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VI. LE PRINCIPE DE LA SOLIDARITÉ

Ce principe, nous l'avons dit, a été reconnu dès l’origine et il l’est toujours davantage. Contentons-nous de quelques traits saillants.

1. S. Zrénée parle très souvent de la récapitulation des choses dans le Christ: Hæres. III, xvau, 1; xx1, 10; V, 1, 2; v, 1-2; xx1, l, etc. L'idée qui ressort de tous ces passages et autres semblables, c’est que le Christ recommence, au rebours, l'œuvre d'Adam; qu’il résume en lui l’humanité comme la résumait Adam dont il est l’antitype; qu’il doit donc appartenir à la famille humaine pour en être le représentant. Tout cela converge vers la notion de solidarité dans la chute et le relèvement. Et cette idée n’est nullement spéciale à saint Irénée.

2. Beaucoup de Pères vont plus loin. Non seulement ils disent que Jésus-Christ a dû être homme pour sauver les hommes, mais ils resserrent tellement l’union entre le Christ et l'humanité représentée par lui, que la chair est sanctifiée par sa présence et guérie par son contact. Il reste toujours qu’à leurs yeux le genre humain est contenu dans le Christ comme dans son chef et son fondé de pouvoirs, de sorte que les actions du Christ sont moralement les actions de la famille humaine. Voici quelques textes, choisis parmi les plus courts mais non pas toujours les plus expressifs : « Dieu refait et répare Adam par lui-même » (S. Hippolyte, De Christo et Antichristo, 26 : Avarkdoowy du Éœurod roy ‘Addu). — « Deum in primo quidem Adam offendimus, non facientes ejus præceptum; in secundo autem Adam reconciliati sumus, obedientes usque ad mortem facti » (S. Irénée, Hæreses, V, XVI, 3). — « Quæ erat causa incarnationis nisi ut caro quæ peccaverat per se redimeretur? » (S. Ambroise, De incarnalionis sacram. Vi, 56, XVI, 832). — « In eo (Christo) per naturam suscepti corporis quædam universi generis humani congregatio continetur » (S. Hilaire, Zn Matth., 1v, 12, IX, 935).

3. La plupart des auteurs modernes adoptent le principe de la solidarité, déjà nettement posé par S. Thomas. Il faut remarquer cependant que plusieurs ne l’entendent pas comme il faudrait l’entendre. Pour eux, la solidarité consiste en ceci que le Fils de Dieu, prenant notre nature et s’associant à nos destinées, accepte par avance les souffrances et la mort, ce qui est de sa part la plus grande marque d'amour. De la sorte, la solidarité peut se concilier avec le système de la rédemption purement subjective. Toutefois, ces écrivains ont presque tous la loyauté d'avertir que leur doctrine, conforme, disent-ils, à l’en seignement de Jésus, n’est pas d'accord avec celle de Paul.

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