Cor
3. 71 : Ilep dv éypébare. Il semble à peu près sûr que ces trois personnages (1617) étaient les porteurs de la lettre. Par délicatesse, Paul ne fait aucune allusion aux renseignements qu’ils lui ont fournis de vive voix, mais il est probable qu’ils lui auront parlé des abus relatifs à la célébra.tion de lagape (118 : Axodw cxicuata év oui DTapyELv).
Coteries et factions. — Le péril le plus urgent naît de l'esprit de parti; l’Apôtre y consacre le premier quart de sa lettre : «Je vous en conjure, frères, au nom de Notre-Seigneur Jésus- Christ; dites tous la même chose et qu'il n’y ait point parmi vous de factions, mais soyez parfaitement unis dans un même sentiment et une même pensée. J'ai appris, mes frères, à votre sujet par les gens de Chloé, qu'il y a des disputes parmi vous. J'entends par là que chacun de vous dit : Moi, je suis de Paul! Et moi, d’Apollos! Et moi, de Céphas! Et moi, du Christ! Le Christ est-il donc divisé? Est-ce que Paul a été crucifié pour vous, ou avez-vous été baptisés au nom de Paul? Je remercie Dieu de n'avoir baptisé aucun d’entre vous — si ce n’est Crispe et Caïus — afin qu'on ne puisse pas dire que vous avez été bap-tisés en mon nom. J’ai baptisé encore la maison de Stéphanas; au surplus, je ne sache pas que j'aie baptisé quelque autre personne. Car le Christ m’a donné mission non de baptiser mais de prêcher; et cela sans la sagesse du langage, afin de ne pas rendre vaine la croix du Christ!. » Comme, à peu de chose près, l’histoire des partis à Corinthe se borne à ce renseignement, il ne faut pas être surpris si les critiques se sont mis en frais d’hypothèses. Presque toutes les combinaisons possibles ont été épuisées. Mais d'abord qu'étaient ces partis? Ce n'étaient pas des schismes : le mot cyisux n’avait pas encore le sens théologique qu'il reçut depuis. Ce n'étaient pas des sectes : tous professaient la même foi, fréquentaient les mêmes assemblées, prenaient part au même festin eucharistique. Ce n'étaient pas non plus des groupes bien définis : tous reconnaissent l'autorité de Paul qui tour à tour les encourage, les exhorte, les reprend, les menace, comme ses enfants dans le Christ. Ainsi le dépôt de la foi demeurait intact, le lien de la charité n’était pas rompu; tout consistait en brigues, en rivalités personnelles, dont les anciennes factions de Byzance et
1. 1 Cor. 110-17, — Voir la monographie de Rohr, Paulus und die Gemeinde von Korinth, Fribourg-en-Br., 1899 (Biblische Studien, IV, 4).
du Bas-Embpire, ou les coteries qui se forment encore de nos jours autour d'un orateur ou d’un conférencier en renom, peuvent donner une assez juste idée.
À Corinthe, les uns se réclamaient de Paul parce qu'il était leur apôtre, leur maître et leur père; d’autres tenaient pour Apollos dont le talent les ravissait; plusieurs mettaient en avant le nom de Pierre, le chef du collège apostolique, la colonne de l'Eglise; enfin quelques-uns se croyant plus sages et mieux inspirés, comme s'ils dédaignaient de s’inféoder à un homme, ne voulaient relever que du Christ. Mais cette prétention même de s’approprier tout le Christ, en méprisant les ministres humains, témoignait d'un secret orgueil et d’une outrecuidante arrogance. On s’est demandé s’il y a eu réellement un parti du Christ. Clément de Rome, écrivant aux Corinthiens moins de quarante ans après, n’y fait aucune allusion, bien qu’il mentionne les trois autres groupes !. Certains exégètes pensent que la devise : « Moi, je suis du Christ! » loin d'être le mot de passe de l’un des partis serait le mot d'ordre de Paul lui-même?. Un fait incontestable c’est que les personnages dont le nom offrait aux factieux un mot de ralliement n'étaient pour rien dans ces mesquines rivalités. Pour sa part, Paul en gémit et s’en indigne. Bien loin de prêter à Pierre un rôle équivoque, il en parle toujours avec déférence. Apollos est si peu suspect d’intrigues qu'il a été instamment prié de revenir à Corinthe: mais il s’y est refusé, craignant peut-être d’envenimer le mal par sa présence et mécontent du bruit qui se fait autour de son nom°. Du reste, le ton de la lettre montre assez qu'il règne entre les deux ouvriers apostoliques la plus parfaite harmonie. Paul n’est pas plus jaloux qu'Apollos n’est ambitieux, mais il ne veut pas être déprimé au détriment de son ministère et de son autorité légitime.
Sagesse humaine et vraie sagesse. — On trouvait à Corinthe qu'il manquait de ce que son collaborateur possédait à un degré éminent : la sagesse. La sagesse éveillait l’idée de spécu-
A e É R RE
1. xLvur, 3, Funk, Patres apost. ?, 1901, t. I, p. 160. Saint Clément appelle les factions de Corinthe de leur vrai nom (xpocxiceis). 2. Il faut cependant tenir compte de 2 Cor. 107. — 3. 1 Cor. 1612,