RELATIONS EXTERNES
au mot de « premier-né » un équivalent exempt d'équivoque : « Il est avant toutes choses. »
La primauté absolue du Fils se traduit par cette autre formule : « Tout est en lui, tout est par lui, tout est pour lui. » Tout est en lui parce que, image parfaite de Dieu, il renferme l'idée et le modèle de tous les possibles et qu'il est ainsi cause exemplaire de tous les êtres contingents. Tout est par lui comme cause efficiente, Dieu, dans ses opérations au dehors, agissant par le Fils dans le Saint-Esprit, selon l’ordre et l’harmonie de sa vie intime. Tout est pour lui à un double titre et parce que la création est son œuvre et parce que Dieu, embrassant du regard l’ensemble de ses conseils, rattachait d'avance à son Fils, par un lien spécial de finalité, le monde de la nature et de la grâce. Car ces deux relations du Christ, comme Dieu et comme homme, ne sont presque jamais isolées. En décrivant l’action du Fils avant les siècles, saint Paul choisit de préférence les traits qui éclairent son rôle historique comme médiateur de l’ordre surnaturel et comme chef de l’Église. Le parallèle est instructif.
Relativement à la' création Relativement à la rédemption
Premier-né de toute créature Premier-né d’entre les morts
En lui furent créées toutes choses Æn qui nous avons la rédemption Toutes choses en lui subsistent
Toutes chosesparluifurentcréées Par lui Dieu réconcilie Par lequel toutes choses [existent]
Toutes choses pour luifurentcréées Toutes choses [sont] pour lui !
4. Col. 118 : {va yévnru ëv nästy aûroc mpwreüwv. C’est une primaule en tout genre, selon la nature divine et selon la nature humaine, dans l'ordre naturel comme dans l’ordre surnaturel. On remarque dans la description du Christ selon ces deux aspects un parallélisme exact et soutenu qui est sans doute intentionnel :
Relativement à la création Relativement à l'Eglise À) mpwrôtoxoc Téonç XTIGEWS TPWTÔTOLOG ÊX TOV VEXPOY B) êv aût® éxtioôn Tà mévra v & Éxouev Ty 4x0} TO au TA RéYTA ÊV QÜTE GUVÉGTNLEV C) Tà mévra Ov adrod Éxtiotas, dt adtoù droxaTalAdENE à où Ta mévra (1 Cor. 86) D) Tà navra... els aüTov ÉxtioTat Ta mévta ele WÜTOV
Le Christ est considéré là comme Dieu, ici comme homme; mais, ici comme là, sa dignité transcendante dérive de sa primauté etsa primauté s’explique par sa causalité multiple. Ce parallélisme soutenu prouve que l'intérêt de Paulse concentre tout entier sur l’œuvre de la rédemption. Nous allons voir le Christ ypréluder avantsa naissance humaine. Les Israélites dans le désert «s’abreuvaient au Rocher spirituel qui les accompagnait: or le Rocher était le Christ! ». Pour qui se souvient que Jéhovah était le Rocher d'Israël, qu'ilaccompagnaitson peuple ätravers le désert, que le Christ préexistant est ici même identifié avec Jéhovah, le texte que nous venons de citer n’a rien d’obscur. « Le Christ était le Rocher », non pas le rocher de l’Horeb frappé par la verge de Moïse, car ce rocher ne suivait pas les Hébreux dans leur marche, mais le Rocher véritable qui leur servait de refuge et de citadelle, le Rocher spirituel dont leur parlait souvent Moïse : « Les œuvres du
.La formule A concerne le Christ premier-né, Col. 115 (création); Col. 118
(Eglise). — La formule B,le Christ cause exemplaire ou formelle, Col. 116-17 (création); Eph. 17 (Église). — La formule C, le Christ cause efficiente, Col. 116; 1 Cor. 86 (création), Col. 120 (Église). — La formule D, le Christ cause finale, Col. 116 (création), Col. 120 (rédemption).
Il ne faut pas d’ailleurs s’imaginer que ces expressions soient spéciales à Paul, sauf peut-être en ce qui touche la cause finale. Les trois autres ont leur exact parallèle dans l'Évangile de saint Jean et dans l'Épitre aux Hébreux.
Saint Paul Évang. de S. Jean Épître aux Hébreux À) mpwtétonoc räonc uti- I, 18 : movoyevhs Oebc Il, 17 : sèv povoyevñ GEWG 1, 6 : Tv mpwrétoxov
B) évaër®éxtiobnranévra 1, 4 : à yéyovey Ev adt® Con I, 8 : gépuv Tà mévra To Ta mévra ËV aÜt® ouvé- AY Ééparirs duvapecws aÜToÿ OTNKEV F
C) Tà nävra dt aùtoÿ 1, 8 : névra d’aûroÿ éyévero I, 2 : dt où koi énoinoev dv oÙ Tà névtæ XQÙ ywpls aÙtToÿ éyéveto Todc aiGvas OÙDÈ Ev
1.1 Cor. 104 : Emivoy yàpéx nveuparuxñs &xoNouBobnc nétpac à Tétpa Où nv 6 XpioTc. — Cette phrase se lie à la précédente dont elle donne la raison. Elle explique (la Vulgate traduit autem, mais le texte lit yée) ce que Paul vient de dire que les Hébreux au désert avaient un aliment et un breuvage spirituels — c’est-à-dire miraculeux et, comme le contexte l'insinue clairement, typiques — car ils ne se désaltéraient pas à un rocher matériel, comme était la roche de l’'Horeb, mais ils s’abreuvaient au Rocher spirituel qui les accompagnait partout. Et « le Rocher » dont je veux parler, ajoute Paul, était le Christ. — On ne comprendrait rien à ce langage si l’on ne se rappelait que le Rocher (1x) désignait Jéhovah. Aucun Juif ne pouvait l’ignorer, tant l'usage
RELATIONS EXTERNES. 217 Rocher sont parfaites. — Israël a méprisé le Rocher qui le sauve, — Tu as délaissé le Rocher qui t’a engendré. » Le
Christ préexistant était le Rocher, parce qu'il était un avec Jéhovah. Si cette identification entre le Christ et Jéhovah faisait quelque doute, l’Apôtre le lèverait en ajoutant : « Ne tentons pas le Christ comme le tentèrent quelques-uns d’entre eux qui périrent par les serpents. » Les Itraélites avaienttenté Jéhovah ; mais Jéhovah, le Rocher d'Israël, c'était le Christ. Ainsi le Fils de Dieu, préludant pour ainsi dire à l’incarnation et s’essa yant au rôle de Sauveur, était au milieu des Hébreux, il leur servait de guide, il pourvoyait à leurs besoins. C'était lui qui faisait pleuvoir sur eux la manne, nourriture doublement spirituelle et parce qu’elle était le fruit du miracle et parce qu’elle figurait le pain eucharistique ; c'était lui, l'ange de Jéhovah, Jéhovah lui-même, le mystique Rocher, qui les abreuvait d’une boisson spirituelle à double titre comme provenant du miracle et comme figure du calice de bénédiction. On est heureux de constater que les meilleurs interprètes de toutes les écoles reviennent à cette explication si simple et si naturelle et reconnaissent que la mauvaise traduction de certains protestants d'autrefois : « La pierre signifiait le Christ », s’inspirait de motifs tendancieux. Encore moins fautil penser aux fables puériles et ridicules des rabbins de basse époque, dont l'imagination en délire rêve d'une pierre magique roulant par monts et par vaux à la suite des Hébreux, pour les approvisionner d’eau potable. Le Christ est la vraie Pierre comme il est la vraie Vigne, mais tandis que ce dernier titre appartient au Verbe incarné, l’autre convient au Christ préexistant.
était commun. On disait non seulement « le Rocher d'Israël » (2 Sam. 233; Is. 8029), ou « mon Rocher, notre Rocher », ou encore « le Rocher de mon espérance, le Rocher de notre salut », etc., mais aussi « Rocher » tout court (2 Sam. 2232; Ps.17 [18]%2; Is. 448) et avec l’article «le Rocher » (Deut,. 32#). — Le sens est donc clair : «Ce n’était pas une roche matérielle qui les abreuvait, c'était le Rocher spirituel, Jéhovah, toujours présent au milieu d’eux. Or Jéhovah c'était le Christ préexistant. » Pour qui est familier avec la doctrine de saint Jean, de saint Paul, de l’Épître aux Hébreux, cette assertion n’a rien de nouveau.