‹ La théologie de Saint PaulChapitre 368 sur 630 · Rom. 323 et 3°. — 3. Rom · texte numérisé non relu

Rom. 323 et 3°. — 3. Rom

les Juifs, malgré leurs incontestables prérogatives, ne possèdent en face du péché et de la justice surnaturelle aucun avantage sur les Gentils objet de leurs dédains.

Un phénomène général doït remonter à la même cause et l’on pouvait penser que l’Apôtre, après avoir décrit le débordement du mal, en marquerait la source commune. Mais deux idées subsidiaires l’entraînent ailleurs : il est pressé de conclure que l'Évangile promet et donne ce que la Loi faisait espérer en vain?; et il ne veut pas laisser le lecteur sous l'impression que le salut apporté par l'Évangile soit en contradiction avec la Loi. Aussi, lorsqu'il aborde l’origine du péché, il ne la met point en rapport direct avec la corruption morale dont il vient de tracer le sombre tableau ; il se contente de la mettre en parallèle avec l’origine de la justice qu'elle éclaire par analogie #. C’est aller du plus connu au moins connu et procéder selon les règles de la logique. Aueun Juif, en effet, ni aucun prosélyte ne pouvait ignorer l’histoire de la création et de la chute, et il n’est point douteux que cette histoire ne fit partie des doctrines élémentaires enseignées à tout catéchumène sorti des rangs des Gentils.

Or, du récit génésiaque, il ressort clairement que la désobéissance d'Adam attira sur l'humanité la mort, l’inimitié de Dieu et un lot de misères dont la plus humiliante est la révolte des sens. Formé d'éléments périssables, l’homme trouvait dans l'arbre de vie un antidote à sa corruptibilité native ; c’est Le péché qui, le bannissant du paradis terrestre, fait tomber sur lui et sur sa race le fatal arrêt de mort. Alors, à la place de la familiarité divine et des prévenantes faveurs dont il était comblé, il voit fondre sur lui malédictions sur malédictions : infertilité du sol, dure loi du travail, exil loin de la face de Dieu. Créés dans la droiture et l'innocence, Adam et Êve ne portaient pas en eux les germes de la perversion morale; il fallut que la suggestion au mal leur vint du dehors; mais le péché rompit aussitôt l'harmonie de leurs facultés et leur ôta la domination sur les puissances inférieures ; avec le sentiment de la pudeur, naquit en eux la

1. Rom. 21; 226; 39; 327, — 2, Rom. 321-26, 3. Rom. 313 et tout le chapitre 5. — 4, Rom. 512-21,

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concupiscence. Sans spéculer beaucoup sur ces trois données scripturaires, tout lecteur sensé conclura qu’une pénalité commune implique une offense commune, que la perte de l'amitié divine suppose un état antérieur de faveur et de grâce, que pour entrainer sur tous ses descendants une sentence de condamnation, Adam devait les représenter à un titre que ne lui conférait pas la seule qualité de premier homme, qu'il y avait donc, dans les desseins de Dieu, entre Adam et sa race, une union de solidarité, assez peu conforme à nos idées modernes d’individualisme à outrance, mais très accessible à la pensée antique. Aussi, le dogme de la déchéance originelle ne pouvait causer aucun embarras aux contemporains de Paul puisqu'ils admettaient sans balancer, sur la foi des Écritures, que la désobéissance d’Adam nous a valu la mort, le penchant au mal et Les tristes conditions de l’humanité actuelle. Les fables puériles, surajoutées plus tard au fond biblique par les rédacteurs du Talmud, n’altéraient pas l'essence du dogme.

Paul n’a donc point en vue de prouver la chute originelle ;

il la suppose connue, comme il suppose connu le rapport de

solidarité sans lequel la chute originelle seraitinintelligible ; mais il se sert des deux idées pour expliquer l’œuvre du relèvement. En effet, la réversibilité des démérites dans la personne d'Adam éclaire la réversibilité des mérites dans la personne du Christ, pourvu que la première vérité soit audessus de toute contestation et qu'il existe entre Adam et le Christ une relation aisément admissible. Cela posé, l’enseignement de l’Apôtre se résume ainsi : Le péché dérive d'Adam ; la mort dérive du péché.

1. Le péché dérive d'Adam. « Par un seul homme le péché est entré dans le monde. » Cet homme est évidemment notre premier père; le péché est la puissance du mal que Jésus- Christ viendra détruire; le monde désigne le genre humain et l'entrée du péché n’est pas une apparition isolée et pas-

: sagère, mais une invasion triomphale. Le péché ne se propage

pas seulement par imitation, par la contagion de l’exemple ; il se transmet héréditairement. « Par la faute d’un seul », ou,

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