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est expliqué lui-même par la locution « sauvés de la colère ». Il désigne donc non pas l’inimitié des pécheurs pour Dieu, mais celle dont les pécheurs étaient l’objet de la part de Dieu : le besoin de l’argumentation, comme le mouvement de la pensée, impose cette exégèse; car c’est le changement d’attitude de Dieu à notre égard qui nous garantit pour l'avenir ses dispositions bienveillantes et qui assoit notre espérance sur une base inébranlable. Quand Paul, parlant des Juifs infidèles, dit aux païens convertis : Ils sont « ennemis à cause de vous, selon l'Évangile, mais chéris selon l'élection, à cause des patriarches ! », la même idée se fait jour avec une entière évidence. Collectivement et comme nation, les Juifs sont à la fois détestés et chéris de Dieu : détestés, eu égard à l'Évangile qu’ils ont refusé d’embrasser et par rapportaux Gentils dont leur propre infidélité a déterminé l’évangélisation; chéris, relativement à l'élection gracieuse dont ils furent jadis l’objet et parce qu’ils sont de la lignée des patriarches. Si l’on objecte que l'élection théocratique est annulée dans tous ses effets par l’incrédulité présente d'Israël, Paul répond que « les dons de Dieu sont sans repentance ? ». Israël est donc en même temps, à deux points
1. Rom. 1128 : Kat uèv To edayyeov éyBpot dt Ou&:, xara D Tv éxloyAv YaTNroi du& toc natépac. Le sujet de la phrase est clairement Israël (n&c ’Iopæñ, v. 26; arwv, v. 27): les Israélites sont donc, en même temps, à deux points de vue différents, ennemis et amis, non pas de Paul, mais de Dieu, comme les versets suivants (29-30) le prouvent sans l'ombre d'un doute. La phrase, construite avec art, est toute en antithèses : éyfpol répond à &yarntot, xata rdEdayyÉAOv à xaTrà Tv éxhoyhv, dt ÜpLs à da Tobc marépas et le contraste est accentué par les particules pév et dé. — Déjà l'opposition avec &yarnrot (chéris de Dieu) montre que ëéx6pot est passif et signifie « haï de Dieu ». Le motif et la fin qui inspirent Dieu ne le montrent pas moins : c’est « à raison de l’Évangile », non en lui-même, car l'Évangile n’exclut personne, mais en tant qu'il a été repoussé par les Juifs; et c’est « en vue des Gentils » (à tu&c) parce que l’infidélité des Juifs, prévue de Dieu, a eu pour effet de hâter l'évangélisation des païens (v. 11, 15, 19). — Cependant, à un autre point de vue, Israël reste le favori de Jéhovah : c'est « à raison de l'élection » dont il fut autrefois l'objet (Deut. 47) et qui n’est pas révoquée (+. 2 et 29); et c’est « à cause des patriarches », racine sainte (v. 16) qui communi- [que aux rameaux quelque chose de sa bonté. — Le texte, dans son ensemble et ses détails, ne saurait être plus clair et l’on voit ‘combien on l'obscurcirait jusqu’à le rendre inintelligible, en y mêlant des notions théologiques étrangères au sujet; en prenant par exemple « l'élection » au sens concret, pour « les élus à la gloire céleste » (S. Augustin).
2. Rom. 1129 : &uerauéAnta yap Tà xapiowxra aa à xAñouw Toù Oe0Ÿ. Les dons gratuits (xapiouata) sont, par exemple, les titres honorifiques d'Israël (Rom.
de vue différents, digne d'amour et de haïne : il ressent maintenant les effets de la haine qui l’exclut du royaume messianique ; il éprouvera plus tard les effets de l’amour, quand il sera agrégé en masse au giron de l'Église.
La réconciliation. — Ces préliminaires nous mènent de plain-pied au concept biblique de réconciliation. La réconci- Aiation est bilatérale ou unilatérale, selon que les griefs sont réciproques ou qu'ils se trouvent tous du même côté : dans les deux cas, elle rétablit les bons rapports entre les parties opposées en supprimant la cause de leur dissentiment !. Le péché étant un acte d’hostilité dirigé contre Dieu, c’est l’homme qui prend l'offensive et Dieu ne fait que défendre son honneur lésé; mais les haines sont réciproques, bien que les griefs réels ne le soient pas. Il s'ensuit que la réconciliation doit être réciproque aussi et qu'il ne suffit pas que Dieu dépose sa colère si l’homme ne prend à l'égard de Dieu des sentiments nouveaux. C'est pour cela qu’elle paraît tantôt une conséquence directe de la conversion de l’homme, tantôt un simple changement d’attitude de la part de Dieu. Et, selon qu’on fixe son regard sur l’un ou l’autre de ces aspects, on est exposé à ne voir, avec le protestantisme officiel, qu’un acte arbitraire de Dieu oubliant le péché sans égard pour les dispositions de l’homme, ou, avec l’école de Ritschl, que la transformation graduelle du pécheur en face d’un Dieu toujours également bien disposé pour l'homme, malgré le péché. Ces deux systèmes eurent de bonne heure un nom dans l’antiquité chrétienne : celui-ci s’appela le pélagianisme, celui-là le prédestinatianisme.
Les mots « réconcilier » et « réconciliation », propres au vocabulaire de Paul, sontréunis en quatre ou cinq textes fort différents d’allure? : « Si, lorsque nous étions ennemis, nous
9#-5); la vocation (xñoic) est la vocation théocratique qui, dans les vues de Dieu, conduit à l'Évangile.
1. Sur le concept de réconciliation et sur les mots qui l'expriment, cf. Cremer, Würterbuch der neutestam. Gräcität®, 1902, p. 139-143.
2. Si l’on met à part 1 Cor. 711 (pevérw &yauoc à T® &vôo xata]ayñtw), Où il s’agit de la réconciliation des époux séparés, les mots qui expriment la réconciliation avec Dieu ou opérée par Dieu se groupent dans cinq passages : A) Rom. 510-11; B) Rom. 1115; C) 2 Cor. 518-20; D) Col. 12021; F) Eph. 216, Mais les deux derniers textes, où paraît le verbe doublement ‘com-
De (DCE a QE DE ee EP PE " + G pre DS " LES EFFETS IMMÉDIATS DE LA RÉDEMPTION. 321
fûmes réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, combien plus, étant réconciliés, serons-nous sauvés dans sa vie! Bien plus nous nous glorifions en Dieu par Notre-Seigneur Jésus- Christ, par qui nous recûmes la réconciliation!. » Dieu est
posé éroxaral\docev (au lieu de xaraïkésoæw), développent un autre ordre d'idées. Voir la note Ez, p.152-5. Dans Rom. 1115, la « réconciliation du monde » ést seulement mentionnée en passant. La doctrine de la réconciliation est donc à tirer des deux autres textes où le verbe xaral}éooev revient quatre fois et le substantif xara]ay trois fois.
1. Rom. 5 10-11 : el yàp éxhpot ôvres À) 10 Si enim cum inimici essemus,
xarnldynpev z@ @e@ ô:à Toù bavdrou reconciliati sumus Deo per morrod vioù aûtoë, noX@ pällov xata- tem filii ejus : multo magis reconci- Xayévrec owfnoouela ëv rt Ewÿ aÙroÿ. liati, salvi erimus in vita ipsius.
où pévoy Gé, &XA& xat rauywmevor B) 11 Non solum autem : sed et gloria, ëv T® eo O1ù ToÙ xuptou uv ’L. X., mur in Deo per Dominum noàt’ où vÜv xataayhv ÉAGGOUEV. strum J.C., per quem nunc recon-
ciliationem accepimus.
A) Le v. 10 est une confirmation (y&e) du v. précédent, auquel il ajoute une conclusion nouvelle. L'Apôtre vient de dire, v. 9 : « Si, quand nous étions pécheurs, le Christ est mort pour nous, combien plus, justifiés maintenant dans son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère! » Il ajoute : « Car si, étant ennemis, nous fûmes réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, combien plus, réconciliés, serons-nous sauvés dans sa vie! » Ce nouvel a fortiori est plus général : il contient le précédent avec quelque chose de plus : au lieu de pécheurs, il y a ennemis; au lieu de justifiés, il y a réconciliés; au lieu d’un refuge contre la colère, il y a le salut; au lieu de la mort du Christ comme garantie du pardon, il y a sa vie comme gage de vie éternelle. L’a fortiorirepose d'un côté sur ce fait que la vie du Sauveur a une valeur sotériologique encore supérieure à sa mort, car sa mort exprime le côté négatif et sa vie le côté positif de la rédemption (cf. Rom. 45); de l’autre, sur la différence des sujets auxquels la rédemption s'applique : ici, réconciliés (ou justifiés); là, ennemis (ou pécheurs). — Tout le contexte met en relief les dispositions de Dieu à notre égard et l'action divine qui répond à ces dispositions. Il en résulte que ExBpor doit être pris au sens passif (objet de l’inimitié divine) et que xarniéynuev 7 Oe® doit signifier « nous fûmes réconciliés avec Dieu » qui abandonna ses griefs contre nous; la cause de ce changement d’attitude est indiquée : « par la mort de son Fils ».
B) Ce n’est pas assez d'être réconciliés et sauvés; nous devons nous glorifier en Dieu, auteur de notre réconciliation et de notre salut. Les vv. 9, 10 et 11 reprennent point par point la proposition énoncée au début du chapitre : nous sommes justifiés, nous avons la paix avec Dieu, nous nous
glorifions en lui (vv. 1-2); nous sommes justifiés dans le sang du Christ (v. 9) nous sommes réconciliés avec Dieu par sa mort (v- 10), nous nous glorifions en Dieu par N.-S. J.-C., instrument de la réconciliation (v. 11 : à où VÜV TAY xaraXayhv 4éouev). La construction du v. 11 est un peu difficile si on lit avec les éditions critiques xauypevot au lieu de xavywmeba. Le plus simple est de sous-entendre éoév après xavywpmevot, COMME dans 2 Cor. 75; 819; cf, Rom. 324. On peut aussi suppléer mentalement cwinoépeôx de la phrase précédente : Non seulement (nous serons sauvés), mais (nous Je serons) en nous glorifiant en Dieu. Une autre difficulté c'est que la réconciliation paraît tantôt potentielle et objective (v. 10), tantôt actuelle et subjective (v. 11) ;
l’auteur de la réconciliation ; Jésus-Christ en est l'instrument et la cause méritoire, l’homme en est le sujet et comme le récipient. C’est toujours Dieu qui réconcilie et l’homme qui est réconcilié. Il ne s'ensuit nullement que la réconciliation soit unilatérale; mais cette manière de parler, certainement intentionnelle, montre que l'initiative part de Dieu, que l’homme n’a pas de griefs à faire valoir, que c’est donc à lui à recevoir la paix et non pas à l’offrir. La réconciliation en effet descend de Dieu vers l’homme etne monte pas de l’homme vers Dieu; elle commence par l’abandon des griefs du Créateur contre sa créature. Nous étions les ennemis de Dieu comme objet de sa colère; il est vrai que nos péchés l’avaient provoquée, mais comme nous étions impuissants à l’apaiser, il fallut de toute nécessité que Dieu, l’offensé, nous réconciliât à lui. Il y a là une nuance d'expression très fine qui, sans supprimer le concours de l’homme, laisse à Dieu tout l'honneur du résultat. C’est pourquoi, si l’homme n'a pas le droit de se glorifier en lui-même, il peut se glorifier en Dieu qui opère en lui de grandes choses, mais ne les fait pas sans lui.
Aux Corinthiens, plus encore qu'aux Romains, l’Apôtre présente la réconciliation sous ses multiples aspects : « Tout [vient] de Dieu qui nous a réconciliés à lui-même par le Christ et nous à confié le ministère de la réconciliation ; car Dieu se réconciliait les hommes dans le Christ, ne leur imputant pas leurs péchés, et il a mis en nous la parole de réconciliation. Nous remplissons donc un message au nom du Christ, comme si Dieu exhortait par notre bouche. Nous vous en supplions au nom du Christ : Laissez-vous réconcilier avec Dieu. » lei
mais nous savons que l’Apôtre aime à unir étroitement le côté objectif et le côté subjectif de la rédemption.
1.2 Cor. 518: à OÈ névra Ex A) 18 Omnia autem ex Deo, qui nos T0Ù Oeoù ToÙ xaTaNNGEGVTOS ApLÈc ÉQUTE reconciliavit sibi per Christum : Où Xpiotod xai Oévroc Auiv Tv Daxo- et dedit nobis ministerium reconviav The xaTaayhc, ciliationis.
19 bé ôte Oeùc Av év Xpiot® xéouov B) 1% Quoniam quidem Deus eral XATal AG wY ÉauT®, A AoYbGLEVOS in Christo mundum reconcilians QÜTOU TR TApATTOLATA AÜTOV, Xi sibi, non reputans illis delicta ipdépevos ëv Autv Tèv )éyoy Tic xata- sorum, et posuit in nobis verbum Aayñc. reconciliationis.
comme toujours, l'initiative vient du Père. Ce n’est donc pas l’homme quise réconcilie avec Dieu; c’est le Père qui nous réconcilie à lui-même par le Christ ou dans le Christ. La réconciliation est à plusieurs degrés. D'abord Dieu, ayant constitué
20 Yrèp Xprorod oÙv npeobevouey 5 Ci) 20 Pro Christo ergo legatione Toù @eoÙ napauahodvroc à AUEv' fungimur, tanquam Deo exhortante debpela dnép Xptotod. xaTaAAGYNTE TO per nos. Obsecramus pro Christo, Ocà. reconciliamini Deo.
A) Paul vient de dire : « Si quelqu'un est dans le Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées : voici que toutes choses sont devenues nouvelles. » (La Vulgate est susceptible de prendre ce sens en coupant ainsi : « Si qua [creatura] in Christo, nova creatura. Vetera transierunt : ecce facta sunt omnia nova. ») Il poursuit en ces termes : « Tout cela vient de Dieu », c’est-à-dire Dieu a l'initiative de toute cette transformation qu’il opère par le Christ. Et cette transformation commence par les apôtres, plus spécialement en cause, parce qu'on les accuse d’avoir des pensées humaines. Non, ces pensées leur sont étrangères (v. 14-15); ils ne connaissent plus personne selon la chair (v. 16); tout leur être est renouvelé (v. 17). Dieu est l’auteur de ce changement, lui qui se les est réconciliés dans le Christ et qui leur a confié le ministère de la réconciliation (v.18 : le pronom äu&, uiv, désigne les seuls apôtres, puisqu'il s’agit d’eux seuls et qu'eux seuls ont reçu mission de réconcilier les hommes avec Dieu).
B) Du cas particulier des apôtres, Paul s'élève au principe général. La transition, naturelie du reste, était amorcée par l’assertion : Vetera transierunt, ecce facta sunt (omnia) nova. Il ne faut pas traduire : « Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde », mais bien : « Dieu se réconciliait le monde dans le Christ»; car la circonlocution %v xara\\écswy équivaut à un imparfait, avec cette seule différence qu'au lieu d’exprimer simplement l’action de Dieu elle montre Dieu en train d'agir. Le monde est certainement « le genre humain », sens qu’a souvent chez S. Paul le mot xéouoc avec ou sans article. Les deux participes qui suivent n'expriment pas le mode de la réconciliation mais les circonstances qui l’accompagnent, car il est évident que Dieu ne se réconcilie pas le monde en confiant aux apôtres le message de la réconciliation. La réconciliation dont il s’agit ici est objective, idéale; elle concerne l'humanité entière; elle désigne l'attitude nouvelle de Dieu à l'égard du genre humaïn. En vue du Christ (èv Xptor®) Dieu ne tient aucun compte des péchés du genre humain; il agit à l'égard des hommes comme si ces péchés n'existaient pas (à Joy&éumevos aÿroïc rà rapartwuato aÿt@v); bien plus il charge les apôtres d'annoncer à tous ses dispositions bienveillantes (xai Gépevos ëv utv Tôv 16yov th; xaTa)ayic).
C) Tout est prêt maintenant pour la réconciliation subjective, du côté de Yhomme. Les apôtres sont les ambassadeurs de Dieu, ils exhortent en son nom (mpeoGetouev &s toù Oeoû napaxalodvroc À’ Auov), puisqu'ils ont le message (Xéyos) et le ministère (dtaxovia) de la réconciliation, qu'ils en sont les hérauts et, qui plus est, les agents. Leur message est court : « Nous vous en prions pour le Christ (brép, dans son intérêt et pour son service), soyez réconciliés avec Dieu. » On donne avec raison à xata))@ynte un sens réfléchi (laissez-vous réconcilier avec Dieu, faites de votre côté ce qui est nécessaire pour cela); en effet, l’exhortation prouve qu’il y a du côté de l’homme une condition à remplir pour que la réconciliation subjective et effective s'opère.
son Fils victime d’expiation, oublie les crimes des hommes par égard pour ce Fils. Ce n’est encore qu’une réconciliation en puissance; pour qu'elle devienne actuelle, il faut dans l’homme un mouvement de retour, mouvement qui s'opère, avec le concours de l’homme, sur l’appel et sous l'impulsion de Dieu. Les apôtres sont les premiers invités à la réconciliation, dont ils sont constitués les hérauts et les agents, parce qu'ils reçoivent la charge officielle de la promulguer et de la transmettre. Leur message se résume en ceci : « Laissez- ‘vous réconcilier avec Dieu » ; ou, si l’on veut : « Soyez réconciliés avec Dieu. » Enfin, pour que la réconciliation soit effective, les hommes doivent préparer, par leur libre assentiment à La foi, un terrain propice à l'action divine. Initiative du Père céleste, message apostolique, réponse de l’homme à ce message, telles sont les trois phases ou les trois étapes de la réconciliation. Partout où la réconciliation est mentionnée, c’est Dieu qui l’opère par la médiation du Christ; mais, si elle débute par un changement d’attitude de Dieu envers l’homme, elle doit se compléter toujours par un changement d’attitude de l’homme envers Dieu.
Les lettres de la captivité nous offrent une conception un peu différente. Dans l'Épitre aux Éphésiens, un même mot semble exprimer à la fois La réconciliation mutuelle des Juifs et des Gentils entre eux et leur réconciliation commune avec Dieu, sans qu'on puisse dire avec certitude si ces deux réconciliations sont simultanées ou si l’une est présentée comme l’antécédent logique de l’autre !. Toujours est-il que la double réconciliation s'opère par la croix du Christ et par l’union en son corps mystique. Le passage de l'Épitre aux Colossiens est encore plus remarquable ? : il s’agit là d’une double réconciliation qui embrasse à la fois la conversion des hommes à Dieu et le rapprochement mutuel des créatures jusqu'alors en guerre. L'horizon de la réconciliation s'élargit; toutes choses retrouvent la concorde et l'harmonie dans le Christ, le pacificateur universel.
1. Eph. 216, Voir la note P:, p. 333-4. — 2. Col. 1192-20, Voir la note Ke, p. 152-3.
si
La mort, la chair, le péché. — « Notre Sauveur, le Christ Jésus, a détruit la mort et mis en lumière la vie et l'immortalité par l'Évangile!. » La mort a été détruite ou plus exactement rendue impuissante (xarapyhoavrec); c’est un résultat acquis, un premier fruit du Calvaire, un bienfait octroyé au moment même où jaillirent les sources de la vie. 11 ne s’agit pas d’une destruction totale et immédiate, car les hommes, après comme avant la passion, continuent à mourir. Sans doute, désormais « ni la mort ni la vie ne pourront nous séparer de l'amour de Dieu dans le Christ? »; et « soit que nous vivions soit que nous mourions nous sommes au Seigneur® », mais la mort n’en garde pas moins un reste de son antique empire; énervée par le Christ, elle n’est pas encore anéantie: elle ne sera exterminée que la dernière des puissances hostiles, lorsque, à l'heure de la résurrection, elle sera engloutie dans le triomphe suprême du rédempteur #.
Ceux qui considèrent la mort du Christ comme une dette payée pour nous où comme un châtiment subi à notre place, se trouvent ici dans un embarras dont aucune subtilité ne peut les tirer; car une dette une fois soldée n’est plus exicible et un châtiment une fois subi n’est pas infligé de nouveau. Le chrétien ne devrait donc pas mourir; ni linfidèle non plus, puisque Jésus-Christ est mort pour tous les hommes. Si la mort n’est qu’un châtiment que le Christ a subi à notre place, saint Paul nous met en présence de deux assertions contradictoires : « IL n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus * » et : « Le corps est | voué à la] mort à cause du péché6. » D'un côté, plus de condamnation et, done, plus de châtiment; de l’autre, nécessité de mourir à cause du péché, nécessité qui se résout en une condamnation si la mort n’est qu’un châtiment. L'antilogie n’est pas difficile à résoudre, à condition de ne pas imputer
1,2 Tim. 410. — 2. Rom. 858. — 3. Rom. 148. — &. 4 Cor. 155t=0r, 5. Rom. 81. — 6. Rom. 810,
à l’Apôtre ce qu'il ne dit point. La mort est naturelle à l’homme, car elle résulte de sa constitution organique; mais, dans l’état d'élévation surnaturelle, elle est aussi un châtiment du péché. Si Jésus-Christ s'était contenté de nous rendre exactement ce qu'Adam nous a fait perdre, la mort rédemptrice du Christ devrait nous remettre en possession de l'intégrité et de l’immortalité originelles. Mais le plan du salut est tout autre : il ne consiste pas à nous restituer les biens perdus, mais à y substituer quelque chose de préférable. Notre lot actuel est meilleur mais différent : au lieu d’abolir le décret de mort, Dieu nous octroie l’immortalité glorieuse; au lieu d’éteindre la concupiscence, il nous donne, avec la certitude de vaincre, tout le mérite de la victoire. En attendant le triomphe final, « notre corps est mortel à cause du péché », mais la mort est impuissante à garder sa proie; nous avons à lutter contre la chair, mais nous n’en sommes plus les esclaves; le péché continue ses attaques, mais nous sommes. affranchis de sa domination : « La loi de l'Esprit de vie dans le Christ Jésus nous a délivrés de la loi du péché et de la mort. » La loi de la mort et du péché, cette force par laquelle la mort et le péché maintenaient leur empire, est brisée par une force supérieure, la grâce sanctifiante ou « la loi de l'Esprit de vie » : le péché ne peut plus nous subjuguer malgré nous, ni la mort nous retenir sous son étreinte. La mort et la concupiscence sont donc bien toujours une suile, une conséquence du péché, puisque en fait elles n’existeraient pas sans lui. Faut-il les appeler encore un chdtiment du péché, même dans le juste « pour qui il n’y a point de condamnation [en tant qu’il est] dans le Christ Jésus »? C’est une question de mots, sans grande importance théologique. Tou- Jours est-il que la libération du chrétien n'est pas instantanée mais progressive : idéale au Calvaire, où le Christ défait l'œuvre d’Adam pour refaire en mieux le sort de l’humanité; réelle, quoique imparfaite, au baptème où le chrétien commence à participer effeclivement aux destinées du Christ; complète à la résurrection, où se consomme le plan divin. La Loi. — Avec la Loi mosaïque, les conditions sont bien différentes. Commesonmaintienouson rejetest indépendant du
concours de l’homme, il n’y a point à chercher de moments successifs dans son abrogation. Elle disparait naturellement avec le Christ qui est sa fin, quand elle n’a plus de raison d'être, quand se réalisent les promesses inconciliables avec elle !, Mais, garderait-elle en principe sa validité, Le chrétien, par le fait du baptème, est soustrait à son empire : «Mes frères vous aussi vous mourûtes à la Loi par le corps du Christ afin d’être à un autre, à celui qui est ressuscité d’entre les moris, afin que nous portions des fruits pour Dieu. Car, lorsque nous étions dans la chair, les passions pécheresses, provoquées par la Loi, agissaient dans nos membres, de sorte que nous portions des fruits pour La mort. Mais, maintenant nous avons été dégagés de la Loi, étant morts à cette Loi dans laquelle nous étions retenus [captifs], de sorte que nous servons [Dieu] dans la nouveauté de l'esprit et non dans la vétusté de la lettre?, »