‹ La théologie de Saint PaulChapitre 480 sur 630 · V. LA THÉORIE DE LA RÉDEMPTION PUREMENT SUBJECTIVE · texte numérisé non relu

V. LA THÉORIE DE LA RÉDEMPTION PUREMENT SUBJECTIVE

1. Abélard. — On sait qu’il fut le premier à la formuler. Ce n’est pas qu’il ne parle à l’occasion du sacrifice de la croix (Expos. symb. Apost., CLXXVIII, 622), de nos péchés effacés par le sang du Christ (In Roman. in, 8, CLXXVIIT, 908), du Christ portant la peine du péché (Ibid. 859 et Serm. xn, Zbid. 480-481), mais lorsqu'il traite la question ex professo, il réduit la rédemption à une manifestation d’amour destinée à produire en nous une réaction d'amour. Dans son Commentaire sur l’Épitre aux Romains il critique longuement non seulement la - théorie des droits du démon, mais en général toutes les explications traditionnelles et s'arrête pour son compte à cette solution (CLXXVIIT, 836) : « Nobis autem videtur quod in hoc justificati sumus in sanguine Christi et Deo reconciliati, quod per hanc singularem gratiam nobis exhibitam, quod Filius suus nostram susceperit naturam et in ipsos nos tam verbo quam exemplo instituendo usque ad mortem perstitit, nos sibi amplius per amorem astrinxit. » Non seulement la valeur

objective de la mort du Christ est virtuellement niée, mais la même valeur rédemptrice est attribuée à la vie du Christ qu’à sa mort ellemême. Abélard renvoie pour plus d’explications à sa Théologie que nous n’avons pas; mais l’Epitome theol. christ., œuvre d’un de ses disciples, qui semble bien fidèle à sa doctrine, contient des idées semblables (Epit. 23, CLXXVIIT, 1730-1732) : il fallait à l’homme déchu la prédication et l’exemple; le Fils incarné lui donne l’un et l’autre; c’est le seul motif de l’incarnation et la seule efficacité de la rédemption. D’ailleurs la pensée d’Abélard est suffisamment connue par les réfutations de S. Bernard (Capitula hæres. Petri Abælardi, 4, CLXXXII, 1050 et Contra errores Abælardi, 9, CLXXXII, 1071-2) et de Guillaume de Saint- Thierry (Disput. adv. Abæl. T, CLXXX, 269-276), par la confession de foi imposée à Abélard lui-même (Apologia seu fidei confessio, CLXXVII, 106) et par la rétractation de Geoffroy de Clervaux, son ancien disciple (CLXXX, 331-2). :

2. Disciples modernes d’Abélard. — Le système d’Abélard, peu goûté des contemporains, était presque tombé dans l’oubli quand Socin et ses adeptes vinrent le ressusciter. Mais ce patronage n’était guère fait pour le recommander aux yeux des réformateurs du xvi° siècle et moins encore aux yeux des catholiques. C’est Ritschl qui, de nos jours, s’inspirant de Kant et de Schleiermacher, a essayé de l’asseoir sur des bases scripturaires et lui a donné la vogue dont il jouit présentement dans les milieux protestants et rationalistes. Pour Ritschl, il ne saurait être question de rédemption objective; car Dieu est amour et si essentiellement Père qu'il est toujours disposé à pardonner aux hommes et à les sauver. L’œuvre rédemptrice du Christ consiste à nous révéler, par sa vie et surtout par sa mort, l’amour du Père céleste. Cette révélation nous rend la confiance et détruit en nous le péché qui n’est qu’un manque de confiance à l’égard de Dieu. Ainsi elle nous justifie et nous réconcilie; elle nous délivre aussi du châtiment des péchés; car le châtiment n’est que le sentiment de notre faute et la conviction que les maux de la vie en sont la juste peine. En même temps, par l’union à Jésus, nous acquérons la maîtrise de nous-mêmes et la domination des choses extérieures et nous participons de la sorte à la seigneurie et à la divinité du Fils de Dieu. Cf. E. Bertrand, Une nouvelle conception de la rédemption. La doctrine de la justification et de la réconciliation dans le système théol. de Ritschl, Paris, 1891.

Les disciples plus ou moins déguisés de Ritschl ne le suivent pas tous jusque-là, mais ils acceptent dans ses grandes lignes le système du maitre. Nous citerons comme exemples typiques A. Sabatier, La doctrine de ’expiation et son évolution historique, Paris, 1903 et G. B. Stevens, The Christian doctrine of salvation, Édimbourg, 1905. Cependant on ne peut pas affirmer que ce système soit général parmi les théologiens hétérodoxes; témoin les nombreux articles en sens contraire publiés dans ces dernières années par les revues protestantes, comme l’Expository Times en Angleterre et la Revue de théologie et des questions religieuses en France.

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