‹ La théologie de Saint PaulChapitre 449 sur 630 · Renan, Saint Paul, Paris, 1869, p · texte numérisé non relu

Renan, Saint Paul, Paris, 1869, p

2. A. Sabatier (L’apôtre Paul3, p. 1896, p. 61-62) résume assez bien l'état présent de la critique rationaliste : « D’après l’école de Tubingue, Paul aurait ou très imparfaitement connu la vie et l’enseignement historique de Jésus, ou dédaigné cette tradition comme étant une connaissance du Christ selon la chair, qui aurait rendu son évangile dépendant de l'enseignement des premiers apôtres. Mais ces deux raisons ne sont pas mieux fondées l’une que l’autre... Nous ne parvenons pas à voir comment la connaissance traditionnelle des actes, des souffrances, des enseignements de Jésus, pourrait porter atteinte à l'indépendance de son apostolat et à l'originalité de son évangile. Ilest bien évident que cette connaissance extérieure, quelque précise et minutieuse qu'elle fût, ne pouvait, à elle seule, le faire apôtre, ni même le convertir. Il avait sans doute, avant sa conversion, entendu conter bien des détails sur Jésus de Nazareth, mais ces récits étaient restés dans sa mémoire comme une matière brute dont il n'avait point l’intelligence. La révélation intérieure, en éclairant son àme, illumina en même temps la vie historique du Crucifié. Loin donc de se contredire, cette révélation et cette connaissance extérieure s'appellent réciproquement comme nécessaires l’une à l’autre. Sans la première, la tradition historique n'est qu'une masse inerte et sans valeur; et la révélation intérieure, sans la seconde, n’enfante plus qu’une théologie idéaliste, sans racines dans la réalité de l'histoire. Elles se rapportent l’une à l’autre comme l'âme se rapporte au corps et forment en se pénétrant une unité organique et indissoluble. »

Le P. Rose, après avoir recueilli les allusions à l’histoire de Jésus contenues dans les Épîtres pauliniennes (Études sur la théol. de S. Paul, dans Revue bibl., XII, 1903, p. 340-341), conclut ainsi (p. 342) : « Saint Paul, on le voit à ce tableau, connaît les principaux faits, les moments importants de la vie de Jésus. La tradition qui plus tard devait être fixée par les synoptiques coule chez lui vivante et pleine : il la puise à sa source, et il nous en donne le premier jet. Il fait le départ entre sa pensée et la pensée du Christ ; il prend soin de marquer lui-même qu'il livre ce qu'il a reçu. Nous trouvons donc à la base de sa christologie le roc solide de l’histoire. C'est le Christ de l'évangile qui s'est imposé à lui. Il ne l’a pas créé, il ne l’a pas fait sortir des Écritures et de son rêve, comme ses contemporains, les auteurs des apocalypses. Celles-ci n’ont fourni que le cadre au tableau qu'iltraçait d'après nature, l'appui prophétique à la réalité vue et touchée. »

Cette conclusion ne diffère pas de celle des auteurs protestants qui se sont fait une spécialité du sujet : Paret, Paulus und Jesus (Einige Bemerkungen über das Verhältniss des Apostels Paulus und seiner Lehre zu der

si fo

nombreuses dans les lettres de Paul que dans les autres écrits apostoliques, en dehors des Évangiles dont le but est précisément de la raconter. Il y a même, proportions gardées, moins d’allusions aux faits évangéliques dans l’Apocalypse, dans les Épitres Catholiques, dans l'Épître aux Hébreux, dans les Actes des apôtres, que dans les treize lettres du Docteur des Gentils. Si c’est là un problème, ce problème ne nous concerne pas spécialement et ce n’est pas à nous de le résoudre. La solution la plus simple et la plus naturelle est que tous ces écrits, s’adressant à des chrétiens en possession de. la catéchèse, ne reviennent que par occasion aux éléments de la foi, qu’ils supposent connue l’histoire sommaire de Jésus et seraient souvent inintelligibles à des lecteurs privés de cette connaissance.

L'existence d’une catéchèse primitive, portant sur les traits principaux de la vie et de l’enseignement de Jésus, n’est pas une hypothèse gratuite, imaginée pour les besoins d’une cause : elle repose sur des faits indiscutables, sur des témoignages précis, dont les critiques les plus exigeants de nos jours acceptent la valeur. Nous le montrons ailleurs pour la morale; indiquons-le ici pour l’histoire évangélique. Obligé de rappeler aux Corinthiens le dogme de la résurrection du Christ, Paul leur répète sa première instruction, sèche et concise comme un catéchisme : « Je vous ai transmis avant tout ce que j'ai reçu moi-même, que le Christ mourut pour nos péchés selon les Écritures, et qu’il fut enseveli et qu'il ressuscita le troisième jour selon les Écritures, et qu’il apparut à Céphas, ensuite aux Douze. Puis il apparut à La fois à plus de cinq cents frères dont la plupart vivent encore et quelques-uns sont morts. Ensuite il apparut à Jacques, puis à tous Person, dem Leben und der Lehre des geschichtlichen Christus) dans Jahrbächer für deutsche Theologie, III (1858), p. 1-85; Schmoller, Die geschichtliche Person Jesu nach den pautin. Schriftén, dans Studien und Krit. XLVII (1894), p. 656-705 (thèse de Paret à un point de vue différent); Nœsgen, Die apost. Verkündigung und die Geschichte Jesu dans Neue Jahrbücher f. deutsche Theol. IV (1895), p. 46-94; Knowling, The teslimony of St. Paul to Christ, 1905; G. Matheson, The historical Christ of St. Paul (d’après les quatre grandes épiîtres, onze articles parus dans l’Exposilor, 2° série, t. I-II, 1881-1882); Sanday, St. Paul's knowledge of Christ, dans Hastings Diction.

of Christ and the Gospels, t. II, p. 888-889; Drescher, Das Leben Jesu bei Paulus, Giessen, 1900.

les apôtres; enfin, après tous les autres, il m'apparut aussi à moi, comme à un avorton!. » Le nom, le nombre et la qua-

lité des témoins, l’ordre des apparitions, la conformité de la

mort, de la sépulture et de la résurrection avec les données scripturaires, Paul a transmis tout cela tel qu'il l'a reçu (£yw yap rapéhañov), en joignant à la tradition apostolique son propre témoignage qui ne laisse rien à désirer pour la rigueur et l'exactitude. C’est, au fond, le récit combiné des Évangiles, rendu plus saisissant par une sorte de procédé mnémotechnique. En parlant de l’eucharistie, il avait aussi retracé la dernière Cène dans sa dramatique beauté : c'était la nuit, à l'heure de la #rahison, Jésus prit du pain, le bénit

et le rompit; il prit pareïllement le calice, à /a fin du souper,

prononça sur les deux espèces les paroles sacramentelles, ajoutant à chaque fois la recommandation qui perpétue le mystère. Paul proteste ici encore qu'il a fidèlement transmis (£ nat rapdwux duty) ce qu’il a recu lui-même du Seigneur et sa narration complète en plusieurs points celle des évangélistes®?. Ces deux exemples sont instructifs. Sans les désordres des agapes, sans les doutesau sujet dela résurrection, nousnesaurions rien de précis sur la catéchèse historique de Paul. S'il s'était alors trouvé à Corinthe, ou que sa lettre se fût perdue, certains critiques manqueraient-ils d'imputer à l'ignorance un silence dû au hasard ?

Dans l'espèce, l'ignorance est-elle probable? Peut-on croire que Saul converti se soit désintéressé de la vie mortelle du Christ; que durant son double séjour à Damas il n’ait point interrogé les fidèles ; qu’il n’ait rien appris ou rien retenu de ses conversations d’Antioche et de Jérusalem avec le prince des apôtres, avec le disciple aimé de Jésus, avec Jacques frère du Seigneur, avec Barnabé, avec Silas, avec tant d'autres membres de l’'église-mère, à un moment où le souvenir du Maitre était encore si vivant; qu'il ait passé tant d'années avec les futurs historiens de Jésus, saint Marc et saint Luc, sans s'informer de ce qui leur tenait le plus au cœur, des miracles et des discours du grand Thaumaturge dont

1, 1 Cor. 15 5-8, Voir note B:, p. 61-66.

2, 1 Cor. 1123-26,

nee dore

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