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I. L'ÉVANGILE EN DEHORS DE SAINT PAUL

É ÆEmploi du mot. — Sans être spécial à Paul, le mot « évangile » est si caractéristique chez lui qu'il convient de Tétudier un peu en détail. Il revient 60 fois dans ses Épiîtres contre 16 fois ailleurs (Mat., 4 fois; Marc, 8 fois; Actes, 2 fois; de plus 1 Petr. 417 et Apoc. 14$). Le verbe CET paraît 20 fois dans $S. Paul contre 33 fois ailleurs (Luc, 25 fois; 1 Petr., 3 fois; Hebr., 2 fois; Apoc., 2 fois; de plus Mat. 115). — On constate que S. Jean ne fait usage ni de l’un ni de autre (sauf dans l’Apocalypse, 1 fois pour le substantif et 2 fois pour le verbe, employé par exception à la voix active); que S. Luc emploie fréquemment le verbe et évite à dessein le substantif, car il ne s’en sert que deux fois et cela dans un discours de Pierre (Act. 15°) et dans un discours de Paul (Act. 202). L'absence du mot « évangile » dans S. Jean, dans S. Luc et dans l’Épître aux Hébreux est d'autant plus extraordinaire que ce terme fit partie de très bonne heure de la langue chrétienne. Serait-ce parce que le sens de « bonne nouvelle » — sens assez rare à toutes les époques — n’était pas encore suffisamment entré dans l’usage du public non chrétien?

2. Sens du mot dans les Synoptiques. — Ebayytkiov — au singulier dans Homère, au pluriel dans le dialecte attique — signifiait le présent donné au porteur d'une bonne nouvelle ou bien le sacrifice offert à l’occasion d’une bonne nouvelle. Plus tard, il se dit aussi de la bonne nouvelle elle-même; mais cette acception, qui n’a pas été constatée antérieurement au temps d’Auguste, est étrangère à la langue des Septante, car dans 2 Sam. 4!° et 18°? le sens est « cadeau pour une bonne nouvelle » et dans 2? Sam. 18% il faut à peu près sûrement lire eèayyekle, au féminin (comme dans 2 Sam. 182%?) au lieu de edayyélta (Swete).

La comparaison des Synoptiques est curieuse et instructive.

a) 11 : rù edayyéhov ’Incoÿ Xp.

b) 114 : à edüayyEktov Toù Ocoù €) 115 : rù etayyékov |

Marc | MATTHIEU Luc

d) 7 (425 : ro eday. tic Basthetac (413) 985 : rù ebay. Ths Baorkelac

e) 835: Evexev éoÿ mai ToÙ eday. |(1625) (924)

f) 1029 : Evene époÿ xaù Ev. Toÿ eù. | (1929) (1829)

g) 1310 : rù edayyéltov QALE : to ebay. the Baorhetas

R) 149: rù edayyékiov 2618 : td eÜayyélov Toto

4) 165 : To sdayyéhov

S. Marc, six fois sur huit (ce f g h à), dit Evangile tout court, comme s’il s'agissait d’une notion bien connue. Une fois seulement (a), c’est « l'Évangile de J.-C. » et une autre fois (6) « l’ivangile de Dieu ».S. Matthieu a trois fois sur quatre (d formant tloublet et g) la formule stéréo-

typée « l'Évangile du royaume ». S. Luc évite le mot dans les trois cas (d e f) où son texte court parallèlement à celui des autres Synoptiques.

La première fois que S. Marc parle de l'Évangile (après sa préface) il en définit le contenu, 111-15 : « Postquam traditus est Joannes, venit Jesus in Galilæam, prædicans Evangelium regni Dei et dicens : Quoniam impletum est tempus, et appropinquavit regnum Dei : pœænitemini et credite Evangelio. » M. Harnack restreint trop le contenu de l'Évangile lorsqu'il le place uniquement dans l’approche du royaume : « Dass die Zeit erfüllt und die Gottesherrschaft nahegekommen ist, muss der Inhalt des Evangeliums sein (Entstehung und Entwickelung der Kirchenverfassung, etc. Leipzig, 1910, p. 202). In dem ganzen Buch bedeutet Evangelium das Evangelium von der Nähe des Reichs (Ibid. p. 205). » Non, l'Évangile n’est pas seulement l'approche du royaume; c’estplutôt le royaume qui approche. En effet: A) Dans Marc, 8% et 10?, Jésus dit: Celui qui sacrifiera tout pour moi et pour l'Evangile recevra le centuple. Est-il possible d’expliquer : pour l’approche du royaume de Dieu? — B)S. Matthieu, dans les passages parallèles (162; 19*?), supprime le mot « Évangile », sans doute parce qu'il le considère comme implicitement contenu dans le Christ dont l'Evangile est le message. — C)S$. Luc fait de même une fois (92), tandis que l’autre fois (18?) il remplace Evene to edbayyehlou par Evexev ris BaotAclas toù Ocod, considérant le contenu de l'Evangile comme égal en extension au royaume lui: même. — D) Quel que soit le sens précis du titre de S. Marc (’Apyà rod edxyyeAlov ?I. X.), ilne favorise pas la thèse de M. Harnack.

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