‹ La théologie de Saint PaulChapitre 543 sur 630 · D ER · texte numérisé non relu

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nous quelque chose d’analogue à l’union du Verbe incarné avec la nature humaine. Il y a pourtant une différence : dans l'union hypostatique du Verbe, un lien substantiel et indissoluble joint les deux extrêmes; tandis que, dans l'habitation du Saint-Esprit, le lien ne serait qu'accidentel — parce qu'il aurait lieu avec une faculté de l'âme, non avec sa substance, etqu'il pourrait se rompre — mais il serait toutefois personnel à l'Esprit de sainteté. Cette théorie séduisante est bien difficile à concevoir. Son inventeur lui-même ne réussit pas à l'expliquer. « Elle n’est pas encore, dit-il, suffisamment élucidée!. » Sur quoi se fonderait la relation spéciale de consécration ou d'appartenance qui unirait l’âme juste au Saint- Esprit? Quelle fonction hypostatique — ou quasi hypostatique — l'Esprit-Saint peut-il exercer dans l’âme? Et s’il s’unit à elle par une opération, comme serait la production de la grâce sanctifiante, pourquoi son union serait-elle im-

1. L'opinion de Petau n’est pas à confondre avec la théorie de Pierre Lombard. Celui-ci enseignait, non seulement que le Saint-Esprit est présent d'une manière spéciale dans l’âme juste, mais qu’il y tient lieu de la vertu de charité dont il produit l’acte en nous. Quelques-uns de ses disciples disaient même que le Saint-Esprit, en tant qu'il habite en nous, s'appelle la grâce et que, en tant qu'il s’unit à notre volonté, il est la charité par laquelle nous aimons Dieu. Petau admettait une grâce et une charité créées et partant distinctes du Saint-Esprit; il disait seulement, avec quelques réserves : « Certa quædam ratio est, qua se Spiritus sancti persona sanctorum justorumque mentibus applicat, quæ ceteris personis eodem modo non competit » (De Trinil. VIII, vi, 6). Le S.-Esprit serait « veluti forma qua sancti Deoque grati et adoptivi filii sunt (/bid. n° 3)... quasi forma sanctificans etadoptivum reddens sui communicatione filium (/bid. n° 8) ». Cette présence est propre au S.-Esprit, quoiqu'il soit malaisé de dire comment (Jbid. n° 6). Elle est « secundum hypostasim, non secundum essentiam » (Jbid. n° 6), autrement elle serait commune aux trois personnes; cependant elle n’est pas hypostatique (Ibid. n° 12), c’est-à-dire qu’elle a lieu avec la personne même du S.-Esprit mais qu’il n’en résulte pas une personne, une hypostase, comme dans l’union du Verbe avec l'humanité. — La grande difficulté est que la tradition ne connaît et que nous ne concevons d'autre union propre à une personne divine que l’union hypostatique; on ne voit pas en effet ce qu’une personne divine peut donner en propre à une nature finie si ce n’est sa personnalité, puisqu'elle n’a pas autre chose en propre. Petau n’en savait pas plus long que nous à cet égard ou, s’il savait quelque chose de plus, il l’a gardé pour lui : « Nostra quæ privatim sit opinio, vel non dico, quia rem nondum compertam satis habeo; vel.hoc loco non dico » ({bid. n° 6). Comme conséquence, Petau pense que le S.-Esprit n’était présent dans les justes de l'Ancien Testament que par son opération (nat évépyetav), tandis qu’il habite substantiellement (oUouwÈac) dans ceux du Nouveau (De Trinit. VIII, vu, 1 et 5). Mais c’est un autre inconvénient grave de son système.

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médiate, alors que les dèux autres personnes, qui ont partagé son activité, ne seraient unies que par intermédiaire ? Au demeurant, nous ne voyons rien dans saint Paul qui autorise cette hypothèse.

Hôte de notre âme, l'Esprit de sainteté n'y est point inactif. Toute la floraison de notre vie spirituelle s’épanouit à son souffle. Aussi est-il appelé par saint Paul « Esprit de vie? » et par saint Jean « Esprit vivificateur*? ». Tous les charismes, de quelque nature qu'ils soient, sont conférés par luié. C’est à lui que l’Apôtre doit la révélation du grand mystère qui est l’article fondamental de son évangile; car

l'Esprit qui sonde les profondeurs de Dieu les révèle à qui il Jui plait5. Mais son action s'étend à tous les chrétiens et à

toutes les manifestations de la vie surnaturelle, depuis la régénération baptismale jusqu'à l’éternelle béatitude. Obéir aux impulsions de la grâce se dit couramment « marcher

dans l'Esprit, être mu par l'Esprit® »; l’ensemble de toutes ”

les vertus c’est « le fruit de l'Esprit? » ; tout ce qui nous élève au-dessus de notre nature charnelle et psychique, tout ce qui nous jette dans une atmosphère divine, tout ce qui nous transforme en êtres « spirituels », selon l'expression préférée de Paul, reçoit le nom général d’ «esprit$ », par allusion à la source dont il émane.

L’Esprit-Saint est amour et le propre de l'amour est de donner, dese donnersoi-même avec tous ses dons : « L'amour de Dieu est épanché dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous fut donné ?. » L'amour dont Dieu nous aime se manifeste par le don de l'Esprit et en même temps par une effusion de grâce sanctifiante qui est un effet de l'Esprit présent en nous. Cette effusion n’est pas transitoire ; elle est inhérente, elle subsiste inséparablement unie à l'Esprit qui la cause. IL ya donc en nous autre chose que l'Esprit; il y a le produit de

ni Cf. B. Froget, O. P., De l'habitation du Saint-Esprit dans les âmes Justes d'après la doctrine de S. Thomas?, Paris, 1900; surtout l’Appendice : Exposilion et réfutation de l'opinion de Petau relative à l'habitation du Saint-Esprit dans les âmes justes, p. 447-475.

2. Rom. 82. — 3, Joan. 665%, — 4. 1 Cor. 124, — 5. 1 Cor. 210,

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