Rom. 518, Voir t. I, p
9, Rom. 519 : Gomep yap Dià Tic rapaxoñs To Évos &vÜpwrou &paptwot xaTEctäbnoav of moXdof, obtwc xui Où The Umaxoñc roù évoc Olxator rataotrabiñoovrat oi root. — L'expression oi noïoi est très difficile à rendre en français et plus encore en latin. Si l'on met plusieurs (Osterwald) on laisse entendre à tort que ce n’est pas tous; si l'on met fous (Crampon) on commente au lieu de {raduire; si l’on dit La plupart (Oltramare) on exclut mal à propos l’universalité; si l'on dit les plusieurs (Godet) on obtient l'exactitude aux dépens de la correction; peut-être beaucoup (Segond) rend-il mieux la vraie nuance, à condition de n'être pas exclusif. IL est évident que par oi xoXof (ici comme dans Rom. 1215 ; 1 Cor. 1017) Paul veut dire tous, mais ce n’est pas la fofalité qui est l’idée saillante, c’est la multiplicité en tant qu'opposée à l'unité. La périphrase fous malgré leur nombre met cette idée en relief.
On remarquera que la comparaison contient dans ses deux membres troïs termes identiques : A) étre constitué (xadioracôa), B) tous malgré leur nombre (ot xoXoi), C) un seul homme (roÿ évès &vôpwmov) et deuxtermes antithétiques : E) l'obéissance opposée à la désobéissance (braxof et rapaxoñ), F) juste opposé à pécheur (ôtxaor et äpartwdoi). — Le sens de xabiornu n’est pas douteux. Construit avec ec il signifie « établir, mettre dans une position, dans unétat »; par ex. ei &oxñv, els &moptav, « établir chef, mettre dans l'embarras ». Construit avec deux accusatifs (dont l’un, au passif, devient sujet et l’autre prédicat) il signifie « établir, instituer, constituer, rendre quelqu'un ceci ou cela » : molle pe Épnuoy xat ämopoy xatéstnoey (Platon, Phil, 16 B). Les deux autres exemples du N. T. sont clairs. Jac. 4 : « Quicumque voluerit amicus esse sæculi hujus, inimicus Dei constituitur » (xaiotarui = est vraiment rendu tel). 2 Petr. 18 : «Hæc (la patience, la piété, la charité, etc.) si vobiscum adsint, et superent, non vacuos, nec sine fructu vos constituent » (xadiornauv —= vous rendent, vous font).
I1 semble donc que le seul sens possible de notre texte sera celui-ci : tous serontrendusjustes. Le verbe employé par l'Apôtre, outre le résultat (qui serait marqué par yiyvsoûa devenir), indique la relation de cause à effet (à rüc mapaxoñc toù vos). Les commentateurs catholiques (Estius, Bisping, Van Steenkiste, Cornely, Schäfer, etc.) ont doncraison d’aflirmer que le dogme du péché originel et celui de la justice réelle ressortent de ce texte avec une égale évidence, Beaucoup d’exégètes protestants en conviennent, au moins pour ce qui a trait au péché originel. Ainsi Olshausen (nicht die personnellen Uebertretungen der einzelnen Menschen, sondern der Ungehorsam Adams allein war der Grund, dass alle Sänder wurden); Luthardt (dans Kurzgef. Kommentar : « constituli sunt, in diese Stellung gekommen durch fremdes Verhalten »). Sanday remarque très à propos que les effets de la chute d'Adam doivent être interprétés par 5!2-14, et ceux de la mort du Christ par 51-2; il cite un excellent exemple de Xénophon pour le sens de xabornw. — Godet, qui dans sa première édition expliquait : « ont été rendus pécheurs », modifie un peu cette interprétation dans la seconde, p. 527. Il prétend que l'expression dit moins que étre rendus pécheurs, mais qu'elle
Qu'on tourmente ce texte tant qu’on voudra, on n’en tirera jamais que ce qu’il proclame bien haut, savoir que tous les hommes ont été établis, faits ou rendus pécheurs par un seul acte de désobéissance, la transgression d'Adam. Traduirat-on, avec certains interprètes, « regardés, traités comme pécheurs »? Solution désespérée qui se heurte à la double impossibilité de concevoir que Dieu regarde et traite comme pécheurs ceux qui ne le sont pas réellement et de trouver un sens raisonnable à cette locution « traités, regardés comme pécheurs par (4) la désobéissance d'Adam ».
2. La mort dérive du péché, « La mort passa en tous les hommes parce que tous avaient péché. » Il ne s’agit pas des péchés personnels, mais d’un péché unique commun à tous. En effet, si l’Apôtre parlait ici des péchés actuels, il assignerait à la mort une origine différente de celle qu'il assignait au commencement de la phrase : « Par un seul homme Le péché entra dans le monde et par le péché la mort. » Il lui assignerait une origine notoirement fausse, puisqu’ilest constant que tousles hommes meurent et que tous ne sont pas coupables de péchés actuels. Il luiassignerait une cause réfutée par lui-même, car il ajoute aussitôt que « le péché n’est pas imputé » comme digne de mort « à défaut d’une loi » prononçant contre lui la peine de mort et que « néanmoins la mort a régné même sur ceux qui n'avaient pas péché à l’imitation de la transgression d'Adam », en d’autres termes « qui n'étaient pas coupables de péchés actuels ». Faut-il donc s'étonner que les meilleurs commentateurs protestants et rationalistes, quand ils font œuvre d’exégètes et non de théologiens, adoptent notre explication, toute contraire qu’elle puisse être à leurs préventions et à leurs systèmes, parce dit plus que étre traités comme pécheurs : « Paul veut dire que les descendants d'Adam, sans avoir participé comme individus distincts au péché
de leur premier père, ont cependant été mis par là devant Dieu dans la position d'êtres qui y ont pris part d’une certaine manière; de là, il est ré-
‘ sulté qu'ils ont été traités comme pécheurs, quoiqu’ils ne le fussent pas à
la façon d'Adam lui-même. » Dans ces explications subtiles et embarrassées se fait jour la préoccupation de trouver dans le péché originel une imputation qui réponde à la justice imputative : préoccupation encore plus sensible chez Zahn (p. 284-285) etchez Weiss (Meyer's Kommentar ?, p. 257),
1. Sur ce texte voir t. I, p. 297-9, Stevens (The Pauline Theology ?, New-York, 1906, p. 127-133) traite bien ce point,
qu’elle apparaît comme la seule rationnelle et la seule conforme à l'intention manifeste de l’Apôtre?
La transmission du péché d’origine a pour pendant la diffusion de la justice du Christ. Il faut s’en tenir à cette analogie. Jésus-Christ chef et représentant moral de l’humanité agit au nom et au profit de toute la race ; le mérite qu'il gagne pour lui et pour nous est acquis en droit et en principe une fois pour toutes et n’attend pour se communiquer que notre union de fait avec le rédempteur par la foi et par le baptême. Ainsi la privation de la grâce originelle est consommée en droit et en principe par la désobéissance d'Adam agissant au nom et au détriment de toute sa postérité; elle n'attend pour se répandre que notre entrée réelle dans la famille humaine par le fait de la génération naturelle. S'il reste toujours dans cette solidarité du mérite et du démérite quelque chose de mystérieux, le mystère est le même des deux côtés; mais l'explication de ce mystère n’est pas du ressort de l’exégète.
Extension du péché. — Une fois entré dans le monde et solidement établi au cœur de la place, le péché y règne en despote. L'empire du mal s'accroît et se dilate de plus en plus. La corruption du cœur gagne l'esprit et la perversion de l'esprit accélère celle des mœurs. Aïnsi s'explique, aux yeux de saint Paul, le progrès de l'idolâtrie et le débordement du vice. L’être divin, perçu à travers le voile de la création et au fond de la conscience, imposait à l’homme un triple devoir : chercher Dieu entrevu par la raison, l'honorer après l’avoir trouvé, le remercier de ses bienfaits afin de se le rendre propice. Loin de là, les païens, égarés par leurs instincts dépravés, méprisèrent le bonheur de connaïtre Dieu, enchainèrent la vérité pour ne pas entendre sa voix importune, prostituèrent les honneurs divins aux créatures les plus abjectes, poussèrent le dérèglement jusqu’à se complaire dans le mensonge et dans la malice. Aussi, la peine du talion tomba-t-elle sur eux, terrible, inexorable. Premièrement leur raison s’obscurcit, leurs pensées devinrent vaines, ils furent le jouet d'illusions et de sophismes, leur folie devint d'autant plus incurable qu'ils se targuaient de plus
de sagesse. L'aveuglement de leur esprit, joint à l’endurcissement de leur cœur, les livra aux passions impures; ils se vouèrent eux-mêmes à l’ignominie et se firent, sans le vouloir, les exécuteurs des vengeances divines!. Finalement, comme ils avaient abandonné Dieu, Dieu les abandonna à leur sens réprouvé,; ils furent « pleins d’iniquité, de méchanceté, de convoitise, de malice, d'envie, de meurtre, de dissension, d’astuce, de fourberie; détracteurs, médisants, impies, insolents, orgueilleux, fanfarons, inventeurs de crimes, rebelles à leurs parents; sans intelligence, sans loyauté, sans affection, sans miséricorde? ».
Ce tableau a été souvent rapproché de celui que trace l’auteur de la Sagesse. S'il n’y a point dépendance littéraire proprement dite ni même imitation voulue, il est difficile de n’y pas voir une réminiscence. L’absurdité du polythéisme et l’inconduite des païens révoltaient partout le sens moral des Juifs. Ce qui distingue Paul de ses compatriotes c’est qu’en flétrissant avec une extrême vigueur les vices des Gentils il sympathise avec leurs personnes, qu’il établit leur culpabilité sur les bases de la moralité naturelle, au lieu de la fonder sur l'ignorance de la Loi, qu’il explique le progrès de l'idolâtrie et du dévergondage par une sorte de processus psychologique servant à la fois de châtiment et de remède et faisant sortir le bien de l’excès même du mal.
On a soutenu qu’infidèle à ses propres maximes il ne rattacherait pas la corruption générale de l'humanité à la chute originelle. Mais que signifie donc cette phrase? « Nous aussi nous marchions tous autrefois dans nos désirs charnels, faisant la volonté de la chair et des pensées [mauvaises] et nous étions par nature fils de colère tout comme les autresi. » De