‹ La théologie de Saint PaulChapitre 579 sur 630 · POINTS DE CONTACT AVEC L'ESCHATOLOGIE JUDAÏQUE · texte numérisé non relu

POINTS DE CONTACT AVEC L'ESCHATOLOGIE JUDAÏQUE

difficultés de toute nature, « C’est une tâche délicate, a-t-on dit justement, de mettre un peu d'ordre dans ce chaos, au risque de sacrifier mainte nuance à la nécessité d'aboutir à des idées générales, tâche nécessaire cependant à cause de l'importance extrême — disons tout de suite disproportionnée — que l’on attache aujourd'hui à ces produits d'un temps à la fois agité et épuisé par la fièvre. » On ne serait pas trop sévère en les qualifiant de « gigantesque effort dans le vide, ou de rêve ennuyeux, avec quelques éclairs de bon sens dans le cauchemar d'un malade, et parfois de réelles beautés, avec un accent religieux, et plus encore nationaliste, sincère et passionné! ». Mais l'embarras de débrouiller ce chaos n’est pas le seul. Les apocalypses juives, telles qu'elles nous sont parvenues, fourmillent d’interpolations chrétiennes. Comment reconnaitre sûrement la main du faussaire et l'étendue de ses méfaits? Problème ardu, toujours compliqué, le plus souvent insoluble.

En se rapprochant des temps apostoliques, l’eschatologie juive devenait à la fois plus universelle, plus individuelle, plus spirituelle : plus universelle, car elle regardait maïntenant au delà de l'horizon national, pour s'occuper des destinées de tous les peuples; plus individuelle, car ayant cessé de fondre le sort des particuliers dans l'histoire d'Israël, elle dégageait avec une intensité toujours croissante le sentiment de la responsabilité personnelle; plus spirituelle enfin, elle s'élevait par moments au-dessus des rêves d’un patriotisme exalté et d’un grossier réalisme : si le royaume terrestre hantait encore les imaginations, il ne formait plus la somme totale des espérances messianiques. Voilà ce qu'on peut dire en général ; mais cet aperçu schématique risquerait de nous égarer. Dans la marche en avant, il y à des arrêts, desécarts, des mouvements régressifs dontil faut tenir compte. Chaque document exige un traitement à part. Cette étude, heureusement, n’est pas de notre sujet; nous résumons dans une note? ce qu’elle peut avoir d'intéressant pour nous,

1. Lagrange, Le messianisme chez les Juifs, Paris, 1909, p. 39. 2. Note Yo, p. 492-494.

comme terme de comparaison, nous bornant à signaler ici une conception d’une importance considérable dans l’évolution de l’eschatologie.

Le siècle présent et le siècle à venir. — Aux yeux des prophètes, l'apparition du Messie inaugurait une ère nouvelle : c'était Le point de départ de {a fin des temps!, le début du règne de sainteté et de justice que le Jour du Seigneur devait précéder ou clore. L'accomplissement des promesses messianiques et les dernières destinées des peuples se ramassaient en un tableau sans perspective où tous les événements semblaient se confondre. Parfois on dirait que tout cet avenir

tient en un indivisible instant. L'exégèse rabbinique travailla Sur ces données. À mesure qu'elle séparait le règne terrestre du Messie de son règne éternel et que, par des calculs fantaisistes, elle assignait au premier une durée de quarante, soixante-dix, cent, quatre cents, six cents, mille ans ou davantage, elle obtenait pour la fin des temps un double point de départ, dont elle fixait l'origine soit au commencement soit au terme du royaume terrestre. En principe, l’histoire de l'humanité se divisaiten deux périodes, l'âge présent et l’âge à venir, etil y avait deux mondes mesurés par ces deux périodes, le monde présent et le monde futur. À quel âge, à quel monde, appartenait le règne temporel ? Naturellement, les apocalypses sans Messie n’avaient Pas à envisager cette question ; mais les autres pouvaient la résoudre de deux manières : ou bien toute l'eschatologie était apportée au monde futur: ou

Personnelle, on ne sait à quel système il convient d'accorder la préférence ; et si l’on songe aux retouches, aux remaniements, aux interpolations que ces documents ont subis, aux agelo-

1. L'expression ON MYIINA (in Jine dierum) se lit Gen. 491; Num. 2414 : Deut. 490; 81295 Ts, 2; Jer. 2320: 302#+; 4847; 49 39; Ezech. 3816; Os. 3; Mich. 41, Ezech. 388 emploiele synonyme D DMIN2 (in fine annorum). Kimchi remarque avec raison, à propos de Is. 22 : « Ubicumque leguntur hæc verba, ibi sermo est de diebus Messiæ. » En effet, tous les textes où cette locution se rencontre sont Mmessianiques à quelque degré.

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