‹ La théologie de Saint PaulChapitre 450 sur 630 · LA FIGURE HISTORIQUE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LA FIGURE HISTORIQUE DE JÉSUS

la prédication avait révolutionné le monde? Les preuves directes feraient-elles défaut, serait-il possible d'admettre chez Paul un tel prodige d’incuriosité historique et d'anesthésie morale à l'égard de celui dont l’image obsède son esprit!?

Mais les preuves ne font pas défaut. Que l’on recueille les allusions à la vie terrestre de Jésus éparses dans ses écrits, que l’on rapproche sa doctrine de celle de Jésus, que l’on

1. Les défenseurs de la thèse contraire se retranchent volontiers derrière l'obscurité secourable de ce texte 2 Cor. 516 : "Qorte fueïg &rd Tod vüv oùdévo oidauev xarà odpra si nai ÉyVWnauEv xuTù capra XptoTY: SAR VÜV OÙNÉTL YLVW GHOLEY — Les deux difficultés principales portent : A) sur le point de départ de maintenant (àmù toù vüv, vüv oûxér:) : B) sur le sens précis de selon la chair (arà oépua). La réponse doit être tirée du contexte lui-même. — A) Le maintenant est subordonné au changement produit dans l'Apôtre par le sentiment de l'amour du Christ et par cette double réflexion que tous les chrétiens sont morts avec le Christ mourant, qu’ils ne doivent vivre que pour lui et que cette pensée doit être la règle de toutes leurs appréciations. Il coïncide donc avec l’état de chrétien et date du moment de la conversion. Autrefois, comme Juif, je jugeais selon la chair; maintenant, comme chrétien, mes sentiments sont tout autres. — B) Les mots xaTà capxx peuvent se rapporter aux verbes et désigner une norme subjective (oïdapev, Eyywxapev yuboxopEv XUTÈ GÉÇHA, ( NOUS CONNAÏSSONS, NOUS AVONS CONNU selon la chair », c'est-à-dire nous avons eu une connaissance charnelle ; ou bien ils peuvent se rapporter au régime et marquer une norme objective (oddéva, Xpiotov xatà cépxa, « NOUS ne connaissons personne, pas même le Christ selon la chair » c’est-à-dire dans ce qu’ils ontde charnel. Tout dépend dela façon d'envisager l'hypothèse. Heinrici dans son grand commentaire (Berlin, 1887, t. II, p. 289) et dans la 8° édit. de Meyer (Gættingue, 1900, p. 207-208) croit qu'il s’agit d’une hypothèse irréelle et par conséquent d'une norme objective : « Aurions-nous connu le Christ selon la chair, nous ne le connaïtrions plus de la sorte. » Érasme avait dit : « Quando etiamsi contigisset novisse, nuncC eam . notitiam, quæ obstabat spiritui, deposuissemus. » Ce sens, grammaticalement possible, est satisfaisant. Cependant la plupart des exégètes admettent que l'hypothèse est réelle et la norme subjective : « Si nous avons eu une connaissance charnelle du Christ (comme nous l'avons eue effectivement avant notre conversion), maintenant nous ne pouvons plus l'avoir et nous ne l'avons plus. » Mais quelle est cette connaissance charnelle ? C’est la connaissance blâmée dans ses adversaires qui se glorifient selon la chair (1118), des avantages extérieurs, des apparences sensibles (512 : ëv tpocwre AAVAWLÉVOUS HAÈ LÀ &v zxapôta) et qui l’accusent de nourrir des sentiments pareils (cf. 117; 102-5). Il proteste que « mort avec Jésus-Christ, et vivant en lui, il n’a que des pensées conformes à cet état. Maintenantilnejuge et n’apprécie personne sur des dehors trompeurs (ëv npoocwTw OÙ xarù cépua). Aurait-il connu le Christ de la sorte, il ne voudrait plus le connaître ainsi ». Ou bien, si l'hypothèse est réelle : « Il a pu connaître ainsi le Christ jadis, lorsqu'il partageait sur le Messie les idées grossières et terrestres de ses compatriotes, ou les idées imparfaites et trop humaines de ses adversaires actuels, mais il a changé de sentiment en devenant chrétien. » Car, ajoute-t-il : « si quelqu'un est dans le Christ, c'est une créature nouvelle ; le passé a disparu, {out est devenu nouveau ».

sr de l’histoire Re Ce aus: fait par RES es, nous n'avons pas à le refaire. L'i impression qui s'en dége invinciblement peut se traduire ainsi : 1. Les allusions, vertes ou latentes, à la vie et à la doctrine de Jésus, sont e beaucoup plus nombreuses qu’on ne serait d’abord tenté de le supposer; il y en a plus, en tout cas, que dans le reste du \ouveau Testament, à part l'Évangile. — 2. Ces allusions portent quelquefois sur de minutieux détails et impliquent par Fe conséquent une connaissance plus vaste et plus générale des faits mentionnés incidemment. — 3. La manière dont elles sont faites témoigne, chez l’auteur comme chez le lecteur, . d’un fonds commun d'instructions et de souvenirs qu'il suffit d'é évoquer pour être compris. — #. Enfin l’image qui en résulte est un portrait fidèle et celui qui l’a tracé peut se vanter É à juste titre d’avoir « l’ esprit du Seigneur ».

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Ie Christ, dit S. Paul, « se dépouilla » (littéralement « se vida luimême » : éxévwoev éautüv, Phil. 27). De là dérive le terme de kénose (x£voots) qui désigne la théorie d’après laquelle Jésus-Christ en se faisant homme se serait dépouillé de sa divinité ou de sa forme (opo) divine. Il n’est pas hors de propos d'étudier l’origine, les modifications et les arguments de ce curieux système encore très répandu dans les écoles de théologie protestante.

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