II. EXÉGÈSE CATHOLIQUE
1. Désaccord des Pères. — En dehors des commentateurs — l’Ambrosiaster, S. Éphrem, $. Jean Chrysostome, Théodore de Mopsueste, Pé- Jlage, Théodoret, Primasius, $S. Jean Damascène, Œcuménius, Walafride Strabon, Rhaban Maur, Atton de Verceil, Hervé, Théophylacte, Euthymius et autres plus récents — les Pères dont les noms suivent se sont occupés plus ou moins longuement du texte eschatologique (2 Thess. 21-10) : S. Irénée, Contra hæres. v, 25 et 28 (VIII, 1189-1192, 1198); Tertullien, De resur. carnis, 24 (II, 874-877); S. Cyrille de Jérusalem, Catech. xV, 9-17 (XXXIII, 881-893); S. Jérôme, Zpist. ad Algasiam cxxx, 11 (XXII, 1035-1038); S. Augustin, De civit. Dei xx, 19 (XLI, 685-687).
L'évêque d'Hippone explique ce texte obscur avec une admirable réserve que ses contemporains auraient bien fait d’imiter et qu’on peut recommander encore aux exégètes de nos jours : « Nulli dubium est [Paulum] de Antichristo ista dixisse; diemque judicii (hunc enim appellat diem Domini) non esse venturum nisi ille prior venerit quem refugam (Papostat, traduction de äroctacta) vocat, utique a Domino suo. Sed in quo templo Deï sit sessurus incertum est... Quod autem ait Æ{ nunc quid detineat scilis… quoniam scire illos dixit, aperte hoc dicere noluit…. Ego prorsus quid dixerit, me fateor ignorare. Suspiciones tamen hominum, quas vel audire, vel legere potui, non tacebo. » Et après avoir énuméré un certain nombre de ces hypothèses : « Alius ergo sic, alius autem sic Apostoli obscura verba conjectant; quod tamen eum dixisse non dubium est, non veniet ad vivos et mortuos judicandos Christus, nisi prius venerit ad seducendos in anima mortuos adversarius ejus Antichristus. »
Aux antipodes de $S. Augustin est S. Cyrille de Jérusalem. D’après lui l'Antéchrist sera un mage qui, usurpant l'empire et se faisant passer pour le Christ, séduira les Juifs par ses impostures et les Gentils par ses prestiges. Il viendra quand l’empire romain touchera à son terme. Il sera renversé au retour triomphal du Sauveur, après trois ans et demi de règne. L’Antéchrist sera l'instrument de Satan; il détruira les idoles pour se faire adorer seul. Il siégera dans les ruines du temple de Jérusalem. On croit en distinguer déjà les signes avant-Coureurs : guerres, schismes, haines fratricides. Cependant le saint docteur espère que la venue du grand adversaire n’est pas imminente.
Entre ces deux extrêmes se rangent les autres Pères. Ils sont d'accord, nous l’avons dit, à regarder le Jour du Seigneur comme le retour personnel du Christ venant juger les vivants et les morts, et à considérer VAntéchrist comme un individu, non comme une force morale : cependant Augustin connaissait des personnes qui préféraient cette dernière hypothèse et quelques-uns pensent que lAntéchrist pourrait être une incarnation du démon (Pélage). Ils s’accordent également à rapprocher notre passage de Daniel, de l’Apocalypse, du discours eschatologique de Jésus-Christ, et en proclament à l’envi la mystérieuse obscurité. Il ne faut donc pas s'étonner de les trouver divisés sur tous les autres points.
2, L'obstacle. — Ils le sont complètement sur le point capital : l'obstacle qui s’oppose à l'apparition immédiate de l’Antéchrist. Tertullien se prononce sans hésiter pour l'empire romain : « Nisi veniat abscessio primo, hujus utique regni, et reveletur delinquentiæ homo, id est Antichristus. Jam enim arcanum iniquitatis agitatur, tantum qui nunc tenet teneat, donec de medio fiat. Quis nisi Romanus stlalus, cujus abscessio in decem reges dispersa Antichristum superducet? Et tunc revelabitur iniquus. » — L'Ambrosiaster ne montre pas moins de loyalisme : « Non prius veniet Dominus, quam regni Romani defectio fiat, et appareat Antichristus, qui interficiet sanctos, reddita Romanis libertate, sed suo tantum nomine. Nisi venerit defectio primum, quam regni Romani abolitionem superius intelligendam memoravi; ut cum defecerit, et venerit Antichristus, tune adventus Domini venire credatur.….. Deficiente autem regno Romano, et ille de cælis mittetur deorsum, projectus in terram » etc. — S. Jérôme se rallie à cette opinion : « Nisi fuerit Romanum imperium ante desolatum et Antichristus præcesserit, Christus non veniet.. Nec vult aperte dicere Romanum imperium destruendum, quod ipsi qui imperant æternum putant » (XXII, 1037). On trouve dans Chrysostome la même idée qui est partagée par un grand nombre de commentateurs anciens (Primasius, etc.) et modernes (Bisping, Panek, etc.); mais ces derniers sont obligés de remplacer l'empire romain disparu depuis longtemps par l’état chrétien qui n'existe plus guère nulle part. — Comme cette solution ne satisfaisait pas tout le monde, on a cherché ailleurs l'obstacle. Théodore de Mopsueste (Comment. in epist. Pauli, édit. Swete, Cambridge, 1882, sur 2 Thess. 25 et Théodoret proposent le décret de Dieu. Ce dernier réfute l’opinion précédente et celle qui voit l’obstacle dans les charismes du Saint-Esprit (LXXXII, 664-665) : Tivës To natéyov Tv ‘Pouaïxnv évémoav Baciherav tuvès Gi rhv yépuv toù Ilvsümatoc.…. OÙdétepov ToUtwv ofuat pévar dv Betov ’Améctodov &A1X To map” érépwv eipnuévov [par exemple Théodore de Mopsueste] dAnGès eivar Ünolau6dvw. ’Edoximace yap 6 Tv 6lwv Oeds mapà Tov TAÇ Guvtehetos aûrov 6P0%var xarpôv. ‘O Toù eo Toivuv aûrdv 6pos vÜv ÈtÉyEL pavivaz. Théodoret joint à ce décret divin ce qui peut en être le motif : la nécessité que l’Évangile soit prêché auparavant dans tout l’univers. S. Éphrem adopte la même opinion. — D’autres ont pensé que c’est la foi des chrétiens qui s'oppose à la venue de l’Antéchrist. L'hypothèse, mentionnée déjà par $. Augustin, insérée ensuite dans la Glose ordinaire par Walafride Strabon, est acceptée par plusieurs commentateurs (Menochius etc.). — Estius suppose que c’est l’apostasie elle-même, laquelle n’étant pas encore venue retarde l'apparition de l’Antéchrist. — Saint Thomas, après avoir énuméré cinq hypothèses, sans en embrasser aucune, rappelle le mot de S. Augustin cité plus haut et conclut : « Præterea hoc non erat multum necessarium ad sciendum. »
Que ce soit la moralité de cette digression exégétique. Elle nous dispensera d'examiner par le menu ce que doit être un jour l’Antéchrist. Il ne faut pas appliquer aux énonciations apocalyptiques les règles de lPexégèse ordinaire, parce que trop de données inconnues empêchent d’asseoir les hypothèses sur une base ferme,