouer un rôle actif.
2. Le débat est le même. On veut obliger à la circoncision les Gentils convertis. Luc nomme les auteurs de cette proposition (Act. 155) : ce sont d'anciens pharisiens; Paul les désigne vaguement sous le titre de faux frères et d’intrus (Gal. 24).
3. Le dénouement est le même. Les idées de Paul triomphent. Tite n’est pas circoncis (Gal. 26); on ne trouve rien à reprendre à la prédication paulinienne (Gal. 22); les apôtres reconnaissent expressément la liberté des Gentils et les déclarent exempts de la Loi(Act. 1519-22); les fauteurs de troubles sont désavoués (Act. 1525); les restrictions temporaires sanctionnées par les apôtres et qui seraient facilement acceptées par Paul ne concernent pas les églises de ce dernier (Act. 152?).
4. Le théâtre est le même : Antioche et Jérusalem. Paul se rend d’Antioche à Jérusalem chargé d’une mission officielle (Act. 152) et aussi poussé par une révélation (Gal. 22). Il est évident que ces deux motifs ne s’excluent pas.
5. La date est la même. Selon les Actes, la réunion de Jérusalem eut lieu entre la première mission de Paul et de Barnabé — qui commença après la mort d'Hérode (l’an 44) — et la seconde mission, dont le milieu est daté par la rencontre à Corinthe d’Aquila et de Priscille (Act. 182), c’està-dire entre 49 et 51. Suivant saint Paul (Gal. 2! comparé avec 18), elle coïncida avec la visite qu’il ft à Jérusalem quatorze ans — ou plus probablement dix-sept ans — après sa conversion. La conversion ne pouvant pas être antérieure à l’an 34, cela nous mène à la même date.
Il est facile de voir qu'aucun autre voyage de Paul à Jérusalem ne satisfait à toutes ces données. Aussi les diverses hypothèses imaginées pour disjoindre Act. 15 et Gal. 21-10 n’ont jamais contenté que leur inventeur. On pourra juger des tentatives de ce genre par le travail de Weber, Der heilige Paulus vom Apostelübereinkommen (Gal. 21-10) bis zum Apostelkonzil (Act. 15) dans Biblische Studien t. VI, 1901, p. 141-186. La question est très bien traitée par A. Steinmann (Die Abfassungszeit des Galaterbriefes, Munster, 1906) qui s'applique spécialement à réfuter Weber. A ce dernier s'étaient ralliés J. Belser (Zinleitung in das N. T. 1901) et Le Camus (L’'Œuvre des Apôtres, t. Il, 1905). — Parnu les auteurs protestants, Weizsäcker (Das apost. Zeitalier*, 1892) place le décret après le différend d’Antioche, Mac Giffert (History of Christianity în the Apostolic Age, Édimbourg, 1897) avant ce différend, mais après que Paul et Pierre eurent quitté Jérusalem, Harnack (Lukas der Arzt etc., 1906) dix ans plus tard, vers le temps où Paul achevait sa troisième mission. — Ramsay (Saïnt Paul etc., 1895), comme Weber et Belser, identifie le voyage de Gal. 21:10 avec celui dont il est question dans Act. 1150, Sanday lui à ré-
er.
pondu dans l’Expositor, 1896. — Malgré ces quelques voix discordantes, l'opinion que nous adoptons reste l’opinion commune.