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n’est pas le but de la résurrection, sens que le mot grec ne comporte pas plus que le contexte; ni la fin de la résurrection, comme le veulent de nombreux exégètes: c’est l’achèvement de l'œuvre du Christ et la consommation de toutes choses. On peut considérer ce point comme acquis, même sans faire appel aux passages parallèles, puisque saint Paul indique clairement et de deux manières l'instant précis qui marque cette fin, d’une part la remise du royaume au Père, d’autre part le triomphe complet sur tous les ennemis. Tant que la lutte se poursuivait, tant que les adversaires étaient debout, la mission du Fils de Dieu était incomplète. Maintenant que tous ses ennemis sont tombés à ses pieds, sans excepter la mort restée la dernière sur le champ de bataille, sa dictature prend fin et il rend à son Père le mandat qu'il en a recu, avec le fruit de ses victoires, comme un vassal fait hommage à son suzerain des royaumes qu'il a conquis.
Telle est la pensée de Paul qu'un simple exposé justifie. Mais la crainte de paraître limiter le règne du Christ destiné à durer toujours a suggéré aux exégètes les solutions les plus subtiles et les moins naturelles. Remettre le royaume au Père serait faire contempler Dieu aux élus qui forment ce royaume ; ou bien les amener à se soumettre à Dieu; ou bien organiser le royaume, en extirper les abus, en bannir les rebelles. Ces subtilités sont sans objet. Le Christ, comme Dieu, comme créateur, règne à jamais avec son Père. Comme homme, il garde la primauté d'honneur et la domination universelle que lui confère l'union hypostatique. Si l'Église est un corps, il en est toujours la tête; si l’Église est une société religieuse, il en est toujours le pontife; si l'Église est
est indépendant, inaliénable et universel; il comprend tous les êtres raisonnables, anges et hommes, les bons et les méchants. Le règne du Christ, comme rédempteur, ne comprend que les seuls élus ; même entantqu'homme, tout lui est soumis et il exerce sa domination sur toutes choses, mais il ne règne proprement que dans les saints. C’est ce royaume, conquis par ‘ Jui, qu'il remet à celui dont il tient son mandat. Il en fait hommage « au Dieu et Père » (x& Oe® nai maxpi), à celui qui est en même temps son Père et son Dieu (cf. Eph. 111; Joan. 2027). D'ailleurs la remise du royaume au Père n'implique nullement la perte ou l'abandon du royaume, autrement il faudrait dire que Dieu perd ou abandonne le domaine de l’univers quand il le livre à son Fils (Luc. 1022), Pour l’exégèse patristique de ces versets, voir, en particulier, Cornely.
un royaume, il en est toujours le roi. À ce point de vue, son règne ne saurait finir : toujours il régnera et toujours « nous régnerons avec lui ». Mais il est en outre chef de l'Église militante, chargé de venger l'honneur de Dieu, de conduire à la victoire ceux qui marchent sous sa bannière, de châtier les révoltés ou de les soumettre. Cette vice-royauté temporaire cesse avec les fonctions qui la constituent ; le mandat de dictateur ou de généralissime expire au moment où il n'y a plus de combats ni de forces hostiles. Dieu, en confiant à
son Fils ce pouvoir extraordinaire, avait eu soin d’en assi-
gner le terme : « Il faut qu’il règne jusqu’à ce qu'il ait mis sous ses pieds tous ses ennemis. »
Comme chef de l'Église militante, le Christ jouissait d’une sorte d'autonomie et avait effectivementune autorité propre. Sa mission terminée, il ne lui reste plus qu'à prendre sa place bien haut au-dessus de ses sujets mais bien bas au-dessous de Dieu : « Or, quand tout lui aura été assujetti, le Fils lui-même s’assujettira à celui qui lui a assujetti toutes choses. » L'abandon de son mandat est spontané, ainsi que l'acte par lequel il s’en était chargé : mais l’un et l’autre se règlent selon l’ordre du vouloir divin. Saint Paul parle si évidemment du Christ comme homme qu’on a peine à concevoir pourquoi tant de Pères — et des plus illustres — ont songé soit au Christ subsistant dans la nature divine, soit au corps mystique du Christ. Le corps mystique du Christ ne s'appelle pas « Le Fils de Dieu » ni, à plus forte raison, « le Fils lui-même » ; et c’est faire violence au texte que de passer brusquement de l’œuvre de la rédemption, qui est le sujet de tout ce passage, aux relations de la vie intime du Verbe.
La fin. — Le sentimentalisme théologique de nos jours, renouvelant les rêveries d’Origène, prolonge l’action rédemptrice du Christ bien au delà de son retour triomphal. La parousie amènerait seulement la résurrection et la glorification des justes; pourles autres, rien ne seraitencore définitif. La fin viendra plus tard quand le Christ aura parachevé sa victoire sur le péché et sur la mort, quandil aura subjugué par la per- Suasion tous ses adversaires, quand Dieu, réalisant ses desseins d’amour, sera véritablement tout en tous et aura fait
taie dus son à
miséricorde à tous. Mais saint Paul ne peut pas être rendu responsable de ce système qui contredit un grand nombre de ses affirmations les plus nettes. D’après lui, la volonté salvi- fique de Dieu, tout universelle qu’elle est, respecte la liberté humaine ; la rédemption offerte à tous n’est imposée à personne et le Christ, médiateur unique, n’associe à sa victoire que ceux qui acceptent sa médiation et qui lui sont unis par la charité. Aussi les partisans de la restauration universelle se voient-ils contraints d'abandonner le terrain de la théologie et de l’exégèse pour s'établir sur le sol plus ferme à leurs yeux de la philosophie rationnelle où nous ne pouvons les suivre,
L'homme une fois parvenu au terme de ses destinées, que deviendra son ancienne demeure? Un seul texte de l’Apôtre autorise à ce sujet quelques inductions assez incertaines. Les souffrances de la vie présente, dit-il, ne sont rien à côté de la gloire qui doit un jour se révéler en nous : « Aussi la création, avec une anxieuse impatience, attend-elle la révélation des enfants de Dieu. Car la création a été soumise à la vanité, non pas de son gré mais à cause de celui qui l’y a soumise, dans l'espérance qu’elle aussi sera affranchie du service de la corruption pour [participer à] la liberté glorieuse des enfants de Dieu. Or nous savons que jusqu’à ce jour la création tout entière gémit et souffre les douleurs de l’enfantement!. » Sans presser indûment les traits de cette poétique hypotypose, il est évident que la création matérielle — car c’est d'elle qu'il s’agitici par opposition aux êtres raisonnables — fut associée de quelque manière à la déchéance de l’homme et qu'elle aura part dans quelque mesure à sa glurification. En effet elle gémit desa condition actuelle comme d’un état violent contraire à ses légitimes aspirations ; elle n’accepta d’être soumise à la vanité que pour obtempérer aux ordres du créateur et sur l’assurance que ce joug odieux lui serait ôté au moment de la parfaite délivrance de l’homme. Le tout est de savoir s’il est ‘ question d’une déchéance physique ou d’une déchéance morale, d’une réhabilitation physique ou d’une réhabilitation morale. Le texte isolé quenous venons de transerire ne permet pas