LES ,SOURCES. 5 II. LES SOURCES
État de la critique. — Les sources exclusives de la théologie biblique sont les livres du canon de la Bible : ce fut l’une des plus grandes aberrations de la théologie historique au siècle dernier de le méconnaître. Dès que l'on met des écrits profanes sur le même pied que la Bible, on peut avoir l'histoire des idées philosophiques et religieuses d'une époque, mais ce n'est plus de la théologie ni, à plus forte raison, de la théologie biblique. La question de canonicité est réglée par le magistère de l'Église; la question d'authenticité l'est en général par la critique et l’histoire. Renvoyant aux traités d’Introduction pour un examen plus détaillé, nous voulons seulement ici jalonner notre route par quelques points de repère.
On sait comment l'école de Tubingue, en vertu de sa conception à priori des origines du christianisme, relégua au deuxième siècle la plupart des livres du Nouveau Testament, ne laissant à Paul que ses quatre grandes Épîtres, où l’on croyait distinguer l'esprit hellénique, large, libéral, universaliste et en même temps excessif et intransigeant, du docteur des Gentils. Pendant que la plupart des disciples de Baur, jugeant intenables les positions du maître, rétrogradaient lentement, l’école dite hollandaise a tenu au contraire à le dépasser. Elle déclare apocryphes même les grandes Épîtres, épargnant à peine quelques rares et couris fragments. Ces enfants terribles de la critique ont fait rugir de colère les derniers tenants de Tubingue, dont ils sont la condamnation vivante, parce qu'ils ne font que pousser à l'extrême la méthode et les principes de leurs devanciers. Nous les laisserons vider entre eux leurs querelles. Il ne nous déplaît pas de constater à quel excès d’extravagance peut conduire l'abus de ‘la méthode subjective. D'ailleurs ces débauches d'hypercritique ont porté leurs fruits. Une réaction marquée s’est produite. Holsten, resté fidèle jusqu’au bout à l'esprit de Tubingue, est obligé d’en convenir. M. Harnack, après avoir signalé le même recul, insiste pour qu'on rétrograde encore dans le sens de la tradition. Ils sont rares aujourd'hui ceux qui refusent de reconnaître Paul comme l’auteur des Épitres aux Philippiens, aux
Thessaloniciens et à Philémon. Ce sera le dogme incontesté de demain et il est superflu de s’attarder à la démonstration d’une thèse qui bientôt n'aura plus d'opposants. L’authenticité de l'Épitre aux Colossiens gagne tous les jours du terrain. On
pourrait en dire autant de sa sœur jumelle, l’Épitre aux Éphé-
siens; mais on y met plus de lenteur et d'hésitation. Cependant les symptômes sont de plus en plus favorables et nous pensons que les derniers nuages ne tarderont pas à se dissiper. Éphésiens. — Si l'on regarde l’Epître aux Ephésiens comme leur étant exclusivement adressée, on se heurte à des difficultés presque insurmontables. L'église d'Éphèse était peut-être celle qui tenait le plus au cœur de l’Apôtre. I] lui avait consacré trois années entières de labeur. C’est là qu'il avait souffert jusqu'à désespérer de la vie. C’est là qu’il avait soutenu contre les judaïsants coalisés cette lutte inégale dont il était sorti vainqueur. C'est là qu’il avait reçu en revanche des consolationé indicibles. Qui pourrait oublier la scène déchirante de ses adieux aux anciens d'Éphèse? Or la lettre qu'il leur envoie, si la suscription actuelle n’est pas fautive, ressemble moins à une lettre qu’à une dissertation, sans couleur locale, sans allu-
sions personnelles, sans aucun de ces traits aimables et délicats -
dont il est si prodigue même avec les Romains et les Colossiens qu'il n’a jamais vus. Et puis un doute pèse sur l’authenticité des mots « à Éphèse » qui se lisent maintenant en tête de l'Épître. Nos deux plus anciens manuscrits grecs ne les ont pas de première main; S. Basile affirme que de son temps les plus anciennes copies ne les renfermaient pas non plus; l'Ambrosiaster les ignore; S. Victorin aussi, très probablement ; Origène montre assez par son commentaire qu'il ne les connaît pas. Enfin Marcion désignait les Laodicéens comme destinataires de cette lettre, ce qu'il n'aurait pu faire s’il avait lu dans son texte les mots suspécts et l’on ne voit pas d’ailleurs quelle raison théologique il pouvait avoir de les supprimer !. Toutes les difficultés s’aplanissent dans l'hypothèse d’une circulaire adressée aux églises d'Asie dont Éphèse était la
1. Les références dans Abbott, Epistle to the Ephesians (Cri. and exey. Comment.), Edimbourg, 1897, p. 1-1x.
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