‹ La théologie de Saint PaulChapitre 487 sur 630 · Cf. p. 147-148 et t. I, p · texte numérisé non relu

Cf. p. 147-148 et t. I, p

2, Rom. 7456. Voyez t. I, p. 313-315, pour le sens général du passage. — A) Le v. 4 (Itaque et vos mortificati estis legi per corpus Christi) se lie immédiatement au v. 1 (lex in homine dominatur quanto tempore vivit), dont il tire la conclusion (itaque) : « Vous ne vivez plus, car vous êtes morts mystiquement dans le Christ; donc vous êtes morts à la Loi. » Paul fait allusion au baptême qui nous greffe sur la mort du Christ ou sur le Christ mourant (Rom. 6-5). Le corps du Christ est donc le corps mystique auquel le baptême nous incorpore. La mort physique du Christ tue aussi objectivement la Loi (Col. 214; Eph. 214-15) mais, abstraction faite du baptême, elle ne nous fait pas mourir personnellement à la Loi. — B) Il y a au v. 6, entre la Vulgate {nunc autem soluti sumus a lege mortis, in qua detinebamur) et le texte original le mieux attesté (vuvi G xarnpyfônuev àTrd xoÿ vépou, amaxfavévrec EV @ xaretyôucô«), une notable différence. Au lieu de ànobavévrec, le traducteur a lu r05 davérov. Cependant les deux rédactions affirment le point capital, qui est la liberté du chrétien par rapport à la Loi. Dans l’incise grecque AToPRVÉVTEC Ev & ateryôuebo, l'antécédent du relatif est sous-entendu : « étant morts [à ce] . en quoi (ou par quoi) vous étiez retenus [captifs] »; et les commentateurs se demandent si cet antécédent sous-entendu désigne la Loi elle-même (comme nous l'avons supposé dans notre traduction), ou bien le vieil homme soumis à la Loi. Le sens de la phrase n’est pas gravement affecté par cette controverse. — C) La grande majorité des exégètes pensent que l’allégorie du mariage se continue dans les versets 4-6; que dans ut silis allerius (v. 4) il faut sous-entendre wiri et non pas domini; que fructificare (v. & et 5) indique la fécondité du mariage. Cependant quelques bons commentateurs modernes, revenant à l’explication d'Origène et de Chrysostome, sont d'avis que l’allégorie a pris fin, que l’idée de mariage avec J ésus-Christ ressuscité ne convient pas ici, que dans mortificali estis legi per corpus Christi, ut sitis alterius il faut suppléer domini (cf. Rom. 66), que les fruits sont ceux dont il est parlé plus haut (Rom. 621-?? : liberali à peccato, servi autem facti Deo, habetis fructum). Le v. 6 (soluti sumus a lege. ita ut serviamus), où l’idée de service est clairement substituée à celle de mariage, milite fortement en faveur de leur exégèse.

Si les détails de ce texte prêtent aux discussions, le sens général ne fait pas de doute. Au baptème, le chrétien « meurt à la Loi », il est tué pour la Loi ; s’il était Juif, la Loi perd tout pouvoir sur lui; s’il était païen, la Loi ne peut plus exercer sur lui aucune revendication. Le baptême en effet est une mort mystique où nous sommes unis au Christ mourant. Or la mort étant le terme des obligations passées éteint donc notre dette envers la Loi de Moïse qui n’a plus de créance à faire valoir contre nous. C’est peut-être la pensée qui se cache au fond de ce passage énigmatique : « Par la Loi, je mourus à la Loi; j'ai été crucifié avec Jésus-Christ!. » On comprend aisément que le fait d'être crucifié avec Jésus-Christ est une mort à la Loi : saint Paul nous a familiarisés avec cette idée ; maiscomment « par la Loi suis-je mort à la Loi » ? Y a-t-il connexité entre ces mots et l’incise suivante; et, dans ce cas, s'agit-il de l’union idéale avec le Christ crucifié au Calvaire, ou de l'union mystique avec lui au baptême? Quelque explication qu’on donne de ce texte obscur, il reste que si, par impossible, la Loi mosaïque n’était pas abrogée pour tout le monde, elle le serait pour le chrétien. Mais, outre cette mort du chrétien à La Loi

1. Gal. 218 : ei yap à natéluoa 18 Si enim quæ destruxi, iterum Tata réhiv oixo0oUS, rapabarhv Epavrdov | ædifico : prævaricatorem me consti- GUVLGTAVL. {uo.

19 éy® yèp d1à vépou vou amébavoy 19 Ego enim per legem, legi morva Oeo Enow' Xpioto ouvvectatpoua. | tuus sum, ut Deo vivam : Christo confixus sum cruci.

Les idées de ce passage sont étroitement unies entre elles (remarquez les deux yép) et la difficulté est d'en présenter une exposition cohérente. Le v. 18 se lie au précédent dont il donne la preuve (y&e). Paul vient de dire : « Si en cherchant la justification dans le Christ nous nous trouvons être pécheurs, le Christ est-il donc l'agent du péché? A Dieu ne plaise! » Le v. 18 fournit la raison de cet absit. Loin de là, « car [au contraire] si je réédifie ce que j'ai détruit (en proclamant nécessaire pour le salut une Loi que j'ai reconnue inutile) je me constitue moi-même prévaricateur », c'est-à-dire violateur (tapa6arñv) de la Loi. Pourquoi? Le v. 19 nous l’apprend : « Car par la Loi je mourus à la Loi. « Revivre à la Loi c’est donc aller à l’encontre des intentions de la Loi; c'est la violer. Sans doute on pourra se demander comment, par la Loi, Paul mourut à la Loi. Comme il est impos- Sible d'entendre : « par la Loi de l'Évangile je mourus à la Loi de Moïse », vu qu'on ne saurait donner à la Loi, dans cette locution &tà véuou vôuw, deux acceptions si différentes, la réponse la plus raisonnable sera celie de saint Augustin et de saint Chrysostome : « Par la Loi qui me conduisait au Christ et me le montrait (Gal. 324 : 6 vépos ratdaywydc sis Xpuotév), je mourus à la Loi

qui n'avait plus de raison d’être dès qu’elle eut rempli cet office. »

et la mort pour ainsi dire naturelle de la Loi parvenue à son terme, il y a une mort violente que saint Paul nous décrit en deux passages parallèles d’une singulière énergie.

Le tableau de l'Épitre aux Éphésiens est d’une solennelle et tragique grandeur : « Souvenez-vous qu’autrefois, vous païens en la chair, traités d’incirconcis par ceux qu'on appelle circoncis [et qui le sont] en la chair, par la main de l’homme, [souvenez-vous, dis-je, ] que vous étiez en ce temps-là sans Christ, exclus de la théocratie d'Israël, étrangers aux alliances de la promesse et sans Dieu dans le monde. Mais maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez loin, vousavez été rapprochés dans le sang du Christ. Car il est notre paix, lui qui des deux n’en fait qu’un, ayant renversé le mur de séparation, l'inimitié, ayant annulé dans sa chair la loi des préceptes [consistant] en ordonnances [multiples], afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau — lui, l'auteur de la paix — et de les réconcilier l’un et l'autre avec Dieu en un seul corps par la croix, détruisant par elle l’inimitié. Et il est venu annoncer la paix à ceux qui étaient loin, et la paix à ceux qui étaient près, car par lui nous avons accès les uns et les autres auprès du Père dans un même Esprit. » La pensée qui se dégage de cette phrase si chargée d’incidentes est assez simple. L’Apôtre se représente les deux fractions de l'humanité comme éloignées l’une de l’autre et séparées par une infranchissable barrière. La barrière c'est la Loï; la cause de l'éloignement c’est encore la Loi. En effet la Loi donnait aux Juifs tous les privilèges: espérances messianiques, théocratie, alliance divine, connaissance du Dieu véritable. Étrangers à tout cela, les Gentils étaient traités d'incirconcis par les fils de la circoncision; et, chose plus grave, ils étaient sans Christ, sans Dieu, sans espérance. Ils étaient loin des Juifs de toute manière etl’hostilité réciproque qui régnaitentre eux augmentait la distance. L'idée qui flotte devant l'esprit de Paul, quand il écrit ces lignes, est le dessein de Dieu de former avec ces deux éléments hétérogènes une seule famille, une seule maison, qui sera l'Église, un seul corps, une seule personne morale, qui sera le Christ mystique. En même temps, il est hanté par deux textes

scripturaires qui ont avec son sujet un rapport saisissant :

l’un de Michée prédisant que le Messie sera la pair, c’est-àdire le pacificateur par excellence, l’autre d'Isaie annonçant qu'il donnera la paix à ceux qui sont près et à ceux qui sont loin. Comment s’accomplira cette double prophétie? Elle se réalisera en éliminant toutes Les causes de haines et de discordes, en supprimant la distance qui séparait les deux peuples, en renversant la barrière qui les divisait et qui n’était autre que la Loi mosaïque avec ses onéreux privilèges. Jésus-Christ opère tout cela en fondant les deux peuples enun dans l’identité de son corps mystique.

La législation antique avait écrasé les Juifs de son poids intolérable et c’est pour les chrétiens un insigne bienfait d’en être déchargés. C’est encore la mort du Christ qui leur procure cet avantage : « Vous qui étiez morts par vos offenses et

par l’incirconcision de votre chair, il vous a vivifiés avec lui, nous pardonnant nos offenses, effaçant l'acte des préceptes’

[écrit] contre nous qui nous était contraire : et il l’a fait disparaitre en le clouant à la croix. » Il est parfaitement certain que « l’acte authentique consistant en préceptes » désigne la Loi de Moïse. Cet acte était écrit « contre » les Juifs parce qu'il leur imposait de nombreux et rigoureux devoirs et les exposait, en cas de violation, à de sévères représailles; il leur était « contraire » pour les mêmes raisons et aussi parce qu'il retardait l'accomplissement des promesses messianiques. IL était également contraire aux Gentils, qu’ilisolait dans leur délaissement et excluait de la théocratie. Aussi « le code des préceptes » est-il annulé ; Dieu Le fait disparaître pour qu'il n’en reste plus de traces et que nul ne puisse s'en autoriser contre les disciples du Christ; enfin il le cloue à la croix du Sauveur, comme pour le punir de ses méfaits et donner plus d'éclat à son abrogation. La Loi, qui portait en elle tant de germes de caducité, expire ici de mort violente et saint Paul conclut triomphalement : « Que personne ne vous juge en fait d’aliments ou de boissons, ou en ce qui concerne les fêtes ou les néoménies ou les sabbats : c’est là l'ombre des choses à venir. » La Loi mosaïque termine sur la croix sa dramatique carrière : elle a tué le Christ, le Christ la tue à son tour.

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