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1. Peut-être l'Épitre à Philémon (19) doit-elle être exceptée; mais il n'y à pas lieu d'étendre l'exception à l'Épitre aux Galates (611). Nous connaissons un des secrétaires de Paul, Tertius (Rom. 1622). Renan (Saint Paul, p. 232) en sait beaucoup plus long : « Timothée se forma vite à remplir auprès de son maître les fonctions de secrétaire, et, comme sa langue devait un peu ressembler à celle de Paul, il le remplaça fréquemment. Il est probable que dans les Épitres et peut-être dans les Actes nous avons plus d’une page de Timothée : telle était la modestie de cet homme rare que nous n'avons aucun signe certain pour les retrouver. » Aucune note ne justifie cette assertion extraordinaire qui témoigne, chez son -auteur, d’une imagination peu commune.
un ton oratoire et un langage châtié; ni le fait de n'être pas publiée : il est des épiîtres, destinées par leurs auteurs à la publicité, qui n’ont jamais vu le jour; et telle lettre exhumée des vieilles cités égyptiennes a eu récemment les honneurs d’une publicité à laquelle son auteur ne s'attendait guère. Ce qui distingue la lettre de l’épître c'est que l’une est une composition destinée au public et l’autre une communication intime et privée.
Il ne faut pas s'imaginer que les anciens fussent moins que nous jaloux d’assurer le secret des lettres. Les Romains scellaient dans le plomb, la poix ou la cire, les extrémités du cordon qui assujettissait leurs tablettes, pour en soustraire le contenu aux regards indiscrets ; les Grecs poussaient souvent la précaution jusqu’à introduire ce lien à travers les spires du rouleau de papyrus qu’on ne pouvait plus violer sans le déchirer; enfin les habitants de la Chaldée et de l’Assyrie recouvraient leurs correspondances d’une enveloppe d'argile qui, une fois durcie au feu, ne cédait qu'au marteau. Toute lettre véritable est secrète de sa nature. Bien qu’elle soit la propriété du destinataire, celui-ci n’a jamais eu le droit de la publier du
vivant et sans l’acrément de son correspondant. Les lettres - O
fictives ne sont pas des lettres, les lettres publiques non plus; et les lettres ouvertes sont si peu des lettres qu’on ne prend pas toujours la peine de les envoyer à leur destinataire. Mais, entre ces genres extrêmes, il est des nuances infinies. Il y a la lettre circulaire, parfois si voisine de l’épître qu'elle s’en distingue à peine. Il y a la lettre collective, qui tourne si aisément à l’épître. Il y a la lettre où l’auteur, n’entendant pas restreindre à un seul lecteur le bénéfice de sa composition, vise un public plus étendu par-dessus le destinataire effectif. Il y a enfin la lettre dont on prévoit la divulgation et qui perd d'autant plus de son caractère intime et privé que l'écrivain est obsédé davantage par la perspective d’un public indéterminé. Cicéron a très bien observé ce phénomène psychologique !. Qui peut douter que la préoccupation
1. Ad familiar. xv, 21, 4 : Aliter enim scribimus quod eos solos quibus mittimus, aliter quod multos lecturos putamus.
des lecteurs étrangers n'ait quelquefois fait dévier la plume de nos plus célèbres épistolaires? Leurs lettres sont des épîtres dans la mesure où l’image d’un public possible flotte devant leur pensée.
C’est à l'un de ces genres intermédiaires qu'appartiennent toutes les lettres de Paul. Que manque-t-il à cette page charmante qu'est le billet à Philémon pour être une lettre dans toute la force du terme? Quoi de plus familier, de plus personnel, de plus vivant? Paul y paraît en ami, en père, plutôt qu'en apôtre. Cependant, à y regarder de près, il associe à Philémon, outre Appia et Archippe qui peuvent être de la famille, toute la communauté chrétienne. C’est donc une lettre collective. Aussi l’Apôtre passe-t-il naturellement et sans y songer du singulier au pluriel : « Prépare-moi un logement, car j'espère vous être bientôt rendu?. » Il n’aura pas cru nécessaire de la fermer; il a dû la remettre ouverte aux mains d'Onésime qui n’en pouvait ignorer le contenu.
Les Pastorales sont des lettres d'administration. Paul les écrit en vertu de son autorité apostolique # et il y parle à ses délégués comme un supérieur à ses mandataires. Peut-être contenaient-elles des détails trop intimes pour être lues intégralement à l’église en présence des principaux intéressés, mais il est certain que Paul, dans sa pensée, joint toujours à Tite et à Timothée la communauté chrétienne dont ils ont temporairement la charge. Oubliant parfois qu'il s'adresse à un seul correspondant, il généralise ses avis et ses ordres; il salue directement l’église d'Éphèse et celle de Crète; il va du singulier au pluriel avec une facilité extrême : « Que la grâce
soit avec vous À » ou : « avec vous tous Ÿ ». Si cela ne suffit pas :
pour ôter aux Pastorales le caractère de véritables lettres, cela montre du moins que l’Apôtre, soit qu'il prêche soit qu'il écrive, souhaite à sa parole le plus de retentissement possible, que ses communications ne sont pas d'ordre tout à fait privé et que, loin de fuir la publicité, il l'appelle de tous ses vœux.
Les lettres aux Thessaloniciens, aux Galates et aux Philip-
1. Philem. 2. — 2. 7b. 22. — 3. Ilaÿkos &néotohocs en tête des trois. 4, 2 Tim. 422, — 5, Tit. 315,
piens ont cela de commun avec le billet à Philémon et les Pastorales qu’elles doivent leur existence à un besoin passager des destinataires et qu’elles n'auraient pas été écrites si Paul avait pu se rendre en personne auprès de ses néophytes. A ce point de vue, ce sont aussi de véritables lettres. Mais si elles eurent à l’origine un caractère personnel, elles n'ont rien de secret. L'Apôtre prévoit qu'elles circuleront et il n'a garde de s’y opposer. Sachant que ses lettres passent de main en main ?, il a soin de prémunir les fidèles contre les faussaires et il coupe court aux supercheries en envoyant un spécimen de son écriture?; mais l’idée ne lui vient pas d’arrêter cette divulgation qui, au contraire, comble ses désirs.
Par la nature de leur contenu, celles qu’il adressait aux Corinthiens et aux Colossiens semblaient ne pas devoir sortir de ces églises. Il y reprend sévèrement les coupables; il corrige les désordres de Corinthe avec une rigueur dont il fut tenté de se repentir; il condamne sans ménagement les erreurs des Colossiens. Cependant il exige que la lettre envoyée aux fidèles de Colosses soit communiquée aux chrétiens de Laodicée qui en retour enverront celle dont ils sont les dépositaires *. Les lettres de Paul circulent de son vivant — et par ses, ordres — dans les autres églises. Les Corinthiens pouvaient-ils garder le dépôt exclusif de lettres destinées « aux saints de toute l’Achaïe 4 » ou même, par delà l'horizon étroit de la Grèce, « à tous ceux qui invoquent le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en quelque lieu que ce soit 5 » ?
Si la lettre est d'autant moins lettre que le destinataire est moins déterminé et l'objet de la correspondance moins personnel, celle que Paul adresse aux Romains devrait plutôt s’appeler épître. Paul écrit à une église qu’il ne connaît encore que de réputation et, sauf le motif de préparer le terrain d’un prochain apostolat, on ne voit point Pourquoi il expose aux Romains de préférence à d’autres sa thèse sur la justification et sur les rapports entre la Loi et l'Evangile. En qualité de circulaire, l'Épître aux Éphésiens est plus impersonnelle encore et ses destinataires plus indéterminés. Pour sentir la différence
1. 2 Thess. 2?. — 9. 76. 318.3, Col. 416. — 4. 2 Cor. L!. —5. 1 Cor:.12. THÉOLOGIE DE SAINT PAUL f'
qui existe entre ces deux genres décrits, iln’y a qu’à comparer ensemble les Épîtres aux Romains et aux Galates d’une part et les Épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens de l’autre.
Pluriel épistolaire. — Paul a coutume d'inscrire en tête de ses lettres le nom de ses compagnons d'apostolat. Ce fait n’est pas sans portée dans la question présente : il ôte au caractère personnel et privé de ses correspondances et les transforme pour ainsi dire en documents semi-officiels, susceptibles d’une publicité de plus en plus large. Non pas qu'il faille attacher trop d'importance à l'emploi du pluriel au lieu du singulier. Si la théorie d’après laquelle Paul, lorsqu'il parle de lui au pluriel, s'associe toujours mentalement soit les chrétiens en général soit ses compagnons d’apostolat, est insoutenable, il faut des prodiges de subtilité — et d'une subtilité de mauvais aloi — pour découvrir dans ce « nous » une nuance de modestie ou d'autorité, ou quelque autre intention spéciale. Cette figure de rhétorique était si commune chez les contemporains lettrés et illettrés du grand Apôtre qu’elle avait perdu toute signification particulière !.
Arrivés au bout de notre enquête, nous avons le droit de conclure que tous les écrits de Paul sont de vraies lettres, réellement envoyées à leurs destinataires pour suppléer l’absence de l’Apôtre et parer à des nécessités plus ou moins urgentes. Mais, ni dans les vues de l’auteur ni aux yeux de ses correspondants, elles n'étaient faites pour rester la propriété exclusive d’une famille ou d'une église; elles devaient prolonger dans le temps et l’espace la prédication de Paul; c'étaient des épîtres que les communautés chrétiennes. s'empressèrent de collectionner et qu'elles prirent de bonne heure l'habitude de lire publiquement dans les réunions liturgiques.
1. Exemples dans Moulton, À Grammar of New Testament Greek, t. I (1906), p. 86. IL existe sur le sujet une thèse de Dick, Der schriftstellerische Plural bei Paulus, Halle, 1899. Le mélange continuel du singulier et du pluriel dans un chapitre (2 Cor. 10) où Paul parle certainement de sa personne et où il se distingue formellement de tous ses compagnons (2 Cor. 101 : Adrèç 6è ëy® Ilaÿaoç), défie toute théorie et ne s'explique que par l’usage du temps.
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On distingue dans les Épîtres de saint Paul quatre parties qui peuvent se subdiviser encore : la suscription, l'entrée en matière, le corps de la lettre, la conclusion.
1. La suscription. — Les suscriptions comprennent toujours trois parties se succédant dans l’ordre suivant : A) Nom et qualité des correspondants; B) noms, titres et éloges des destinataires; C) souhaits de Paul et de ses compagnons.
À )Paul se donne ordinairement le titre d’apôtre (sauf 1 et 2 Thess., Phil. et Philem.). Le plus souvent il s’adjoint des compagnons : a) Timothée, avec le titre de frère (2 Cor., Col., Philem.), de serviteur de J.-C. (Phil.), sans titre (1 et 2 Thess.); b) Sosthène, avec le titre de frère (1 Cor.); c) Silvain ou Silas, sans titre mais avant Timothée (1 et ? Thess.); d) fous les fidèles qui sont avec lui (Gal.). B) Quand elles ne sont pas personnelles, comme les Pastorales, les Épîtres sont adressées : à une église particulière (1 et 2 Thess.) ou aux églises T d’une région (Gal.) ou aux membres d’une église (Rom., Col.) ou aux fidèles et au clergé (Phil.) ou à une église spéciale et à tous les chrétiens d’une province (2 Cor.) ou à une église et à ses membres, ainsi qu'aux chrétiens du monde entier (1 Cor.) ou à des particuliers en même temps qu’à l’église locale (Philem.). Même dans les lettres personnelles il y a un salut pour l’église. La mention des destinataires, collectifs ou individuels, j est toujours suivie d’un éloge ou d’épithètes honorifiques (sauf Gal.). C) Les biens souhaités aux destinataires sont la grâce et la paix (1 et 2 Tim. ajoutent la miséricorde). Ces biens sont décrits comme venant de Dieu notre Père (Col.) ou de Dieu notre Père et du Seigneur J.-C. (2 Thess., 1 et 2 Cor., Rom., Eph., Phil., Philem.) ou de Dieu le Père et de N.-S. J.-C. (Gal., 1 et ? Tim., Tit.). 1 Thess. n'indique pas la provenance, 2. L'entrée en malière. — Les lettres de Paul (excepté Gal., 1 Tim. et Tit.) débutent par un acte de remerciement (ebyaptor& T® Oe&, Rom., 1 Cor., Phil., Philem.; eüyanioroëuev, Col., 1 Thess.; edyapiotetv ôpetrouev, 14 2 Thess.; xéptv Eyw, 2 Tim.) ou une sorte de doxologie (esühoynrèc 6 Oeéc, 2 Cor., Eph.). L’absence de cette formule dans l’Épître aux Galates et la substitution d’une formule de reproche (auuétw) s’expliquent par l'émotion indignée de Paul aux nouvelles fraîchement reçues de Galatie. Le ton plus familier des Pastorales peut rendre compte de l’exorde ex abrupto - dans l’Épiître à Tite et la première à Timothée. — A l’action de grâces se rattache naturellement l'éloge des destinataires, quelques souvenirs du passé, des détails sur les conjonctures présentes, heureuses ou tristes, car tout sert à Paul de motif de remerciement. Parfois l’action de grâces se prolonge au point d’envahir la plus grande partie de l’Épître et d’en constituer le cadre (1 Thess.); d’autres fois elle est nettement séparée du corps de la lettre (1 Cor., 2 Cor., Phil.); le plus souvent elle finit par se perdre dans le sujet principal qu’elle amène insensiblement (Rom., Eph., Col., ? Thess., 2 Tim., Philem.)..
3. Le corps de la lettre. — L'ossature interne de l’Épitre est naturellement très variée suivant la différence des sujets à traiter. Lorsque le
sujet est une thèse (comme dans Rom., Gal., Eph. et Col.), la proposition est généralement énoncée dès le début après l’entrée en matière et les autres préliminaires : Rom. 117; Gal. 216; Eph. 122-3; Col. 15-18. Le développement théologique est méthodique et régulier dans les Épitres aux Romains et aux Galates; il est plus libre et plus oratoire dans les Épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens. Les lettres à thèse présentent cette particularité que la morale est nettement séparée du dogme, de sorte que la division y est binaire (Rom. 1x1 et xu-xvi; Gal. 1-1v et v-vi; Eph. ur et iv-vi; Col. 1-1 et mr-1v). Les lettres à sujet multiple, telles que les Épiîtres aux Corinthiens et les Pastorales, ne se laissent pas diviser suivant ce principe; car la parénèse y est aussi multiple que le dogme. On peut distinguer deux parties dans la première aux Corinthiens (1r-vr, abus; vIL-Xv1, réponse aux doutes et aux questions), trois dans la seconde aux Corinthiens (1-vu, apologie; vir-ix, collecte; x-xtu, polémique). La division deviendra aussi ternaire dans l’Épiître aux Galates si l’on considère l’historique, qui remplit presque entièrement les deux premiers chapitres, comme une section à part. Elle est peu apparente dans les autres Epitres. Elle n'existe pas dans le billet à Philémon.
4. La conclusion. — Cette partie de l’Épiître est très caractéristique. Elle débute en général par des communications personnelles, des nouvelles d'ordre intime, accompagnées d’une recommandation en faveur du messager. Puis vient d'ordinaire une liste plus ou moins longue de salutations. À ce moment, Paul saisit lui-même la plume et ajoute quelques mots ou quelques phrases de sa propre main. On peut prendre la conclusion de l’Épitre aux Colossiens comme exemple typique ; mais chaque Épiître a ses particularités intéressantes.