‹ La théologie de Saint PaulChapitre 52 sur 630 · I. EXÉGÈSE HÉTÉRODOXE · texte numérisé non relu

I. EXÉGÈSE HÉTÉRODOXE

Les interprétations des Pères et des commentateurs, patiemment recueillies par Bornemann (Die Thessalonicherbriefe dans Meyer’s Kommentar, Gœttingue, 1894, Geschichte der Deutung von ? Th. 21-12, p. 400-459 et Zur Geschichte der Auslegung der beiden Thessalonicherbriefe, p. 538-708) et par G. Wohlenberg (Der erste und zweile Thessalonicherbrief, Leipzig, 1903, p. 170-209) sont si divergentes qu’elles ne laissent guère espérer pour l'avenir ce qu’elles n’ont pas donné dans le passé. Parmi les écrivains non-catholiques on peut distinguer trois systèmes principaux.

1. Système protestant qui voit l’Antéchrist dans le pape et l’obstacle dans l'empereur. Le pape ne s’est-il pas élevé au-dessus de tout ce qu’il y a de divin et d’auguste (oé6aoue, allusion à oe6acréc, l’empereur)? Ne s'est-il pas assis dans le temple de Dieu et fait adorer comme Dieu, par la puissance despotique qu’il s’arroge et les honneurs qu’il revendique? Seul, l'empereur enraya les progrès du papisme. Le mystère d’iniquité opérait déjà du temps de saint Paul, car il y avait dès lors des germes d’esprit catholique; mais le Christ l’a anéanti du souffle de sa bouche, c'est-à-dire par l’esprit de la Réforme. Quelques protestants se séparent de leurs core ligionnaires en ce qu'ils admettent deux Antéchrists : l’un pour l'Orient, Mahomet et l’islamisme, l’autre pour l'Occident, le pape et la papauté. 11 n’y à pas longtemps que les luthériens, les calvinistes et les anglicans ont renoncé à cette exégèse, plus sacrée pour eux que ne l’est pour les catholiques la définition conciliaire la plus solennelle. En 1518, Luther commençait à soupconner que le pape était l’Antéchrist; en 1519, il le disait à l'oreille d’un confident; en 1520, il en était presque sûr; à la fin de cette même année, il en était devenu tout à fait certain. Dix ans plus tard, il s’indignait que la confession d’Augsbourg eût dissimulé un article de foi si fondamental. La chose fut enfin définie à Smalkalde : « Hæc doctrina præclare ostendit papam esse ipsum verum antichristum, qui supra et contra Christum sese extulit et evexit, quandoquidem Christianos non vult esse salvos sine sua potestate.. Hoc proprie loquendo est se efferre supra et contra Deum, sicut Paulus 2 Thess. 2? loquitur. » Bornemann (op. cit. p.415) donne une liste, incomplète, de quarante-cinq théologiens protestants de diverses sectes qui ont docilement accepté cette exégèse. On est étonné d’y trouver les noms de Michaelis et de Bengel.

2. Système historique. La prophétie s’est réalisée du temps des apôtres, presque sous les yeux de saint Paul. C’est moins une prophétie qu’une prévision d'événements prêts à se réaliser. Mais les exégètes de cette école s'entendent peu. L’Antéchrist serait Caligula, l’impie Simon le Magicien, l'obstacle Vitellius (Grotius); ou bien l’impie serait Titus, l’obstacie Néron, la défection représenterait la guerre civile de l’an 70 (Wetstein); ou bien l'Antéchrist serait Simon le Magicien, la défection l’hérésie gnostique, Vobstacle l'union temporaire du judaïsme et du christianisme (Hammond); ou bien l’Antéchrist serait Néron, l’apostasie encore l'erreur gnostique, l'obstacle Claude (Düllinger) ete. Pour d’autres, l'obstacle serait saint Paul lui-même (Koppe, Schott et Grimm), ou bien tous les apôtres et spécialement saint Jacques (Bühme), ou bien Élie (Ewald), ou bien Sénèque (Kreyher)! Inutile d'aller plus loin.

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