Gal. 515, — 6, Rom
gime de la grâce !. Nulle solution de continuité : le Nouveau Testament prend à sa charge la loi morale de l'Ancien qu'il supplante; non content de la sanctionner, il la perfectionne et la complète : « Tout ce qui est vrai, écrit Paul aux Philippiens, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout qui est de bon renom, vertueux et digne d’éloge, que ce soit l’objet de vos méditations. » Voilà toute la loi naturelle, sous ses divers aspects, proposée aux fidèles; mais ce n’est plus comme loi naturelle seulement qu'elle oblige : « Tout cela, ajoute l’Apôtre, vous l'avez appris et reçu [de nous]; vous nous l'avez entendu dire et vu faire à nous-mêmes ; pratiquez-le?. » Grâce à la révélation évangélique, la loi naturelle -— comme aussi le code sinaïtique dans sa partie morale — redevient une loi positive. Seulement, la relation de l’homme à la loi n’est plus la même. Le défaut capital de la Loi ancienne était d’être extérieure à l’homme et peu proportionnée à notre état actuel de déchéance. Il fallait, pour rétablir l'équilibre, ou abaisser la Loi au niveau de l’homme tombé, ou élever l'homme au niveau de la Loi divine. Elle avait été imposée aux Israélites par le double intermédiaire de Moïse et des anges, au milieu des terreurs du Sinaï. Né sujet de la Loi, comme membre de la race élue, le Juif, dès le premier éveil de sa raison, en subissait, bon gré mal gré, le fardeau, rendu plus accablant par le sentiment de son impuissance ?. Rien de spontané, de libre, de généreux, de filial. L’esclave de la Loi ne pouvait nourrir que des pensées d’esclave : crainte, défiance et ennui.
Tout autre est la situation du chrétien. Par l’acte de foi et par le baptème qui en est le sceau, il s'est mis librement au service de Dieu et s’est fait soldat du Christ. Il n'échappe au joug de la Loi qu’en abdiquant son indépendance. La volonté
1. Mat. 517 (oùx Hfov xaralüoæ SMS rnpüow). Le mot rinpüou, employé absolument, doit s'entendre au sens le plus compréhensif : vérifier les prophéties et parfaire la Loi. En effet, dans le discours sur la Montagne, la Loi ancienne n’est abrogée que pour être aussitôt rétablie plus parfaite (Mat. 521.22. 27-28- 81-35.34- 48.44), Chaque opposition à la Loi de Moïse donne lieu à un crescendo (Dictum est antiquis. ego aulem dico vobis).
9, Phil. 48°, — 3. Rom. 714. — 4. Gal. 319. — 5. Rom. 75-11,
de Dieu, acceptée de plein cœur et embrassée par avance dans la mesure où elle se manifestera, devient sa règle de conduite : « Ne savez-vous pas qu'en vous livrant à queiqu'un comme esclaves pour lui obéir, vous devenez esclaves de celui à qui vous obéissez?.. Maintenant, affranchis du péché et asservis à Dieu, vous avez pour fruit la sanctification et pour fin la vie éternelle. Car la solde du péché, c’est la mort; mais le don de Dieu, c'est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur !. » Il n’est guère douteux que Paul en écrivant ces lignes, n’ait en vue l’esclave juif et le soldat romain ?. Chez les Hébreux, l'esclavage différait peu de la domesticité ordinaire; pour des compatriotes, il ne pouvait, en aucun cas, se prolonger au delà de six ans sans le consentement exprès de l'intéressé. Ce consentement donné, l’esclave entrait de plein droit, et pour toujours, dans la maison de son maître, mais sa position n'avait rien d'humilié ni de dégradant; il faisait partie de la famille ; il jouissait des privilèges religieux de la nation; c'était un homme et un citoyen, et non pas, comme chez les Gentils, une bête de somme. Aussi Paul, qui repousse avec tant d'énergie tout soupçon de bassesse et de servilisme, aime-t-il à se dire l’esclave du Christ et même l’esclave de ses frères pour l’amour du Christ. Esclave du Christ, il est aussi le soldat du Christ. On sait que les légions romaines n’enrôlaient que des hommes libres. L’enrôlement des servi, même après affranchissement préalable et en cas de force majeure, avait toujours passé pour un fait de mauvais exemple, peu compatible avec la majesté des aigles. Les recrues, en prêtant serment, vouaient leur vie à l’imperator et s'astreignaient à une obéissance absolue, souvent plus dure que l'esclavage, mais relevée et ennoblie