I. LA RÉCONCILIATION OPÉRÉE
La colère de Dieu. — Dieu haït le péché dans la mesure même où il aime l’ordre moral, infiniment. La haine du mal lui est aussi essentielle que l'amour du bien, car l’un et l’autre dérivent desa sainteté. Si à l’offense se joint le mépris, le courroux de Dieu s’enflamme. On sait sous quelles couleurs anthropomorphiques la Bible dépeint ce courroux divin : Dieu se lève en fureur pour venger ses droits méconnus; il s’élance au combat comme un guerrier; pareil à un feu dévorant, il dissipe et consume ses ennemis. Quand son peuple, oublieux de l’alliance, lui préfère des dieux étrangers, il se proclame le Dieu jaloux et sa jalousie éclate en terribles représailles contre les infidèles et contre leurs séducteurs. Au fond, la colère n’est pas plus anthropomorphique que l’amour, car elle
n’est que la réaction nécessaire de l'amour outragé. Qu'on épure donc tant qu'on voudra le concept du courroux divin, mais qu’on se garde bien de l'éliminer sous prétexte qu'il est incompatible avec la perfection infinie. Précisément parce qu’elle est transcendante, la perfection infinie peut embrasser des contrastes qui, dans l’être fini, seraient des contradictions. Loin d’exclure la miséricorde, la colère de Dieu la suppose et la complète; elle sera d’autant plus redoutable qu’elle a été plus lente à s’émouvoir, et d'autant plus efficace pour la destruction du péché qu'elle laisse la porte ouverte au repentir. C'est pourquoi les écrivains sacrés accouplent si souvent le courroux de Dieu et sa mansuétude, son pardon et sa vengeance, comme s’il ny avait rien de plus aisément conciliable que ce contraste.
Le même ordre d'idées règne dans tout le Nouveau Testament. Sans doute La colère de Dieu y revêt d'habitude un tour eschatologique et converge de préférence au jugement dernier, appelé par antonomase le Jour de la colère; elle tend à devenir plutôt individuelle, au lieu d’être surtout collective: elle est provoquée par toute infraction au vouloir divin, au lieu de l'être généralement, comme jadis, par la violation de l'alliance. Mais, à part ces réserves qui tiennent à la différence des deux économies, l'attitude de Dieu envers le pécheur reste identique. Avant leur conversion, Juifs et Gentils étaient « naturellement enfants de colère ! »; c’est-à-dire, suivant la force du langage biblique, dignes de la colère divine dont les suites redoutables pesaient sur eux. Les pécheurs endurcis, « disposés à la perdition », sont appelés « des vases de colère? », parce qu'ils sont actuellement l’objet de la colère de Dieu, qui se déchainerait à l'instant sur eux sans le contrepoids de la longanimité. La Loi mosaïque, en aggravant le péché, « opère la colère à » : toute iniquité l’attire et le coupable amasse sur sa « tête des trésors de colère pour