I. DÉFINITION DU PAULINISME
L'évangile de Paul. — On entend par paulinisme ’enseignement du Docteur des Gentils considéré dans ses caractères particuliers et dans son enchainement organique. Comme ce mot répond à une idée juste et qu’il a pour lui d’être nécessaire, nous pensons qu'il y a tout avantage à le maintenir après l’avoir purgé de ses scories rationalistes.
Les différences de ton, d'idées, de style, qui donnent aux écrivains sacrés leur physionomie distinctive et leur individualité, frappèrent dès l’origine les historiens et les exégètes. On n’a qu’à relire, pour s’en convaincre, les préfaces où saint Jérôme caractérise les prophètes et les pages de saint Irénée, d'Eusèbe et des autres Pères, sur le symbolisme des quatre animaux d'Ézéchiel appliqué aux évangélistes. Il suffisait en effet d'ouvrir les yeux pour constater que le Livre de la Sagesse ne ressemble pas à l’Ecclésiaste, que le quatrième Évangile a une allure bien différente des trois Synoptiques et que saint Jacques ne se place pas au même point de vue que saint Paul. La prédication de celui-ci ne fut pas sans susciter d’abord quelque étonnement dans une fraction de la communauté chrétienne. Si on ne lui contestait pas le droit de prêcher aux Gentils, on était surpris qu'il les exemptât de la Loi mosaïque. Le cas fut jugé assez grave pour être déféré aux apôtres et à l’église-mère de Jérusalem. Là, Paul eut gain de cause; mais cette victoire ne le mit pas à l'abri des calomnies et des manœuvres hostiles auxquelles il fut en
butte toute sa vie. Longtemps après, Jacques s’émut de ces THÉOLOGIE DE SAINT PAUL. — T. 1I, 3
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imputations et Paul, conseillé par lui, jugea bon de Die en acte son respect persistant pour les institutions religieuses de son peuple. Cela ne prouve nullement que Paul ait enseigné une doctrine à part, ni qu'il y ait eu, dans l'Église primitive, chaire contre chaire et autel contre autel; mais cela prouve au moins que tous les prédicateurs de l'Évangile ne donnaient pas à l’abolition de la Loi, à la liberté des Gentils et à leur parfaite égalité avec les Juifs, le même relief et la même emphase : autrement les discussions, les dissentiments, les malentendus, au lieu de se perpétuer, eussent été tranchés à la racine.
Il n’y a pas deux Évangiles, deux messages du salut!. L'Évangile véritable, le seul, est celui que Paul enseigne d'accord avec tous les apôtres?. Anathème à quiconque en prêche un autre ! Mais non; ce n’est pas un autre Évangile, « ce n’est rien autre [chose] sinon que quelques-uns sèment le trouble parmi vous et veulent renverser l'Évangile du Christ? »: L’Apôtre concèdeironiquement aux Corinthiens qu'ils auraient raison de prêter l'oreille à ses adversaires si ces derniers prêéchaient un autre Christ, conféraient un autre Esprit, annonçaient un autre Évangile; mais c’est là une hypothèse absurde qui se détruit par son simple exposé: car il n’y a qu'un Évangile, comme il n’y a qu’un Christ et qu'un Esprit- Saint. S'il n’y a pas deux Évangiles, il ya cependant plusieurs manières de prêcher le même Évangile, suivant les temps, les lieux et les personnes. Paul dit avoir reçu en partage l'évangile de l’incirconcision, comme Pierre celui de la circoncision 5, D’après beaucoup d’exégètes, l'Évangile ne serait jamais que le message du salut, ou, plus exactement, le contenu de ce message; ce serait toujours l'Évangile préché et jamais la prédication de l'Évangile. Admettons néanmoins que l'explication de Tertullien soit juste : Non ut aliud aliter, sed ut alter aliis prædicet; que « l’évangile de l’incirconcision » soit la prédication aux incirconcis et que les deux apôtres délimitent d’un commun accord non pas le champ exclusif de leur apostolat — ni l’un ni l’autre ne le
1. Voir ci-après les notes As, p. 57-60 et B:, p. 61-66. 2. 1 Cor. 1511, — 3, Gal. 16-7, — 4. 2 Cor. 114: — 5. Gal. 28,