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POINTS DE CONTACT AVEC L'ESCHATOLOGIE JUDAÏQUE

mérats d’écrits hétérogènes qui s'offrent maintenant à nous sous un même titre, la confusion n’a plus de bornes.

Ce qui distingue essentiellement l’eschatologie chrétienne de l’eschatologie juive, c'est la foi au double avènement du Christ. Les espérances messianiques sont réalisées, mais en partie seulement; les anciennes prophéties s'expliquent et se précisent à la lumière de l’histoire ; les perspectives se reculent et s’harmonisent; tous les points de vue sont changés par le fait même : la résurrection, le jugement, la rétribution finale sont reportés dans l'avenir et rattachés ensemble au second avènement. L'horizon peut paraitre plus ou moins lointain, la crise suprême plus ou moins proche; maïs c’est là un point accessoire et l’eschatologie chrétienne acquiert une netteté de contours, une fermeté relative de lignes, que n’eut jamais l’eschatologie judaïque.

Toutefois la terminologie dont on héritait ne s’adaptait pas sans effort aux conceptions nouvelles. De là des incertitudes d'expression, des divergences d'usage. Ainsi la fin des temps coïncide, pour saint Matthieu, avec la fin du monde ; pour l’Épitre aux Hébreux, conformément au langage des prophètes, avec l'aurore de l’âge messianique. Saint Paul donne ce même sens à la plénitude des temps et à la fin des siècles !. La limite des derniers jours n’est guère plus fixe : selon les points de vue différents, nous y sommes déjà parvenus ou nous les attendons encore.

Nous avons vu quel rôle exceptionnel joue, dans le Nouveau Testament et en particulier dans saint Paul, la concep-

1. La locution à ouvréket toù aiwvos (consummatio sæculi) désigne cinq fois dans saint Matthieu (132?-#0-49; 245; 2820) l’époque de la parousie. Dans l'Épître aux Hébreux (926 : vuvi DÈ dmaë Emi ouvreheig Tv aiwvwy) elle coïncide avec l'âge messianique. C’est aussi le sens de rù rñpoux to xpévou (Gal. ##) ou tév xaop@v (Eph. 119). — La fin de toutes choses dans la Prima Petri (AT : mévrwy vù tékoc) est eschatologique; la fin des siècles dans saint Paul (1 Cor. 1011 : rà tén T&Y aiwvev) est messianique et rappelle les prophéties

‘ relatives à la fin des temps. — Le dernier jour et la dernière heure sont toujours associés dans le quatrième Évangile à la résurrection et au jugement. Ailleurs le sens varie: il est eschatologique dans Jac. 5°; 1 Petr. 15; il embrasse l’âge messianique dans 2 Tim. 3! (év Écydraus Quépas); 1 Tim. Al (ëv dorépou xaupoï) ; 1 Petr. 120 (èx” Ecxérou T&v p6vwv); 2 Petr. 35 (ën’ Écxärwv rüv fuco@y) ; Jud. 18 (èr” écyétou ypévou). Dans quelques-uns de ces cas, ce peut être la dernière phase des temps messianiques, comme aussi dans 1 Joan. 218 : EcyaTn Wpa ÉGTIV.

tion du monde ou du siècle présent. La conception correspondante du monde ou du siècle à venir n’a pas, à beaucoup … près, la même importance. Saint Paul mentionne une seule fois « le siècle à venir ! », une autre fois « les siècles qui viennent? »; l’auteur de l'Épitre aux Hébreux nomme une fois « les puissances du siècle à venirë » et deux fois « la terre ou la cité à venir ». Et c’est tout. Comment expliquer la rareté de cette locution, quand la locution qui lui fait pendant est si fréquente? Ce phénomène, attribué par Bousset à un pur accident, semble bien imputable à d’autres causes que le hasard. C’est que, pour les écrivains du Nouveau Testament, le siècle présent ou le monde présent n’ont plus qu'une valeur morale; le siècle présent a perdu la notion de durée et le monde présent la notion d'espace; dès lors le siècle présent et le siècle à venir peuvent se compénétrer; il n'y a plus entre eux d'opposition chronologique; il n’y a qu'une opposition d'influences contraires. D'un autre côté, l'idée d’une catastrophe soudaine inaugurant le règne du Messie et d’un bouleversement subit opéré par Dieu seul, sans le concours de l’homme qui ne serait que spectateur passif, fait place peu à peu à celle d’un royaume messianique se développant par degrés jusqu'à la consommation des choses. Dans ces conditions, le concept judaïque du siècle ou du monde à venir était presque inapplicable et il fallait le remplacer par la vie éternelle.

En somme, les apocryphes et le Talmud sont d’un faible secours pour l'intelligence de l’eschatologie néo-testamentaire. Tous ceux qui s'engagent dans cette voie dans l'espoir d'y trouver la lumière en reviennent déçus, et ceux qui nous y renvoient avec tant d'assurance feraient soupçonner qu'ils ne l'ont pas beaucoup fréquentée eux-mêmes. Un texte de Daniel éclaire peut-être plus l’eschatologie du Nouveau Testament que tous les écrits rabbiniques ensemble : « En ce temps-là se lèvera Michel, le grand chef, le défenseur des enfants de ton peuple. Et ce sera une époque de tribulation, telle qu'il n’y en aura point eu depuis que les nations existent.

1. Eph. 121, — 2, Eph,. 27, — 3, Hebr. 65. — 4. Hebr. 25: 1314,

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